| F A M I L I S |
Monsieur Gaston Gauthier
Membre du Conseil d'administration
Co-président de la Commission Familles et médias
Familles, citoyens et gens des médias
Un Mémoire de l'Organisation mondiale pour les
familles FAMILIS - OMF
devant la Commission de la culture de l'Assemblée nationale
portant sur les impacts des mouvements de
propriété dans l'industrie des médias et des
télécommunications,
sur la qualité, la diversité, la circulation de l'information
et la culture québécoise.
Le jeudi 1er mars 2001.
M. Gaston Gauthier, rédacteur du Mémoire, membre du Conseil d'administration et Coprésident de la Commission Familles et médias de FAMILIS, et Mme Annine Parent, membre du Conseil d'administration et Coprésidente de la Commission Familles et femmes de FAMILIS, ont été les présentateurs de ce Mémoire.
Mémoire à la Commission de la culture
Table des matières
1 - Les députés et les médias page 3
2 - Les familles page 4
3 - Les citoyens page 6
4 - Les propriétaires des médias page 7
5 - Découvrir des foules immenses page 12
6 - Les désirs des foules d'auditeurs page 14
7 - Les attirances des foules page 14
8 - La révolution la plus capitale que l'homm ait connue page 20
9 - Les foules d'auditeurs face à la magie, au surhumain page 22
10 - Le parcours des foules d'auditeurs page 24
11 - Les discours qui forment un mythe page 26
12 - Les gestes rituels page 12
13 - Recommandations page 13
Familles, citoyens et gens des médias
Préliminaire
Le présent Mémoire s'adresse à la Commission de l'Assemblée nationale du Québec, laquelle examine la propriété et la concentration des médias ainsi que leurs effets sur la culture et l'information. Et par l'entremise des députés membres de cette Commission, il s'adresse à l'Assemblée nationale du Québec ainsi qu'à l'ensemble des Québécois.
Le point de vue des familles y sert de point de départ. Le point de vue des citoyens s'y avère primordial.
Le présent Mémoire fait porter l'attention sur les rapports qui s'établissent entre d'une part les familles et les citoyens et d'autre part les gens des médias, c'est-à-dire les propriétaires des médias, les employés des médias et aussi les gens de divers groupes intéressés aux médias. Et, en raison des objectifs de cette Commission, il porte un attention particulière aux propriétaires des médias.
Pour l'essentiel, ce Mémoire veut servir les meilleurs intérêts des immenses multitudes de familles et de citoyens qui écoutent la télévision ou qui utilisent les médias, et pour le faire en tenant compte de la Culture et de l'Information, il propose de suivre les forces du désir lesquelles sont à l'oeuvre dans ces masses et lesquelles transforment les cultures et les sociétés.
Par ailleurs, ce Mémoire prend en considération l'expérience et les projets d'organismes lesquels s'intéressent aux problèmes des médias dans de nombreux pays. Et il aborde aussi certains aspects internationaux de la concentration des médias ainsi que certains phénomènes reliés à la mondialisation.
Il accorde plus d'importance à l'écoute de la télévision, à cause de la place prise par celle-ci dans la vie des familles et des citoyens, et il traite aussi de phénomènes qui se retrouvent dans d'autres médias.
1. Les députés et les médias
1.1. Les Québécois comme les autres peuples se trouvent maintenant dans une situation toute nouvelle par rapport aux médias. Ils découvrent les réalités et le potentiel de l'Internet, de l'informatique et des nouvelles technologies. Ils observent ou redoutent les immenses phénomènes reliés à ce qu'on appelle la mondialisation ou la globalisation . Ils ont connaissance de la formation de très puissantes entreprises de médias et plusieurs d'entre eux sont déjà au courant de certains des problèmes posés par la concentration de la propriété des médias. Ce qui fait que tous ceux à qui on en parle se félicitent du fait qu'une Commission parlementaire se penche sur ces problèmes.
1.2. Surtout que la présente Commission parlementaire sur les médias offre l'opportunité d'adopter de nouveaux points de vue. Il va de soi qu'on va y entendre le point de vue des députés ainsi que le point de vue de l'Assemblée nationale elle-même. Puis il se trouve que cette Commission comme cette Assemblée sont des lieux privilégiés pour faire valoir et faire adopter le point de vue de l'ensemble des citoyens au sujet de questions d'intérêt public lesquelles peuvent se relier aux médias. Et ainsi on peut dire que c'est la démocratie elle-même qui se met à regarder les médias.
1.3. En pratique, cela impose aux citoyens de faire eux-mêmes une sorte de virage de 180 degrés. Or il y a là ce qu'on peut appeler une inversion des points de vue. Ordinairement et depuis plusieurs années, ce sont les entreprises de médias qui observent les citoyens, tandis que les citoyens eux-mêmes s'y retrouvent comme des gens que ces entreprises regardent et observent et dont ces entreprises vont parler par la suite. En d'autres mots, les citoyens y constituent des sujets d'une observation faite par d'autres qu'eux-mêmes, tandis que de leur côté, ces entreprises agissent comme des observateurs de ces sujets .
Et d'une façon identique, à cause de cette Commission, l'Assemblée nationale laquelle se trouve ordinairement soumise à l'observation faite par ces entreprises de médias, devient maintenant celle qui va procéder à l'observation des entreprises de médias. L'Assemblée nationale et les entreprises de médias s'échangent ainsi leurs rôles traditionnels. Il convient de le noter.
1.4. Pour ce qui nous concerne, nous sommes heureux de cette situation nouvelle, comme de la tenue de la présente Commission. Et nous tenons à dire pourquoi nous le sommes.
1.5. D'abord, on le sait, les Québécois s'y trouvent impliqués pour eux- mêmes et ils reconnaissent naturellement l'envergure mondiale de certains de ces problèmes. Et il va de soi que c'est dans un esprit d'ouverture au monde et de coopération internationale que les Québécois vont vouloir y travailler.
1.6. Il y aussi à considérer les organismes et les groupes qui y travaillent déjà dans de nombreux pays. Nos groupes en font partie. Ces groupes forment l'Organisation Mondiale pour les Familles, l'OMF, laquelle est aussi appelée Familis. Elle réunit des organismes et elle développe des projets et des coopérations dans quinze pays. Parmi ses efforts récents et relatifs aux médias, il convient de mentionner d'abord la création et l'opération d'un Site Internet multilingue offert aux organismes intéressés aux questions familiales et pouvant se trouver dans tous les pays. Et ensuite il convient de mentionner la formation d'une Commission internationale sectorielle appelée la Commission Familles et médias.
2. Les familles
2.1.1. En même temps, la profondeur de certains problèmes reliés aux médias exige autant d'attention que leur extension. Or certains faits donnent à voir d'innombrables familles du monde comme autant de lieux où ces mêmes problèmes se posent en profondeur. De nos jours, on compte plus d'un milliard deux cents millions téléviseurs sur la terre et ce nombre augmente encore considérablement et rapidement. Et il faut le noter, la quasi totalité de ces téléviseurs se trouvent à l'intérieur des foyers. Puis, il y a là un fait évident qu'il faut remarquer: l'accueil fait par l'ensemble de ces familles à la télévision se retrouve dans toutes les sociétés et sur tous les continents en plus de s'y continuer depuis plusieurs dizaines d'année. Ainsi cet accueil ressort comme ce qui est extraordinaire, qui semble échapper aux diverses sociétés ou qui peut se faire comme indépendamment de la diversité culturelle du monde.
Cela dit, dans plusieurs pays et depuis plusieurs années, on observe des groupes de familles et de parents lesquels veulent agir en rapport avec la télévision . Il convient d'en tenir compte, même si ces familles restent trop peu nombreuses. C'est qu'au au fil des années, des parents de partout se lèvent pour protester contre les violences télévisuelles. Souvent ce sont des mères de jeunes enfants. Dans ces violences, ces mères ressentent péniblement ce qui ne convient à pas à leurs enfants. Ici, on voudra tout de suite prendre note de l'inquiétude de ces mères. Ce Mémoire ne va pas les oublier.
2.1.2. De plus, le nombre d'heures que les familles accordent à des programmes de télévision se maintient à un niveau trop élevé et depuis bien assez d'années pour qu'on puisse y voir seulement un simple passe-temps, et encore moins un passe-temps qui serait superficiel. Par exemple, à savoir qu'au Québec, les familles y passent en moyenne 24 heures par semaine à écouter des programmes de télé, on peut imaginer qu'il peut y avoir là des phénomènes qui interviennent à une certaine profondeur. Et il en va d'une façon analogue pour les nombreuses heures que les familles consacrent à la télévision dans l'ensemble des pays.
2.1.3. Par ailleurs, l'expérience acquise dans plusieurs pays différents par des membres de Familis fait observer que partout des organismes regroupant des familles se trouvent au coeur des problèmes sociaux les plus importants et très souvent à l'avant-garde des groupes qui tentent d'y trouver des solutions. Ainsi à partir de ces faits qu'on vient de voir, il semble permis de poser que les familles ne tendent pas nécessairement à prendre à la légère les problèmes liés la télévision. Et pour autant qu'il convient de reconnaître que d'immenses multitudes de familles pratiquent l'écoute de la télévision sans se faire de soucis, leurs sentiments positifs par rapport à cette écoute ne peuvent pas être oubliés ni sous-estimés. Au contraire, ces sentiments positifs sont eux-mêmes d'un grand intérêt, pour comprendre ce qui arrive.
2.1.4. Pour l'essentiel, il faut voir que les relations propres aux familles peuvent disposer celles-ci à se situer par rapport à des enjeux qui sont relatifs aux médias. C'est le cas des relations parents-enfants. Ces relations sont des composantes essentielles des familles. Et on sait comment les parents peuvent se soucier des problèmes de leurs enfants, comme les enfants peuvent s'inquiéter à propos de ce qui arrive à leurs parents. Comme on connaît aussi les problèmes sociaux qui éclatent soit quand des parents ne se soucient pas de leurs enfant, soit quand des jeunes ne se soucient pas de leurs parents.
Par ailleurs, il se trouve aussi que par rapport à leurs enfants les parents ont des attitudes qui peuvent différer des attitudes des médias. Le sociologue Elkin a observé que les parents étaient en général moins permissifs que les gens des médias. À tout prendre, à cause de leurs rapports à leurs enfants, les familles ont à dire leur point de vue, et considérant les problèmes actuels des médias, ce sont les familles du monde entier qui ont à dire leur point de vue.
2.1.5. On voudra en convenir, il y a là ce qui paraît suffire pour que les familles et que leur point de vue soient entendus dans un examen des problèmes reliés à la propriété des médias. Cela dit, les familles ont aussi des intérêts communs avec les citoyens quand il s'agit de leurs rapports problèmes des médias.
3. Les citoyens
3.1.1. Les citoyens eux-mêmes ont à occuper leur place, et à se prononcer eux-mêmes à propos des problèmes reliés aux médias. Les citoyens ont un point de vue qui leur est propre par rapport aux phénomènes de la télévision et des médias. Et il revient aux citoyens eux-mêmes de faire valoir ou de défendre leur point de vue. On en voit mieux la nécessité à se dire que ce point de vue des citoyens n'est pas à confondre avec les opinions exprimées par des auditeurs des programmes. Ceux-ci s'insèrent naturellement dans ce qu'on peut appeler la dynamique des programmes. Ce qui n'est pas toujours le cas pour les citoyens, même s'il arrive à ceux-ci de se changer en auditeurs durant leurs heures d'écoute de télé.
Les opinions des citoyens ne sont pas identiques non plus aux opinions que l'homme de la rue peut faire aux questions des sondages. Entre autres raisons, parce que les opinions des citoyens sont initiés par eux-mêmes, ce qui n'est pas le cas des opinions dites par l'homme de la rue lors d'un sondage. Les citoyens, eux, ont à dire leurs opinions, à formuler leurs propres questions, à les défendre le cas échéant et naturellement à en assumer les conséquences.
3.1.2. Remarquer aussi que maintenant les citoyens peuvent avoir leurs propres raisons de revoir leurs rapports avec les médias. Et ils peuvent sentir le besoin de comprendre plus largement et profondément leurs rapports avec les médias.
3.1.3. D'abord les citoyens ne sont pas sans s'apercevoir qu'un certain désarroi se répand dans la société, au Québec, comme ailleurs aussi dans le reste du Canada, aux États-Unis et dans les pays d'Europe et des autres continents. Ce qui leur fait rechercher des solutions nouvelles pour les problèmes les plus divers, y compris pour des problèmes reliés aux médias.
3.1.4. En même temps, les citoyens de partout dans le monde n'ignorent pas la place que la télévision et les médias se trouvent à prendre dans les diverses sociétés comme aussi dans la vie politique. Et par-là ils ont beaucoup d'occasions de s'interroger par rapport aux entreprises de médias.
3.1.5. Par ailleurs, les citoyens se trouvent à être les gens qui paient pour obtenir les services activités des entreprises de médias. Ils paient par leurs impôts et par leurs taxes quand il s'agit d'entreprises de télévision ou de radio dites publiques ou d'État , lesquelles reçoivent des crédits en provenance des fonds publics. Puis, quand il s'agit d'entreprises dites privées ou commerciales, les citoyens ont encore à payer, par les divers achats qu'ils font, vu que les prix des objets de consommation sont fixés de manière à inclure tout ce que ces entreprises ont à payer à des agences de publicité ou à des groupes de relations publiques. Sans oublier ce que les citoyens paient aussi directement à des entreprises de services, exemple : à des entreprises offrant la télévision par câble, et ce qu'ils ont à payer aussi pour des équipements, tels des téléviseurs, des ordinateurs, etc.
3.1.6. Enfin et surtout, les citoyens peuvent vouloir se prendre en charge eux-mêmes par rapport à certains problèmes qu'on relie aux médias. Pour autant ils ne peuvent plus se satisfaire d'agir seulement comme des auditeurs de la télé ni seulement comme des usagers des médias . Désormais, les citoyens en sont à vouloir se regarder eux-mêmes et regarder la société avec leurs propres yeux, et quand des entreprises de télévision leur propose de regarder le monde à leur place, cela ne peut plus suffire pour les citoyens. Tout cela tend à se clarifier, quand les citoyens ont à se situer par rapport à la propriété des entreprises de médias
4. Les propriétaires des médias
4.1. La propriété des médias
4.1.1. La signification du mot propriété est déjà largement connue. Par exemple, quand il est dit de quelqu'un : Il a une propriété , tout le monde comprend l'essentiel de ce que cela veut dire. Et le sens du mot propriétaire est tout aussi bien connu. Et on le sait, la condition d'un propriétaire est bien spécifique et facile à comprendre. Nul ne confond un propriétaire avec son locataire. Et le sens commun fait bien voir que la propriété, ce n'est pas seulement une affaire d'argent.
4.1.2. Puis, le dictionnaire aide à préciser le sens de ce mot propriété . Le Petit Robert le définit comme suit : Un droit d'user, de jouir et de disposer d'une chose d'une façon exclusive et absolue sous les restrictions établies par les lois.
4.1.3. Or, il importe de le remarquer, selon le dictionnaire, la propriété est avant tout un droit. Or un droit de propriété, ce n'est pas une qualité qui est seulement financière. Les aspects financiers de l'exercice d'un droit constitue une expression monnayable de ce droit, et il n'est pas nécessaire de dire que cette expression monnayable garde son importance. N'empêche qu'un droit de propriété d'un média accorde à un propriétaire de se prévaloir de son bien et d'en bénéficier de plusieurs manières et par plusieurs modes d'expressions et non pas uniquement par l'expression monnayable de ce droit.
4.1.4. Notamment pour autant qu'une entreprise ou un groupe se trouve à jouir de la propriété d'un média, cette même entreprise se caractérise essentiellement par un positionnement social.
4.1.5. Il s'ensuit qu'une telle entreprise agit, se meut, se déplace, évolue, et se transforme en fonction de son positionnement à elle et en fonction des positionnements des autres.
4.1.6. Il faut garder à l'esprit que, par leur propriété, les propriétaires de médias acquièrent un positionnement. On peut comprendre plus facilement que la propriété d'un média peut souvent s'accompagner d'une place et d'un prestige considérable aux yeux d'une société, des autorités politiques, comme aux yeux des autres entreprises. Le nom ou l'acronyme d'une entreprise de médias peut même prendre la valeur d'un symbole qui est hautement significatif et qui peut ouvrir toutes les portes. Exemple : les lettres BBC suffisent aux gens de la British Broadcasting Corporation pour que ceux-ci jouissent d'une notoriété internationale et d'importants avantages sociaux, culturels, financiers qui en découlent.
4.1.7. Parmi leurs façons d'exprimer leur droit de propriété et d'exercer celui-ci, les entreprises de médias peuvent avoir un positionnement par rapport aux gouvernements. Par exemple, par son droit de propriétaire, une entreprise de télévision se trouve ainsi positionnée pour parler à un Premier ministre et parler à celui-ci au non du public . Ainsi, il va de soi que les propriétaires des médias disposent d'accès et de relations proches et privilégiées avec les pouvoirs et les personnalités politiques en place.
4.1.8. Dans le cas des propriétaires des entreprises de télévisions, les choses vont bien plus loin. Le positionnement des propriétaires prend même l'allure d'une domination sur l'ensemble de la politique elle-même! Plus encore, selon divers auteurs, les propriétaires des entreprises de télévision en viennent à constituer un pouvoir politique en elles-mêmes et par elles-mêmes. Selon ces auteurs, en plus du pouvoir législatif, du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, il faut compter avec le pouvoir des entreprises de télévision. C'est que selon Karl Popper : La télévision est devenue aujourd'hui un pouvoir colossal; on peut même dire qu'elle est potentiellement le plus important de tous les pouvoirs .
4.1.9. Par-là on peut déjà considérer la propriété des médias comme ce qui est en train de devenir un positionnement toujours plus dominant, au dessus des dirigeants politiques des pays, avec un pouvoir encore plus colossal, encore plus énorme, en raison des phénomènes dits de concentration et de globalisation.
4.2. La concentration de la propriété des médias
4.2.1. On le sait, la concentration de la propriété des médias est d'une grande actualité. On y voit une entreprise X laquelle est propriétaire d'un média acheter une entreprise Y, laquelle est propriétaire d'autres médias. Ou bien on entend dire que l'entreprise X va se fusionner avec Y ou encore avec Z. Puis, ici ou là sur la planète, diverses entreprises de médias, comme aussi des entreprises lesquelles opèrent dans d'autres domaines, se fusionnent afin de se placer sous une seule et unique direction. Ainsi des sortes d'empires qui contrôlent des quantités de médias se forment maintenant sous nos yeux, comme à l'état pur. Comme il se doit, le nombre de directeurs y diminue, et cela assure à ceux-ci un contrôle plus serré du pouvoir et d'autres moyens d'actions qui viennent avec le droit de propriété des médias. Mais cela dit, pour tenter de s'y retrouver, il ne suffit de s'en tenir aux concentrations de médias qui se font présentement, même si leur ampleur s'avère impressionnante.
4.2.2. L'histoire des médias fait voir de semblables concentrations de propriétés de médias qui se produisent depuis les débuts de la télévision, soit depuis environ 50 ans. Pour en avoir une connaissance plus approfondie, on peut se référer à certains ouvrages. Par exemple, on peut consulter un livre écrit par le professeur Anthony Smith de l'Université d'Oxford. Il est intitulé; Television, An International History [1]. On y trouve la formation des entreprises de télévision ainsi que diverses sortes de concentrations de telles entreprises dans plusieurs pays.
4.2.3. On peut y voir aussi comment les entreprises de médias comme leurs concentrations se développent diversement selon la nature des régimes politiques en place et aussi selon les conditions politiques, sociales et économiques. En résumé, à tenir compte des régimes politiques, on peut distinguer quatre sortes d'entreprises de télévision :
4.2.4. 1 - Les entreprises de télévision d'État. On les trouve dans les régimes politiques dits autoritaires . Ces entreprises sont parties intégrantes du pouvoir en place, et c'est ce même pouvoir qui se trouve à en souder les composantes, une poigne de fer y tenant lieu de concentration. Il est intéressant d'y remarquer comment l'entreprise et la société nationale de télévision s'y relie directement au plus haut sommet de l'État et du gouvernement, lequel est centralisé.
4.2.5. 2 - Les entreprises de télévision d'intérêt public . Elles sont principalement formées et financées par des organismes à buts non lucratifs et par des dons venant des auditeurs ou de philanthropes, non pas par l'État, ni par les entreprises privées de médias. Et il existe semblablement les entreprises de télévision dites éducatives ou universitaires . Elles sont respectables mais elles se semblent pas intervenir beaucoup dans les questions reliées à la propriété des médias.
4.2.6. 3 - Les entreprises de télévision dites privées . C'est le cas des entreprises de télévision aux États-Unis. Ces entreprises disent obéir aux lois du marché . Elles décident elles-mêmes de leurs concentrations et elles le font toujours selon les lois du marché . Leur positionnement les fait s'aligner soit sur les lois du marché , soit en fonction des autres entreprises privées. Et à ce propos, même si l'expression les lois du marché reste obscures à certains égards, on comprend quand même que les financiers et les actionnaires y dominent. Selon Robert W. McChesney, les lois américaines qui régissent les médias sont celles qui sont dictées par les entreprises privées des médias et selon lui cela fait partie d'une domination plus large des milieux d'affaires sur l'ensemble de la politique américaine.
4.2.7. 4 - Les entreprises de télévision, lesquelles peuvent être qualifiées d'entreprises mixtes. Il s'agit d'entreprises qui existent et qui opèrent en partie avec l'aide de l'État, et en partie par des recettes leur venant par la diffusion de messages publicitaires. Ainsi de telles entreprises mixtes se définissent partiellement selon l'État et partiellement selon les exigences de la concurrence et selon les lois du marché .
À ce propos, on dit que Radio-Canada est une Société d'État . Mais maintenant Radio-Canada semble devenue une variante de ce genre d'entreprise mixte. D'un côté, elle se trouve constituée et elle opère par des crédits annuels qui lui sont versés par le gouvernement d'Ottawa, et pour autant elle est encore une Société d'État; et d'un autre côté, Radio-Canada opère en recevant les recettes de messages publicitaires insérés à l'intérieur de ses programmes, et pour autant elle se détermine selon les lois du marché .
4.2.8. Cela dit, il convient de garder à l'esprit que, les entreprises de médias se caractérisent toutes par certains traits communs du fait de leur propriété. C'est ainsi que les entreprises de médias, qu'elles soient mixtes ou privées, ont toutes un positionnement social et politique par rapport à l'État.
4.2.9. Dans le cas des entreprises de télévision un tel rapport à un État national peut paraître inéluctable. D'abord, il faut être conscient que l'État et son gouvernement ne peuvent pas rester indifférents au fait que les entreprises de télévision détiennent elles-mêmes un positionnement par rapport à leurs immenses multitudes de d'auditeurs. Et on se dit que les entreprises de télé ont elles-mêmes besoin d'avoir des rapports avec l'État et de se positionner par rapport au gouvernement. Mais pourtant, selon Anthony Smith, un tel rapport à un État national est maintenant profondément changé. Il écrit : Jadis la télévision fournissait l'essence même de la culture nationale officielle. Maintenant elle s'est intégrée d'une façon inextricable à une vaste entreprise (industry) internationale, laquelle échappe de plus en plus au contrôle des gouvernements nationaux, lesquels ont une juridiction formelle sur la télévision .
4.2.10. Par ailleurs, on s'observe partout une progression des entreprises privées. Ce qui se passe aux États-Unis est de plus en plus imité dans plusieurs pays ainsi qu'au Québec. Ici, on le sait déjà, certaines entreprises privées réalisent déjà une concentration presque totale de certains types de médias [2].
4.3. Des désirs de propriétaires d'entreprises de télévision
4.3.1. Pourtant, au risque d'étonner, il faut dire que les désirs sont à placer au centre des activités des entreprises de télévision et d'autres médias. Certains auteurs en ont parlé. Keith Spicer, lui, en a parlé en connaissance de cause, vu qu'il a été commentateur à la télévision anglaise de Radio-Canada. Puis par la suite, il a parlé du désir d'une façon qui attire forcément l'attention. Il l'a fait à titre de président du Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, le CRTC. En parlant du but du CRTC, Keith Spicer utilise le mot désir dans la version française d'une lettre, et il utilise le mot wish (souhait) dans sa version anglaise. Plus précisément, Keith Spicer dit que ce but du CRTC, c'est le désir du Parlement et des citoyens... [3].
4.3.2. Keith Spicer donne ainsi à comprendre que les entreprises de médias qui dépendent du CRTC s'orientent en fonction d'un désir commun au Parlement et aux citoyens. Remarquer qu'il s'agit là d'un désir commun lequel est de nature à entraîner à la fois le Parlement lui-même et plus de 30 millions de Canadiens. Cela fait penser aux immenses auditoires de la télévision. Quant au CRTC lui-même, son président en fait un haut-lieu du désir. Les nombreux médias qui relèvent du CRTC ne peuvent pas l'ignorer. Il faut en prendre acte : c'est par rapport au désir que ces mêmes médias ont à se situer eux-mêmes.
4.3.3. De plus, Pierre Juneau, lequel est une autorité en matières de télévision et de média, ainsi qu'un important Comité que celui-ci préside, disent que c'est le coeur et l'esprit des Canadiens qui sont mis en cause dans des questions concernant la télévision [4] . Or mettre ainsi le coeur en rapport avec la télévision fait remonter à la source même du désir. On le sait, le coeur est considéré comme le symbole et comme le centre (l'organe musculaire) des sentiments, des émotions, des désirs et des passions, comme on l'observe dans plusieurs sociétés et cultures [5]. Noter que de relier ainsi la télévision au coeur de l'homme implique bien davantage que de s'en tenir seulement aux sons et images qui viennent par les téléviseurs. Il y a là ce qui dépasse les questions de techniques. Celui qui veut tenter de savoir ce qui se passe dans cette même télévision se doit d'en prendre acte et il en va de même pour celui qui veut tenter de comprendre la vraie nature des entreprises des médias.
Ainsi il devient nécessaire et urgent même de tenter suivre les mouvements du désir lesquels entraînent les entreprises qui font la production ou la diffusion de la télévision. Comme il est essentiel de considérer la propriété de ces entreprises de télévision comme un positionnement pour opérer le traitement ou la médiation du désir, ainsi que de voir leur concentration comme un accroissement des masses auxquelles ces entreprises destinent leur médiation du désir.
4.3.4. Surtout que tout récemment une démonstration frappante vient d'en être faite. Un consortium appelé TV5 vient de s'élever comme au-dessus du CRTC lui-même. TV5 opère une association des entreprises de télévision francophones au plan international. Sur son site Internet, TV5 se définit comme la première chaîne mondiale de langue française avec plus de 100 millions de foyers représentant un demi-milliard de téléspectateurs [6]. Il ne s'agit pas là d'une concentration de la propriété au sens strict de ce terme, mais d'une association d'entreprises. N'empêche que les dirigeants de ces entreprises s'y réunissent, et cela s'avère déterminant. Et soit dit en passant, il est intéressant de noter comment le consortium TV5 s'y positionne en s'attribuant une force extrêmement enviable, seulement à parler de son demi-milliard de téléspectateurs .
4.4. L'objet réel de la propriété d'un média
4.4.1. Pourtant on se demande : un propriétaire de média exerce son droit de propriété par rapport à quoi au juste? On sent le besoin de tenter de le clarifier un peu. Pour tenter de savoir de quel objet il se trouve propriétaire, prenons un cas imaginaire d'un propriétaire P qui achète une station de radio, laquelle émet à une fréquence F. Dès ce moment-là, il faut voir que c'est le propriétaire P lui-même qui en vertu de son droit détermine dorénavant cette station et sa fréquence F, puisque c'est lui qui va contrôler cette station et l'usage de sa fréquence F. Ainsi c'est par son propriétaire P que la fréquence F se distingue dorénavant de toutes les autres fréquences. Prise en elle-même cette fréquence F n'est qu'un phénomène naturel, à devenir la propriété de P cette fréquence F devient un force sociale, culturelle, économique et politique.
Par-là on peut mieux voir que les conditions dans lesquelles ce propriétaire P se trouve à réaliser son achat, comme aussi ses relations sociales et politiques, sont d'une très grande importance. Puis le droit du propriétaire laisse ainsi observer plus largement ses dimensions sociales, culturelles et politiques. Ce qu'on ne voit pas aussi bien si on utilise l'expression la propriété d'un média , sans préciser qu'il y a là un droit et que ce même droit engendre et établi des positionnements chez les propriétaires.
4.4.2. Pour mieux garder à l'esprit ces aspects humains des choses, ici on pourra utiliser les expressions suivantes : les gens des médias , les gens de la télévision ou les gens des entreprises de télévision. Il semble que l'introduction du mot gens peut contribuer à faire ressortir ces aspects sociaux, culturels ou politiques des dits médias et de ce qu'on appelle la télévision . Et surtout ce mot gens peut servir à y signifier des mouvements du désir.
4.4.3. Dans le même esprit, quand il va s'agir de désigner des actions ou des interactions entre des humains, le mot médiation pourra se trouver utilisé au lieu de l'expression les médias . Et utiliser l'expression les médiateurs au lieu de l'expression les médias permettra de mieux signifier qu'on a affaire à quelqu'un, à un être humain, ou encore à des êtres en chair et en os . Il apparaît ainsi qu'imaginer les entreprises de médias comme des groupes neutres ou dépourvus de désirs relève d'une distraction volontaire, sinon d'un aveuglement.
4.4.4. Par ailleurs, ce mot médiation sera utile aussi à cause d'une autre chose. Il servira à signifier l'action des individus et des groupes, lesquels s'activent dans les entreprises de médias, mais sans qu'on puisse savoir ce qu'ils y font au juste, si on se limite à ce qui est montré par les téléviseurs ou à ce qui s'écrit dans les journaux. Il convient de penser à ces médiateurs invisibles ou inconnus si on veut mieux observer les opérations des entreprises propriétaires des médias . Cela dit sans nullement sous-estimer le rôle ni les talents des personnalités vues à l'écran, bien entendu.
4.4.5. Ainsi arrivés à ce point, on pourrait dire à nos concitoyens : Voyez, dans ces questions de propriété des médias, vous avez affaire à des gens qui sont vos médiateurs, c'est-à-dire à des gens qui sont pour vous comme des intermédiaires et qui vous appliquent à vous-mêmes et à votre vie personnelle, familiale, sociale, culturelle et politique, une sorte de traitement qu'on appelle une médiation . Mais alors certains d'entre eux pourraient demander : Comment ces médiateurs nous appliquent-ils leur traitement à nous-mêmes, à nos personnes? . Comment les gens de la télé exercent-ils leur médiation dans nos familles? Comment ces gens viennent-ils chez nous?
4.4.6. Ce qui conduit à regarder les propriétaires de médias comme de médiateurs lesquels se positionnent par rapport à des grandes multitudes d'auditeurs et d'usagers de leurs médias, et cela en vertu de leur droit de propriété. Bien sûr, un propriétaire qui détient un tel droit ne peut pas oublier son positionnement par rapport à ces immenses multitudes de gens. Ce qui mène à ces multitudes elles-mêmes.
5. Découvrir des foules immenses
5.1. Une méconnaissance
5.1.1. On le sait, les auditeurs de la télé et de la radio comme les lecteurs des journaux sont sans cesse les objets de calculs. Entre autres raisons parce que les tailles des auditoires de la télé et de la radio comme les nombres des lecteurs de journaux sont l'objet d'une dure concurrence entre les entreprises des médias. Le plus souvent, ceux qui parlent de ces masses se trouvent à additionner les nombres de ceux qui s'y trouvent. On compte ainsi les auditeurs de la télé ou de la radio, par centaines de milliers, souvent par millions, parfois même par centaines de millions. Un exemple récent de tels calculs faits au niveau international: on compte deux milliards de téléspectateurs qui regarde une jeune fille de l'Inde être couronnée du titre de Miss World; un exemple au niveau du Québec : on compte plus de deux millions d'auditeurs qui regarde un même téléroman soit près tiers du total de la population québécoise. Mais pour comprendre ces masses il ne suffit pas de les quantifier ni d'en faire des statistiques.
5.1.2. Par ailleurs, les auditoires de la télé et de la radio sont souvent désignés à l'aide des expressions le public ou le grand public par les entreprises . Mais on n'entend pas dire que ces dits public constituent des foules. D'une façon semblable, les expressions les médias de masses ou la communication de masse circulent souvent, mais sans qu'on remarque les foules immenses que ce mot masses peut alors évoquer. Ce qui indique que la place occupée par ces foules immenses d'auditeurs, leur influence extraordinaire ainsi que leur énorme poids dans la société restent encore méconnus. Il faut en venir à considérer ces immenses masses tout autrement.
5.2. Les foules d'auditeurs constituent des forces colossales
5.2.1. Les qualités et les caractéristiques propres à ces masses sont à prendre en compte. Il se trouve que ceux qui écoute la télévision ou la radio ainsi que les innombrables usagers des autres médias constituent en réalité de vastes multitudes d'hommes, de femmes et d'enfants. Et il importe d'y reconnaître des foules véritables et d'en tirer les conséquences. Il faut prendre ces masses pour ce qu'elles sont : elles sont des foules réelles, parce qu'elles ont en elles-mêmes les traits qui sont essentiels à des foules : tous ceux qui s'y trouvent sont entraînés par des désirs qui leurs sont communs. Et il s'avère d'une grande importance capitale de les considérer en elles-mêmes, de les situer comme des foules immenses qui occupent une place dans les sociétés. Ce qui revient à dire qu'il faut les considérer d'une faço qualitative.
5.2.2. Ici la puissance d'attraction et le pouvoir de ces foules vont être considérés comme des forces colossales qui interviennent d'une façon directe et efficace sur la vie quotidienne de l'ensemble d'une population ainsi que sur les aspirations et sur le mode de vie de celle-ci.
L'observation et la prise en compte de ces forces gigantesques offrent des clés, lesquelles sont indispensables pour comprendre certains des phénomènes dits de la télévision et des médias , y compris et surtout les phénomènes reliés à la propriété des médias et aux concentrations de cette même propriété. Et ces clés font espérer réduire la méconnaissance qui entoure ce que ces foules d'auditeurs enclenchent et provoquent dans la plupart des milieux de la société et notamment dans les familles.
5.2.3. Il convient de le redire puisque personne ne semble en parler : ces foules d'auditeurs se caractérisent essentiellement par des émotions et des désirs communs qui entraînent tous ceux qui s'y trouvent. À en tenir compte, on peut observer des mouvements qui se font à l'intérieur de ces foules, les interactions entre ceux qui composent ces foules. Puis regarder les désirs communs de ces foules fait regarder aussi leur mode d'action ainsi que leur pouvoir d'attraction. Autant de phénomènes qui favorisent un nouveau regard sur les rapports de ces foules avec les entreprises de télévision.
5.2.4. Enfin à suivre les désirs communs à ceux qui forment ces foules immenses, on peut se tourner vers les hommes de partout sur la planète, vu que le désir habite les hommes de toutes les cultures et de toutes les conditions sociales. Et on peut aborder des questions universelles, lesquelles se posent avec acuité à l'heure de la globalisation et de la mondialisation.
6. Les désirs des foules d'auditeurs
6.1. On entend souvent des gens dirent : Moi, j'aime la télévision ou bien J'aime mes programmes à la télé . À noter que ces gens utilisent alors le mot aime , il est facile de constater qu'ils expriment alors des sentiments à propos de la télévision. À les entendre, surtout quand ils s'animent à parler de la télé, on peut se dire que l'écoute de la télévision, c'est une affaire de sentiments et que souvent il s'agit de sentiments positifs.
6.2. De plus comme des multitudes de gens continuent de regarder la télévision à tous les soirs, on peut convenir soit qu'elles y trouvent ce qui est conforme à leurs désirs, soit que leurs désirs les entraînent à écouter la télévision et à continuer à le faire. Puis les désirs de ces gens pour la télévision se mesurent d'une certaine façon par le nombre d'heures qu'ils passent à écouter celle-ci. Ensuite il arrive souvent d'y voir ressortir des désirs communs lesquels entraînent tous ces gens à aimer les mêmes programmes ou les mêmes vedettes. Le poète et chanteur Alain Suchon aide à suivre ces mouvements du coeur dans les foules d'auditeurs de la télévision. Il le fait dans sa chanson Foule sentimentale . Et ainsi on peut observer simplement qu'il y a là des foules avec de sentiments et des désirs.
7. Les attirances des foules d'auditeurs
7.1.1. Les désirs naissants de ces foules
7.1.1.1. Un fait est bien connu mais il convient d'y revenir: quelques secondes suffisent pour qu'un message publicitaire passe sur les écrans des téléviseurs. Les images et les sons y sont instantanés, n'y durent pas, sont immédiatement remplacés par d'autres tout aussi éphémères, et les émotions y sont tout aussi brèves. Chez les auditeurs, lesquels sont ainsi ciblés par les publicistes, ce genre d'émotions toutes brèves existent aussi. Ce sont des émotions à l'état naissant, et elles ont à peine le temps de naître que d'autres émotions tout aussi brèves leur succèdent.
7.1.1.2. De telles émotions et désirs naissants se trouvent chez tous les humains. Les jeunes enfants, eux, les manifestent spontanément. Ils aiment ou ils détestent, ils rient ou ils pleurent d'une façon instantanée. Ils sont à l'origine des comportements comme aussi des idées, sans compter que ces émotions naissantes éveillent à d'autres émotions naissantes. Puis, il se trouvent que ces émotions naissantes ont des dimensions sociales. Paul Dumouchel a su décrire ces émotions naissantes [7].
7.1.1.3. Ces émotions naissantes chez les auditeurs sont de la plus grande importance aux yeux des gens des entreprises de télévision. Ceux-ci ne cessent pas de s'occuper des émotions naissantes de leurs auditeurs. Ils s'y activent de multiples façons. On peut le voir à regarder comment les gens de ces entreprises utilisent la musique pour rejoindre les émotions naissantes qui animent les auditeurs.
7.1.1.4. Comme on le sait, les entreprises de télévision et de la radio recourent très fréquemment et même massivement à la musique. En fait, ces entreprises font un tel usage de la musique, qu'à parler strictement et sans rien exagérer, on peut dire que ces entreprises elles-mêmes sont véritablement musiciennes . Ce faisant, elles font intervenir un des arts les plus attirants et les plus influents chez les humains. Pour ces entreprises, la musique, ses charmes et ses enchantements s'avèrent essentiels pour attirer les foules d'auditeurs et les foules des usagers. Les entreprises de médias l'ont parfaitement compris. Ce qui fait que la musique sert à l'ensemble de la programmation, de la production et de la diffusion, et aussi à l'auto promotion de ces entreprises. Car leurs noms sigles ou symboles s'accompagnent toujours de brève mélodies pour apparaître sur les écrans. Ce qui fait que les foules d'auditeurs ne perdent pas un seule seconde pour commencer à ressentir aussitôt les attraits qui leur viennent des gens des entreprises de télévision et de médias.
7.1.1.5. Plus précisément, aux immenses foules d'auditeurs de la télé et la radio, la musique vient offrir ses rythmes, comme des repères pour accompagner ces émotions naissantes, pour les nourrir, pour commencer à les situer dans le temps, les faire se développer, voire pour leur suggérer des cheminements possibles.
7.1.1.6. Mais à tenir compte que la musique se trouve alors utilisée pour s'adresser à d'immenses foules, les entreprises de radio et de télévision doivent délaisser certaines sortes de musique. Sont ainsi diffusés des effets musicaux percutants ou bien de nature à attirer ou même à secouer d'immenses multitudes. Les émotions s'en trouvent remuées chez tous les auditeurs. Nul auditeur ne peut y échapper. Et ne pas oublier non plus leurs usages de la musique dans ce qu'on appelle l'information spectacle ... S'ensuivent des phénomènes culturels et sociaux, dont la profondeur et l'envergure sont inestimables et dont certains sont parfois redoutables, notamment pour les enfants et les jeunes. De tout temps, des musiciens ont charmé ou bien séduit des individus ainsi que des foules. De nos jours, les attraits des musiciens deviennent les attraits des gens de la télévision puisque ceux-ci s'accompagnent de musiciens pour entrer en rapport avec les auditeurs. Ce qui fait que les gens de la télé montrent plus d'attraits que d'autres gens. Et que le positionnement des entreprises de télévision ne se fait pas sans leurs attraits.
7.1.1.7. En fait, les foules d'auditeurs n'y sont pas insensibles. Elles ne restent pas inertes comme si leurs émotions ne les touchaient pas elles-mêmes. Elles ne demeurent pas immobiles devant ce qui leur paraît désirable. La musique des médiateurs musiciens touchent ces foules, et elles en ressentent des attirances. Ces foules adoptent elles-mêmes certaines manières d'y réagir selon leurs préférences ou leurs dédains. Leurs émotions leurs suggèrent souvent de suivre des modes, et elles en ressentent des tendances ou des inclinaisons. Alors elles souhaitent ou anticipent d'autres émotions naissantes encore à venir, en guettent les premiers indices. Ces foules s'en trouvent aussi en attente, se retrouvent comme en carence de ces émotions qui se renouvellent sans cesse. Et en même temps, ces auditeurs répandent les émotions, qu'ils ont d'abord ressenties par leur écoute de programmes, par la musique leur venant des médiateurs, dans leur entourage, à leurs proches. Ces émotions naissantes sont contagieuses.
7.1.1.8. Quand on dit la télévision est instantanée , c'est à cause des émotions instantanées lesquelles animent d'immenses foules d'auditeurs.
7.1.1.9. Puis il arrive que ces foules d'auditeurs n'atteignent pas du premier coup tous les attraits des modèles de désirs que les gens des entreprises de télé se trouvent à leur montrer. Ces modèles peuvent paraître inaccessibles ou insaisissables aux yeux de ces foules, mais cela n'empêche pas les auditeurs d'y persévérer et de souhaiter les atteindre de quelque façon, par un autre programme de télé ou autrement. D'une soirée d'écoute de la télé à une autre soirée d'écoute, ces foules en restent ainsi à des réactions spontanées qui peuvent leur venir, en restent à ce qu'elles peuvent imaginer, ou bien s'essaient ou tâtonnent comme par des simulations mentales, dans une sorte de rêve éveillé, en attendant les apparences et les reflets des désirs qui leur viennent des médiateurs.
7.1.1.10. Par ailleurs, les auditeurs formant ces foules y adoptent entre eux certaines manières lesquelles leur paraissent plus conformes à leurs désirs communs. Pour ainsi dire, au lieu d'attendre, ces foules semblent entrevoir comment canaliser leurs désirs communs et de ce fait elles actionnent certains mécanismes du désir lesquels attirent, repoussent, entraînent ou propulsent ces foules elles-mêmes diversement, vers telle vedette de l'écran ou vers une autre vedette, en variant aussi leurs élans vers divers modèles pouvant convenir à leurs désirs communs
7.1.2. Le désir de s'approprier ce qui paraît désirable dans les programmes
7.1.2.1. Par ailleurs, il se trouve aussi que les auditeurs qui font partie de ces foules ne s'y animent pas selon ce qu'ils sont eux-mêmes, mais selon les gens de ces entreprises de télévision, ou plus précisément, selon les représentations de désirs diffusées par les gens de ces entreprises. Les foules d'auditeurs s'en trouvent entraînées par le désir selon l'autre, pour reprendre une expression de René Girard [8].
7.1.2.2. Ce qui fait que dans ces foules, les auditeurs vivent leurs désirs en passant par l'intermédiaire des gens de ces entreprises. D'un côté, les foules d'auditeurs ressentent des émotions et des attirances dont ils sont les porteurs et les sujets; et de l'autre côté, ces médiateurs interviennent auprès de ces foules pour montrer ce qui peut paraître conforme aux désirs de ces mêmes foules et plaire à leurs auditeurs-sujets. Ainsi les auditeurs n'aiment pas la télé selon ce qu'ils sont eux-mêmes, ils l'aiment plutôt selon des reflets ou des représentations de ce qui peut sembler désirable pour des foules et qui leur vient des gens de ces entreprises. Autrement dit, dans les foules d'auditeurs, les coeurs de tous battent non pas à leur propre rythme mais au rythme de quelqu'un d'autre, au rythme établi par les médiateurs
7.1.2.3. Il s'ensuit que les foules d'auditeurs s'en trouvent attirées vers ces médiateurs eux-mêmes, vu qu'aux yeux de ces foules ces médiateurs sont à l'origine de émotions qu'elles ressentent. Dès lors ces foules imitent et miment ainsi les gens des entreprises de télé, comme autant de modèles vivants de ce qui peut paraître attrayant ou désirable. Puis ces foules d'auditeurs tendent aussi à prendre ces mêmes médiateurs comme des modèles attirants qu'il s'agit d'imiter dans les divers des domaines de leur vie et pour la quasi-totalité des situations sociales ou familiales où elles peuvent se trouver.
7.1.2.4. Noter que chez ces foules d'auditeurs, le désir d'imitation opère souvent d'une façon peu perceptible. Car ces foules n'y imitent pas seulement les personnages qu'elles voient à l'écran de leurs téléviseurs. Bien sûr, ces foules s'y trouvent attirées par ces personnages, et nul ne peut douter que ceux-ci y brillent manifestement par leurs propres attraits. Mais il faut voir que ces foules y sont aussi attirées par d'autres attraits peu perceptibles, par d'aimables invitations, des suggestions ce qui peut sembler convenir pour plaire au public , ou de façon indirecte. C'est ainsi que, par exemple, des dirigeants de ces entreprises prennent des décisions qui déterminent comment attirer ces immenses foules, bien avant que ces foules n'écoutent leurs programmes par leurs téléviseurs et sans que ces foules puissent connaître ces décisions-là. Il arrive aussi que les personnages attirants qui sont vus et entendus par les téléviseurs, peuvent y opérer comme des masques qui s'interposent entre ces dirigeants et ces foules d'auditeurs, ce qui empêche les auditeurs de ces foules de saisir les volontés leur venant des dirigeants des entreprises de télévision.
7.1.3. Par ailleurs, les foules d'auditeurs elles-mêmes et tous ceux qui s'y trouvent y expérimentent une imitation collective. Il y a bien là une imitation commune aux auditeurs de ces foules, mais ceux-ci peuvent ne pas s'en rendre compte,
7.1.3.1. Pour s'en faire une première idée, on peut comparer cette imitation commune aux auditeurs à d'autres formes d'imitation commune, à des formes de mimésis , lesquelles s'observent en dehors des humains, chez d'autres êtres vivants. On le sait, des animaux, des poissons, des oiseaux et des plantes de toutes sortes pratiquent l'imitation eux aussi, pour capturer leurs proies, pour se nourrir ou pour bien d'autres choses. Cela aide à voir l'imitation pratiquée par les foules d'auditeurs de la télé comme un mécanisme du désir humain lequel opère d'une façon très efficace et agit avec puissance sur ces immenses foules elles-mêmes, prises collectivement, et par la suite, sur l'ensemble d'une société.
7.1.4. Les désirs dans les conversations entre les auditeurs de la télévision
7.1.4.1. En dehors du temps de leur l'écoute de la télévision, les auditeurs ont maintes occasions d'en parler à des proches ou à des amis. Le fait d'y être entraînés au préalable par les désirs communs de leurs foules détermine alors leurs façons d'échanger avec leurs proches comme aussi avec d'autres gens. D'abord, un auditeur sait qu'il va capter l'attention d'un interlocuteur rien qu'à dire J'ai vu à la télévision... . L'intérêt de cet interlocuteur peut s'éveiller comme automatiquement, vu que la mention du mot "télévision" l'incite à croire que tout le monde ou à peu près s'y intéresse déjà. Ensuite l'auditeur qui évoque ainsi ce qu'on trouve à la télévision , s'évite d'attirer sur lui-même l'attention de son interlocuteur et cela permet à cet auditeur d'avoir une conversation sans trop s'y engager. Les échanges sur ce qu'on a vu à la télé peuvent se faire ainsi comme plus facilement, voire sur un ton léger . Il est toujours possible d'y attribuer des sentiments et des émotions à des personnages vus à l'écran, donc à d'autres qu'à soi-même, et de ce fait, les sentiments dont on parle comme ceux qu'on exprime peuvent y paraître libres détachés par rapport à soi-même ou bien passer pour impersonnels . C'est là ce qui permet à un auditeur de parler de son écoute de la télé avec à peu près tout le monde et à propos de tout ou de rien.
7.1.4.2. Par ailleurs, deux ou trois auditeurs qui ont vu les mêmes programmes s'animent autrement quand ils ont l'occasion d'échanger entre eux. D'avoir vu les mêmes personnages et les mêmes scènes et surtout, d'en avoir ressenti les mêmes attirances, donnent à ces auditeurs la possibilité de revivre et de s'approprier plus profondément leur écoute. Ainsi ces auditeurs peuvent se dire qu'ils approuvent un personnage ou qu'ils en désapprouvent un autre. Chaque auditeur peut aussi révéler quel personnage lui plaît davantage et avoir l'opportunité d'exprimer les motifs de son attirance. Puis, ces auditeurs peuvent procéder à des comparaisons par lesquels ils opposent un personnage de l'écran à une personne réelle de leur propre entourage ou de leur propre famille.
En un mot, dans de tels échanges entre des auditeurs qui ont vu les mêmes programmes, on peut observer non seulement un désir de s'approprier les éléments désirables d'un programme, mais aussi une réciprocité des désirs entre les auditeurs. Les uns y deviennent les interprètes des émotions et des désirs et les autres en sont les confidents. Puis ceux qui étaient d'abord confidents des désirs exprimés par les autres y deviennent à leur tour des interprètes qui traitent les désirs des autres . Si bien que les uns comme les autres y sont des intermédiaires ou des médiateurs lesquels interviennent en alternance et doublement par rapport aux émotions et aux désirs des autres.
7.1.4.3. Il est important de bien remarquer que ce faisant ces auditeurs de la télé se trouvent alors encore entraînés par les désirs communs des foules d'auditeurs dont ils ont commencé à sentir les attraits antérieurement par leur écoute des programmes. Il y a là une observation intéressante: pour ainsi dire les auditeurs agissent pour le compte des foules d'auditeurs auprès de leurs proches, et ceux-ci leur rendent la politesse. Bien remarquer que les auditeurs démontrent ainsi qu'ils accomplissent eux-mêmes ce que ces foules désirent faire, et qu'ils sont eux-mêmes des intermédiaires ou des médiateurs qui traitent et transmettent les désirs communs de ces foules dans leurs conversations.
7.2. Le désir d'imitation dans les foules d'auditeurs
7.2.1. Par ailleurs, les foules d'auditeurs de la télé peuvent se comparer aux foules d'amateurs qui assistent à des événements sportifs. On le voit souvent, des conflits guettent les foules d'amateurs après les matchs sportifs. Au moment de sortir des stades, les amateurs sont encore remués par les excitations qui leur viennent par les matchs et alors ils s'en trouvent enclins à ne pas avoir de patience, à trouver que les autres marchent trop lentement, à se marcher sur les pieds ou même à se quereller entre eux. Et des bagarres peuvent en résulter par la suite, parfois bien après la dispersion de leurs foules.
7.2.2. D'une façon semblable, des conflits guettent les foules d'auditeurs après ou en dehors de leurs soirées ou de leurs heures d'écoute de la télévision. On peut commencer à le voir, à observer leurs réactions quelques secondes après leur écoute. Encore remués par les émotions et les excitations qui leur viennent par les programmes, les auditeurs s'en trouvent empêchés de pouvoir se retrouver eux-mêmes tout de suite ou bien ils s'en trouvent moins disponibles pour échanger avec leurs proches. Noter que de telles réactions s'observent aussi entre des cinéphiles à leur sortie des cinémas, alors que ceux-ci se trouvent encore remués ou un peu perdus par les émotions leur venant par les films.
7.2.3. Ainsi durant ces quelques secondes qui suivent leur écoute, ces auditeurs laissent encore apercevoir leur attirance pour ce qui leur vient par leurs foules et aussi une sorte d'indifférence pour leurs proches, laquelle est significative malgré qu'elle puisse être de courte durée.
7.2.4. Autrement dit, les attraits des désirs communs des foules d'auditeurs font pâlir les autres attraits qui auraient pu leur venir par leurs proches ou par leurs familles, durant ces quelques secondes. En langage sportif cela devient : les foules d'auditeurs de la télé l'emportent sur leurs proches et sur leurs familles, pendant ces quelques secondes.
7.2.5. Or, il importe de constater qu'en fait, ce genre de victoire, ces foules d'auditeurs peuvent le faire durer beaucoup plus longtemps. Ce n'est pas seulement pour quelques secondes mais pour l'ensemble des heures d'écoute que les désirs communs de ces foules d'auditeurs exercent semblablement leur attraction sur ceux-ci. Par exemple, quand des auditeurs passent une vingtaine d'heures par semaine à l'écoute de la télévision, l'attraction des désirs de leurs foules va s'exercer sur ces mêmes auditeurs et durer en fonction de cette vingtaine d'heures. Et les auditeurs de la télé y ressentent des attirances lesquelles sont de même nature que les attirances ressenties par les amateurs dans les foules sportives.
7.2.6. Puis à considérer le nombre d'heures que les auditeurs passent à écouter la télévision, il est facile de comprendre que l'attraction des désirs communs de leurs foules peut s'avérer plus puissante que les attraits de leur vie avec leurs proches ou avec leurs familles. Avec le temps, les relations qui se forment entre des individus dans ces foules vont tendre à remplacer les relations qui se font entre les membres des familles. Les membres des familles en ressentent des difficultés à se reconnaître entre eux et à se comprendre. Ces difficultés peuvent aussi s'aggraver du fait que chaque jour la vie de chaque membre d'une famille se recoupe avec la vie d'un autre membre. Les occasions d'incompréhensions ou de conflits sont nombreuses. Comme les foules d'auditeurs de la télé se compte par millions, des millions de familles se trouvent exposés à ces difficultés-là.
7.2.7. Par ailleurs, on ne peut pas surestimer le fait que ce qui est montré par les gens des entreprises de télévision s'y trouve montré comme étant désirable à regarder pour de vastes multitudes de gens. On se doit de noter que les gens de ces entreprises recourent aux désirs communs des foules explicitement et par de multiples moyens, pour augmenter la popularité de leurs programmes comme pour faire la promotion de leurs entreprises et de leurs stations. Dès lors, la popularité si sensationnelle et si répandue des programmes de télévision ne s'improvise pas relever d'une génération spontanée. Au contraire, on peut dire que chez les entreprises de télévision, se conformer au désir du public est l'objet d'une programmation et d'une attention constante, comme les gens de ces entreprises le disent eux-mêmes.
7.2.8. Ainsi on ne peut douter que les foules d'auditeurs de la télé se trouvent ainsi entraînées d'une façon toute puissante, comme par des modèles irrésistibles ou des forces d'attraction extraordinaires et irrésistibles.
7.2.9. D'autant plus que c'est en y trouvant maints avantages, des informations utiles et intéressantes, des satisfactions de tous genres et des plaisirs toujours nouveaux, des vedettes attirantes que les foules d'auditeurs expérimentent tout cela. On le comprend facilement : leurs désirs communs arrivent à combler largement, à entraîner puissamment et à s'attacher solidement ceux qui se trouvent dans ces immenses foules d'auditeurs. Un fait majeur et facilement observable aide à le voir: ils sont innombrables ceux qui ne cessent plus de regarder la télé après avoir commencé à le faire, et ils sont peu nombreux ceux qui cessent de la regarder. Les désirs communs de ces foules s'avèrent irrésistibles pour des multitudes innombrables
8. La révolution la plus capitale que l'homme ait connue [9].
8.1.1.1. Il y a une façon toute simple de tenter de voir les rapports entre la télévision à la globalisation dont on parle. Il s'agit de remarquer les images de globes terrestres qui apparaissent au début des programmes de nouvelles. La plupart des chaînes de télé montrent de tels globes terrestres. Chacune à leur manière, ces chaînes y font tourner ou virevolter leurs globes, elles les font grossir ou diminuer. Souvent aussi elles y joignent des représentations de photos de la terre ayant été prises de l'espace, ce qui fait plus réaliste. Ainsi pour quelques secondes chaque fois, à chaque commencement des programmes de nouvelles, d'une façon régulière et récurrente, les foules d'auditeurs se retrouvent à ressentir en elles-mêmes des émotions naissantes positives, lesquelles sont manifestement symboliques, attirantes et en rapport avec une sorte de globalisation. Et comme ces globes tournent et tournent ainsi sur les écrans depuis des années, on peut s'en inspirer pour commencer à s'interroger sur les rapports entre la télévision et la globalisation.
8.1.1.2. Une autre façon de s'intéresser à ces mêmes rapports est plus classique. Elle consiste à écouter des témoins qui ont pu les observer. Or Robert Laffont en fait partie. Il a pu observer des événements qui sont de portée internationale. Il a pu les observer de Paris, une des plus grandes villes du monde, et où convergent les principaux courants culturels, sociaux, politiques et scientifiques de notre époque. II a été un leader dans le domaine des médias. Il a été le fondateur de la maison d'édition qui porte son nom et il en a fait une entreprise de médias par des réalisations audio-visuelles. Or dans un livre de réflexions sur la vie, Robert Laffont en arrive à parler de la télévision en posant les rapports de celle-ci avec l'évolution de l'humanité elle-même! Ce qu'il en dit est éblouissant et pour l'essentiel se trouve dans la phase suivante :
"La propagation de la télévision dans la majorité des foyers, au cours de la dernière moitié du XXie siècle, a constitué la révolution la plus capitale que l'homme ait connue" [10].
8.1.1.3. Il importe beaucoup de s'y arrêter. D'abord les premiers mots propagation de la télévision donne à voir qu'il y a là ce qui est en mouvement, ce qui se fait progressivement, un dynamisme évolutif.
8.1.1.4. Ensuite viennent les mots dans la majorité des foyers . Noter que le mot foyers y désigne les lieux où cette révolution de la télévision se produit en réalité. Ainsi on sait que cette révolution se passe dans les maisons et les résidences, et on se dit qu'elle atteint les familles ainsi que leurs enfants. Ce qui est d'une très grande importance, si on veut tenir compte du point de vue des familles.
8.1.1.5. Il y a aussi le mot majorité . Ce mot peut indiquer simplement que l'impact de la télévision se fait sentir quand les foyers ayant un téléviseur sont plus nombreux que les foyers qui n'en ont pas. Mais ce mot majorité est trop faible pour s'appliquer aux situations actuelles. Selon l'historien Anthony Smith, dès 1990 et pour l'ensemble des pays dits développés , on estimait à 98 % le nombre de foyers ayant au moins un téléviseur, ce qui équivaut à la quasi-totalité des foyers.
8.1.1.6. Puis il y a les mots la dernière moitié du XXie siècle , soit la période 1950-2000. On sait ainsi que la révolution de la télévision s'étend dans le temps, et que son efficacité peut s'observer à long terme. Puis on peut s'intéresser à l'année 1950, cette année où Robert Laffont situe le début de cette révolution. C'est que les téléviseurs se répandent massivement à New York à partir de 1947 et à Montréal à partir de 1952. Robert Laffont semble en avoir fait une estimation assez exacte pour ces deux villes nord-américaines. En Europe les téléviseurs se propagent aussi dans les foyers, mais ils le font quelques années plus tard, en raison des morts et des destructions causées par la guerre 1939-45. On peut y voir des indices laissant voir les mouvements de cette révolution télévisuelle dans deux continents.
8.1.1.7. Ce qui est le plus frappant, c'est que, selon Robert Laffont, il s'agit de la révolution la plus capitale que l'homme aie connue . Cette la révolution de la télévision surpasse toutes les autres révolutions de l'histoire humaine! Elle a un pouvoir absolument extraordinaire de dominer au-dessus des siècles et des millénaires. Elle semble se mouvoir en dehors de l'espace : son pouvoir paraît extra terrestre. Elle semble survoler le temps. Elle paraît recouvrir et englober l'humanité elle-même. Son pouvoir semble avoir une sorte de puissance surhumaine.
8.1.1.8. Bien plus encore, à continuer à lire Robert Laffont, ce qui est essentiel et ce qui ressort nettement, c'est que celui-ci se félicite vivement autant de la télévision elle-même que de cette révolution si formidable. Comme exemples des bienfaits innombrables qu'il attribue à la télévision, il y a d'abord le fait que le premier homme à marcher sur la lune a pu être vu par d'immenses multitudes d'hommes. Il y a aussi le fait qu'avec leurs téléviseurs les hommes s'ouvrent au monde entier (ils se mondialisent), alors qu'avant les téléviseurs, dans les villages et ailleurs, les hommes restaient murés et isolés du monde. Et il précise aussi que les bienfaits et les progrès apportés par la télévision aux peuples de la terre l'emportent incontestablement sur ce qu'il appelle "les excès" de la télé et qu'il dit voir parfois sur les écrans.
8.1.1.9. Il n'en demeure pas moins que l'efficacité si extraordinaire de cette révolution apparaît inexplicable. On peut croire qu'il peut s'agir d'une puissance magique, comme quand quelqu'un parle de la magie de la télé ou de celle du petit écran . On en vient ainsi à tenter de comprendre cette magie elle-même, cette domination de l'histoire humaine elle-même, ces apparences surhumaines de la télévision.
9. Les foules d'auditeurs et le surhumain
9.1. Une magie extraordinairement efficace en toutes choses, une attraction irrésistible et un pouvoir invincible se profilent souvent dans ce qui est dit à propos de ce qu'on appelle la télévision . C'est pourquoi on peut s'interroger en commençant par chercher le sens à donner à l'expression la télévision .Cette fameuse expression qu'on entend partout et dans toutes les bouches. Par exemple, rien qu'à entendre un interlocuteur dire les deux mots la télévision , on peut se mettre à imaginer soit que celui-ci va parler de phénomènes extraordinaires, de ce qui est de nature à intéresser tout le monde ou de ce qui est agréable à entendre pour tous, ou bien de ces trois choses à la fois. Puis il arrive qu'on en parle dans des termes qui laissent supposer qu'il y a là ce qui semble hors du commun et ce qui produit non seulement des programmes toujours plus agréables à écouter, mais aussi des quantités de phénomènes extraordinaires et cela dans tous les domaines.
9.2. Puis, il est facile de voir que l'expression la télévision évoque aussi des attraits irrésistibles chez d'immenses multitudes d'auditeurs. Surtout que ce qui est appelé la télévision passe pour le premier des médias , le média qui s'impose à tous les autres médias . Plus encore, il arrive que des quantités de gens manifestent très souvent et ouvertement leurs attirances pour tout ce que l'expression la télévision peut représenter. Des multitudes de fans adulent les personnalités et les vedettes qui apparaissent sur les écrans et aussi celles qui ont quelque chose à voir avec la télé. Cette la télé en est la version abrégée, et à utiliser celle-ci on en parle d'un façon familière, comme si on l'avait apprivoiser, et même parfois sur un ton affectueux. Puis sur les écrans, apparaissent des gens importants et venant de tous les milieux, lesquels laissent voir leur bonheur de s'adresser aux foules d'auditeurs par des sourires ou d'autres amabilités. Sans parler des publicistes lesquels s'y activent à faire miroiter tout ce qui peut sembler désirable à ces foules d'auditeurs, pour y vendre des objets de consommation, des services et tout ce qui peut se vendre. Car il faut en convenir, à leur manière, ces publicistes ajoutent aux attraits de la télévision.
9.3. Bien plus encore, comme on le sait, l'expression la télévision sert souvent à signifier une puissance bienfaisante laquelle ne cesse de triompher en faveur de la culture . Notamment, des discours donnent à voir que ce que l'expression la télévision se trouve à signifier, c'est ce qui développe et garantit la culture non seulement pour tout un peuple, mais toutes les cultures pour tous les peuples et dans tous les pays.
9.4. Mais n'allons pas refuser de nous occuper de ces discours sous prétexte qu'ils expriment ce qui peut paraître humainement impossible. N'allons pas non plus tenter de vérifier si ces discours disent le vrai ou le faux. Ce qui est bien plus intéressant, c'est de commencer par se dire simplement qu'il s'agit là de discours. Et ce qui est assez facile quoique légèrement intriguant, c'est qu'il faille alors garder à l'esprit cela même qu'on a peine à discerner : l'humainement impossible .
9.5. Ce qui est essentiel, ce sont ces discours eux-mêmes, c'est le fait indiscutable qu'il existe bel et bien de tels discours. Entre autres raisons, parce que cela aide à comprendre que les foules d'auditeurs entendent ces mêmes discours, y croient et les répètent aussi à leur tour, quand ils leur arrivent de parler de la télévision .
9.6. Dès lors on peut faire l'exercice suivant : s'imaginer soi-même tel un ou une fan lequel ou laquelle s'enthousiasme pour les stars ou pour les super-vedettes des programmes. Cela entraîne à croire qu'il y a là des êtres super avec mille attraits extraordinaires, des choses qui paraissent s'élever au-dessus des humains, ce qui paraît échapper aux hommes. Ainsi on peut se sentir plus disposé, sinon plus à son aise, pour regarder observer les moindres attraits de ce qui paraît surhumain , comme les fans qui veulent tout savoir de leur vedette préférée.
9.7. En fait, il ne peut pas en être autrement. Ces apparences du surhumain émanent des représentations et des mouvements de désirs par lesquels les foules d'auditeurs interagissent avec leurs médiateurs. Dès lors, Il s'agit de savoir reconnaître l'efficacité culturelle qui leur est propre. Mais les choses sont plus claires quand on précise et qu'on sait reconnaître qu'il s'agit là de ce qui conduit à une sorte de culture de masse, tout en se disant que par ailleurs il existe aussi d'autres sortes de cultures que cette culture de masses.
9.8. Karl Popper, lui, semble, faire un pas de plus. Parlant de la télévision comme d'un pouvoir colossal, il va jusqu'à dire que la télévision se comporte comme si elle avait remplacé la voix de Dieu [11].
9.9. Dès lors, on peut se demander : jusqu'où les foules d'auditeurs souhaitent-elles aller par leur écoute de la télévision? On sait déjà les puissantes attirances que ces foules ressentent par rapport aux vedettes qui apparaissent à l'écran. Comme on sait qu'au cinéma les spectateurs se trouvent attirés par ces acteurs et ces personnages qu'on appelle les étoiles ou les stars . Le star system peut-il dépasser l'humain? produit du surhumain? Les foules d'auditeurs de télévision y sont-elles attirées par des êtres qui leur semblent supérieurs à ces étoiles, par ce qui leur apparaît comme surhumain? Ces foules aspirent-elles à ce qui leur apparaît comme un ciel ou bien imaginent-elles les superstars comme des dieux qui viennent remplacer cette voix de Dieu , dont Popper se trouve à parler?
10. Le parcours des foules d'auditeurs
10.1. Pour regarder ainsi vers le ciel, tout en gardant les pieds sur terre, il convient de commencer par ce qui se passe dans un village avec l'arrivée des téléviseurs dans les foyers , comme Robert Laffont se trouve à l'écrire.
10.2. Pour commencer, on va se tourner vers un témoin qui a vu de ses yeux une telle arrivée se faire dans des villages. Mais juste avant d'aller vers ce témoin, on pourrait consulter certaines recherches, comme celle de Tannis MacBeth Williams. Celle-ci décrit les impacts de l'arrivée de la télévision dans trois communautés locales différentes et demeurées longtemps privées de télévision à cause de leur isolement dans les montagnes [12].
10.3. Ce témoin est une femme. Elle est connue par une source sûre. Elle occupait un emploi dans le domaine de la télévision et elle s'est trouvée en position d'observer l'arrivée des téléviseurs dans l'ensemble de l'ile de Terre-Neuve. À cause des nombreuses baies et collines qui caractérisent la topographie de Terre-Neuve, certains villages ne recevaient pas les signaux émis par les diffuseurs de la télévision, tandis que d'autres villages, lesquels étaient très semblables ou presque identiques aux premiers villages, recevaient ces mêmes signaux et commençaient aussitôt à écouter la télévision. En faisant son travail, cette femme a pu distinguer les villages qui ne recevaient pas signaux télévisuels et les autres villages qui les recevaient et observer les uns et les autres.
10.4. Or selon cette femme, dès que l'écoute de la télévision a commencé dans ces derniers villages, la vie y a changé à vue d'oeil. Elle a raconté comment les comportements des enfants se sont transformés. Ceux-ci se mettaient à imiter les personnages vus sur les écrans, y compris les cowboys et leurs violences. Tandis qu'au contraire dans les autres villages restés sans cette écoute de la télévision, les petits garçons continuaient à simuler des gestes de pêcheurs comme ceux de leurs pères, et les fillettes ne cessaient pas de jouer avec leurs poupées, imitant ainsi leurs mères. Ces changements-là, cette femme a dit avoir pu les vérifier auprès des responsables des écoles, lesquels avaient observé ces changements eux aussi en observant les enfants dans les écoles. Ils avaient pu le faire parce que le hasard avait voulu qu'une évaluation de l'ensemble des écoles y coïncide avec l'arrivée de la télévision. Et certains responsables s'émouvaient de voir les parents cesser ainsi d'y être les modèles imités par leurs enfants.
10.5. Devant de tels faits, on peut se demander : l'écoute de la télévision peut-elle enclencher de tels changements ailleurs, sur d'autres territoires et dans des nombres plus grands de familles et de villages? Puis de tels changements sont-ils durables?
10.6. Pour tenter répondre à ces questions, on peut commencer par imaginer simplement un village type appelons le village V. S'imaginer ensuite ce qui s'y passe au moment où ses habitants vont pouvoir regarder la télévision pour la première fois. Jusqu'alors des collines autour de leur village avaient empêché les signaux télévisuels de leur parvenir et ils avaient vécu une vie toute ordinaire. Supposons aussi que certains s'y trouvaient en chômage et s'en inquiétaient, que des parents se faisaient des soucis à propos de leurs jeunes et aussi que la plupart des villageois s'y trouvaient en conflit avec certains garnements.
10.7. Imaginons aussi cette soirée, où les habitants du village V voient les téléviseurs s'allumer dans leurs maisons pour la première fois. La plupart sinon tous ces villageois y passent la soirée. Ce qui fait que pendant leur écoute, certains en oublient les inquiétudes du chômage, les parents oublient leurs soucis au sujet de leurs jeunes et presque tous les villageois en oublient leurs difficultés avec les garnements.
10.8. Alors le lendemain, ces villageois se félicitent encore de leur première écoute de la veille. La plupart d'entre eux parlent de leur écoute comme de ce qui leur paraît conforme à leurs désirs. Ils partagent des sentiments positifs par rapport à leur écoute de la télévision. Ce qui fait que tous aspirent naturellement à écouter à nouveau la télévision. Ainsi on peut se dire que par leur première soirée d'écoute ces habitants du village V s'animent de trois façons :
10.9. Alors, bien sûr, de faire l'expérience de tout cela durant une soirée et sans avoir à fournir d'efforts, leur fait ressentir et goûter à une sorte de libération par rapport à leur façon de vivre d'avant leur premier soir d'écoute de la télévision.
10.10. Si bien que le lendemain soir, comme les soirs suivants, ces villageois écoutent à nouveau les programmes de la télévision. Ce qu'ils font aussi par la suite de semaines en semaines. Toujours avec cette libération par laquelle ces villageois ne cessent pas de s'animer, avec ce qu'y conforme leurs désirs, avec des sentiments positifs par rapports à leur écoute et avec des oublis par rapport à leurs villages.
10.11. Imaginer ensuite qu'il en va d'une façon analogue pour l'ensemble des villages et des villes d'un pays quand les téléviseurs arrivent dans les foyers. Cela fait ressortir d'immenses foules d'auditeurs, lesquelles s'y trouvent entraînées par des désirs communs partout et en même temps, et cela en dépit de leur dispersion physique. Garder ainsi à l'esprit à la fois les désirs communs de ces foules et leur dispersion physique aide à voir leur déploiement dans l'ensemble des villages et des villes et partant dans l'ensemble de la société.
10.12. De plus, il faut se rappeler en même temps ce village V et ces immenses foules. Ça permet d'apercevoir comment chaque village, comme chaque famille, et chaque personne peuvent avoir l'impression de s'y trouver devant ce qui les dépasse, devant un pouvoir lequel est à leurs yeux à la fois libérateur , dominant et insaisissable, ce que tous se contentent d'appeler la télévision . Car dans les faits et pour l'essentiel, les désirs communs des immenses foules d'auditeur animent le coeur de chaque personne, de chaque famille, de chaque village et de chaque ville. Et dans la mesure où ces désirs collectifs y prévalent par la puissance d'attraction, par la taille et par le poids humain de ces masses humaines, il est tout naturel et compréhensible que ceux qui s'y trouvent entraînés imaginent s'y trouver eux-mêmes face à ce qui leur apparaît supérieur à eux-mêmes.
10.13. Pour ainsi dire ces foules d'auditeurs se déploient elles-mêmes avec toutes leurs forces et s'installent très solidement ainsi dans l'ensemble des milieux et des domaines d'une société, mais en gardant leur mouvance, sans se donner de contours précis, sans se soucier des limites des villes ou des comtés, sans avoir à s'occuper des contraintes, ni des limites ni des obligations sociales. Immenses vagues humaines qui vont ou viennent à leur guise.
10.14. Puis pour autant que ces immenses foules y changent les soirées en autant de périodes réservées principalement à l'écoute des programmes, les rues des villes et des villages se vident. Ces foules imposent alors leur rythme au temps, à l'espace comme à la société elle-même.
10.15. Bien entendu, certains auditeurs peuvent quitter ces foules et aller vers d'autres formes de loisirs ou d'occupations. Mais ces foules immenses d'auditeurs restent quand même comme des masses puissantes et continuent leur existence et les mouvements de leurs désirs communs. Remarquer que les traits les plus essentiels de ces foules tiennent aux mouvements suivants :
5- ces foules se détournent de ce qui leur semblent extérieur à elles-mêmes, et elles délaissent ainsi diverses formes de la vie en société.
10.16. Pourtant, malgré que ces foules se retrouvent partout et que des multitudes de gens en font partie, les attraits par lesquels ces foules se trouvent ainsi entraînées restent encore mal connus par ceux qui en font partie : les auditeurs eux-mêmes. Dès lors, il s'agit de tenter de regarder les discours où ces foules s'expriment elles-mêmes ou bien les discours qui sont faits à leur sujet.
11. Les discours qui inventent un mythe
11.1. Les auditeurs qui croient en la télévision comme en un passe-temps absolument extraordinaire, comme ceux qui se sentent libérés par la télévision comme par une chose surhumaine, tous ces auditeurs ne peuvent pas s'empêcher d'en parler. Ils en ont long à dire à propos de leurs programmes. Mais des discours ordinaires ne seraient pas à la hauteur de leur croyance en la télévision . Alors ils inventent et répandent des discours qu'ils ressentent eux-mêmes, par lesquels ils en font la louange et disent tout ce qu'ils imaginent d'extraordinaire. Des discours pour vanter les satisfactions que tout le monde peut en retirer, comme aussi d'autres discours qui sont de nature à rendre la dite télévision encore plus désirable ou bien tel programme encore plus séduisant aux yeux des foules d'auditeurs. Et bien d'autres discours encore lesquels sont faits pour en célébrer les capacités incomparables et aussi pour se féliciter de la supériorité insurmontable que tout le monde paraît attribuer à la télévision .
11.2. Ce dont les foules d'auditeurs se persuadent ainsi n'a rien d'anodin. Les discours qui en émanent s'observent aussi à propos de questions et d'enjeux très importants. On les entend même quand il s'agit de l'unité politique des pays. Ainsi certains utilisent l'expression la télévision pour signifier que la dite télévision a la capacité de faire ou de sauvegarder l'unité entre les diverses parties d'un pays tel que le Canada. Comme certains autres l'ont déjà dit à propos de l'unité dans d'autres pays habités par plusieurs peuples différents, ou même comme ceux qui disent que la télévision va faire l'unité entre les hommes qui forment un seul peuple.
11.3. Or les faits disent tout le contraire. En réalité, dans sa recherche sur l'histoire de la télévision dans le monde, Anthony Smith montre que la télévision ne possède pas la capacité de faire l'unité dans aucun pays. Au fait, les foules d'auditeurs de la télévision existent au Canada depuis environ 50 ans, mais peut-on dire que l'unité y règne mieux maintenant qu'avant la venue de ces mêmes foules? Puis comme les Québécois écoutent la télévision depuis autant d'années, qui va dire que la solidarité entre eux constitue un fait accompli?
11.4. Plus largement, des auteurs utilisent les expressions la télévision , les médias , ou d'autres expressions similaires mais sans en préciser les significations. À en regarder les contextes, souvent on en vient à comprendre que ces auteurs utilisent alors ces expressions-là pour désigner les gens des entreprises de télévision. L'inconvénient, c'est qu'on risque alors d'attribuer à ces mêmes gens des caractéristiques ou des pouvoirs qu'il faudrait attribuer plutôt aux foules d'auditeurs. S'ensuivent ainsi une incertitude vaguement télévisuelle , un flou verbal, voire une ambiguïté médiatique. Ce qui oblige le lecteur à se fier à la sincérité de certains de ces auteurs par rapport à la télévision, ou à s'en remettre une croyance incertaine laquelle paraît dynamiser d'autres auteurs.
11.5. Puis, ces discours inspirés par ce genre de croyance se répètent, se multiplient et se répandent dans et par les immenses foules d'auditeurs. Il y a là bien plus de discours, bien plus de forces persuasives qu'il n'en faut pour servir à dire à tout le monde une conviction collective en la télé . Ce qui donne à observer non pas seulement une magie, ni un exploit de la technologie, mais plutôt une puissance attirante mais redoutable aussi, une domination par la séduction qui procède d'une sorte de croyance en un divin illusoire, c'est-à-dire un mythe, un mythe véritable. Non pas une de ces représentations de mythes anciens qu'on représente sur les écrans comme des choses qui sont agréables à regarder et dont on dit qu'ils font avancer les connaissances de tout le monde. Non, il s'agit plutôt d'un mythe très actuel et parfaitement opérationnel, c'est-à-dire d'un ensemble de discours lesquels s'expriment pour dire les désirs communs des foules d'auditeurs et leurs élans vers un sorte d'illusion surhumaine.
11.6. Remarquer aussi que ce même mythe reste encore intact et non déchiffré et comment il garde ainsi son prestige et son efficacité dans les esprits d'immenses multitudes de gens. Ne pas tenir compte du fait que ce mythe-là opère et englobe tous ces discours rend incompréhensible ce pouvoir colossal que Karl Popper sait voir dans la télévision , et cela donne trop facilement raison à tous ceux qui disent y voir une domination quasi absolue.
11.7. Pourtant cela n'empêche pas de vouloir échapper l'emprise de ce mythe . Pour commencer à s'y appliquer, se dire simplement qu'il s'agit là de discours propres aux désirs des foules d'auditeurs et propres aussi aux gens des entreprises de télévision, lesquels s'y activent comme des médiateurs opérant par rapport aux désirs de ces mêmes foules. Après tout, il est logique et même inévitable qu'un type de discours s'invente ainsi pour dire les désirs communs de ces foules elles-mêmes ainsi que le traitement de ces désirs communs des foules par les gens des entreprises des médias. Après tout, dans la mesure où l'expression la télévision en vient à signifier une chose qui paraît extraordinairement efficace pour régler tous les problèmes et pour satisfaire tout le monde, il faut bien des discours de même calibre pour exprimer les croyances de tous. Et il faut s'attendre à ce que ces discours reflètent la croyance de ce qui paraît surhumain. Cela dit, ne pas y reconnaître les expressions d'un mythe équivaut à vivre d'illusion, sans même s'en apercevoir. Car il faut voir aussi certains gestes posés par les foules d'auditeurs.
12. Les gestes rituels des foules d'auditeurs
12.1. D'abord il s'agit de regarder quelques exemples de tels gestes collectifs posés par ces foules d'auditeurs. Ces gestes font maintenant partie des coutumes, mais il faut quand même leur porter attention. Ainsi à l'heure où commence un programme populaire, d'immenses multitudes d'auditeurs vont se mouvoir vers un téléviseur ou s'arranger autrement pour pouvoir en regarder le début. Les pas qu'ils font, leurs déplacements et leurs autres mouvements ont tous le même but : permettre de commencer à écouter ce programme. D'une maison à l'autre, ces façons de se disposer à écouter un programme sont assez semblables. Ces mêmes comportements sont aussi presque simultanés à quelques minutes ou à quelques secondes près. Et comme ces comportements reviennent chaque fois qu'un tel programme commence, on peut dire qu'ils sont récurrents. Ensuite, à se répéter, ces comportements forment des habitudes. Et ce qui caractérise ainsi ces comportements-là se retrouve chez d'immenses multitudes d'auditeurs. Par conséquent, on veut y voir un exemple des gestes collectifs des foules d'auditeurs.
12.2. Surtout, on peut observer aussi que ces gestes collectifs ont des traits exceptionnels et des caractères extraordinaires. Notamment, ces gestes ont la capacité de se continuer à l'année longue et même au fil des années. Ils manifestent une force d'attraction assez puissante pour que l'écoute de la télévision domine et règne très au-dessus des autres formes de loisirs que les citoyens pourraient souhaiter. Et à voir que ces gestes collectifs sont souvent posés par des millions et des millions d'auditeurs de cultures différentes, on se dit qu'ils peuvent refléter une sorte d'unanimité fantastique. Exemple : un milliard d'auditeurs regardent ensembles les funérailles de Diana en oubliant même les fuseaux horaires qui les distinguent. Si bien, qu'à tenir compte de l'ensemble de ces caractéristiques extraordinaires, on en vient à observer qu'en réalité pour ces immenses foules d'auditeurs, ces gestes qui sont collectifs sont aussi surhumains, ou bien divinisés de quelque manière par dieu illusoire mais quand même efficace. Autrement dit ces gestes sont d'une certaine manière des gestes ritualisés ou bien qu'ils tendent à constituer des rituels. Non pas ces représentations d'autres rituels de diverses religions qui apparaissent sur les écrans, mais des gestes véritablement rituels, des gestes que les foules d'auditeurs se trouvent à accomplir à certaines heures précises.
12.3. Par ailleurs, ces gestes collectifs des foules d'auditeurs se trouvent en complémentarité avec des gestes posés par les entreprises de télévision. Il est évident qu'en ces matières les gestes posés par les gens de ces entreprises de télévision sont d'une très grande importance.
12.4. Disons que pour l'essentiel, à partir de leurs désirs communs, les foules d'auditeurs de la télévision se trouvent à produire tout à la fois ce qu'elles placent au-dessus d'elles-mêmes, soit une sorte de super-vedette ou de surhomme ou de dieu illusoire, des discours mythiques pour en parler ainsi que des gestes collectifs et rituels pour s'en faire une pratique et une coutume.
13. Recommandations
Le contenu de ce Mémoire, comme aussi des considérations et des enjeux divers, conduisent à faire les recommandations suivantes :
13.1. Rechercher et favoriser les diversités et les dynamismes culturels à l'intérieur de chacune des régions du Québec, entre ces régions, comme aussi dans les rapports du Québec avec le reste du monde.
13.2. Appeler les citoyens, les familles, les écoles, l'ensemble des régions du Québec ainsi que l'ensemble des organisations communautaires, comme aussi les industries et les commerces au développement de la culture, c'est-à-dire au développement d'un mode de vie, lequel inclut plusieurs sortes d'expressions culturelles plutôt qu'au développement d'une culture de masse, vu que celle-ci se trouve déjà fort bien pourvue.
13.3. Encourager la fondation et le développement de coopératives pour acquérir la propriété de canaux, de chaînes, de services de l'Internet et de diverses entreprises de nouvelles technologies exemple : www.cam.org Puis étendre ces coopératives au niveau international, notamment à partir des activités et du site Internet de l'Organisation mondiale pour les familles FAMILIS - OMF, des mouvements et organismes coopératifs et d'autres sociétés et organismes intéressés à la fois par le développement international et par la maîtrise des nouvelles technologies pour des fins culturelles, éducatives et autres.
13.4. Approfondir et renouveler le sens à donner à la culture et élargir notablement la place à lui faire en la considérant désormais comme un mode de vie, ce qui peut s'atteindre à poursuivre les objectifs suivants :
13.4.1. Privilégier les projets culturels qui requièrent des interactions et des rencontres entre des personnes plutôt que d'autres projets produits pour la masse ; favoriser plutôt des projets d'une tout autre nature, lesquels se font par petits groupes; privilégier ainsi et qui permet une meilleure participation, un développement des créativités, plutôt que ce qui est fait pour attirer d'immenses foules.
13.4.2. Faire intervenir les gens qui s'occupent de la culture aussi en faveur de la langue. C'est-à-dire développer des politiques et des projets par lesquels des objectifs culturels sont joints à des objectifs de promotion de la langue, vu que la langue et la culture vont de paire, et que la promotion de la langue et la promotion de la culture peuvent se renforcer mutuellement.
13.5. Réorienter profondément les rapports que les familles, les citoyens et l'ensemble des organismes québécois peuvent avoir avec l'ensemble des entreprises dites des médias et réorienter tout autant les attitudes, les politiques, les règles et les projets pouvant concerner les familles et les citoyens ainsi que leurs rapports avec ces mêmes entreprises, ce qui peut se faire notamment en poursuivant les objectifs suivants :
13.5.1. Identifier et faire connaître les entreprises dites des médias comme étant des groupes lesquels ont des caractéristiques et des activités qui leurs sont propres, comme étant des groupes qui occupent une place déterminante, spéciale ou même privilégiée dans la société, des groupes dont les intérêts sont sociaux, culturels et politiques et non pas exclusivement financiers quoiqu'on en dise - et comme étant des groupes qui établissent des relations particulières ou exclusives avec des milieux influents de la société y compris avec des milieux et des dirigeants politiques.
13.5.2. Et en conséquence de tout ce que ces entreprises de médias arrivent à constituer ainsi par elles-mêmes et pour elles-mêmes, revoir et distinguer plus nettement les actions et les interventions de ces entreprises d'avec les travaux, l'expertise, les conditions de travail des journalistes et des autres créateurs qui s'y trouvent comme employés ; la liberté rédactionnelle des professionnels de l'information ne pouvant pas être confondue avec ce qu'on se plairait à imaginer comme une sorte de neutralité fictive qu'il s'agirait d'attribuer à ces entreprises elles-mêmes.
13.5.3. Pour ce qui concerne l'ensemble des entreprises dites de médias de masse , identifier plus clairement les rapports extraordinaires que ces mêmes entreprises génèrent, répandent et entretiennent pour d'immenses multitudes de gens, lesquels ces entreprises appellent des usagers des médias ou des clients des médias .
13.6. Plus spécifiquement par rapport aux entreprises dites de télévision , attendu les puissants mécanismes que ces mêmes entreprises enclenchent, et attendu que ces mêmes entreprises peuvent devenir elles-mêmes captives de ces foules immenses d'auditeurs en tendant à se conformer elles-mêmes aux désirs de ces foules, les actions suivantes sont à envisager :
13.6.1. Informer les familles et les citoyens du fait de l'existence de ces foules immenses lesquelles se constituent par les auditoires de la télévision et dont l'influence persiste dans la vie quotidienne et notamment à l'intérieur des relations entre les membres des familles.
13.6.2. Informer les familles et les citoyens des changements profonds qu'ils subissent à leur insu en devenant des éléments parmi d'autres éléments dans ces immenses foules d'auditeurs, Et pour y parvenir prévoir des efforts d'éducation populaire des parents et des autres adultes ainsi que des efforts d'éducation destinés aux jeunes et recourir à tous les moyens pertinents pour y arriver.
13.7. D'une façon générale, renforcer le point de vue des citoyens ainsi que leurs droits pour des problèmes et des enjeux relatifs à de telles foules d'auditeurs, par exemple, pour les problèmes posés à la société par les violences télévisuelles.
13.7.1. Plus spécialement, et eu égard aux présentes concentrations de la propriété des médias, favoriser chez les citoyens des connaissances des puissants désirs des foules d'auditeurs de la télévision ainsi que la connaissance des autres forces sociales, culturelles et politiques que les entreprises de télévision elles-mêmes sont en position de stimuler ou de contrôler, par leur propre présence symbolique, par leurs organisations, par leurs systèmes comme aussi par leurs institutions et par la place qu'elles prennent dans la société.
13.7.2. Informer les familles et les citoyens par rapport à la globalisation ainsi qu'aux gonflements démesurés des foules d'auditeurs ou d'usagers, lesquels s'enclenchent inévitablement par les concentrations de la propriété des médias.
13.7.3. Susciter des questions et des réflexions chez des citoyens et chez les députés à propos des immenses foules d'auditeurs de la télévision et de la possibilité que ces foules aient quelque chose à voir avec l'apparition d'une indécision laquelle paraît à la fois généralisée insaisissable, d'une hésitation vague ou même d'une sorte de désarroi collectif par rapport à des enjeux majeurs, et le faire par l'éducation populaire ou autrement.
13.7.4. Informer les citoyens au sujet des transformations radicales que les foules d'auditeurs et les entreprises de la télévision entraînent pour les électeurs eux-mêmes, pour les formations politiques, pour les élections et leur interprétation ainsi que pour l'ensemble des divers processus démocratiques. Le Directeur général des élections du Québec pourrait être chargé d'en informer les électeurs et comme aussi de préparer les changements nécessaires.
13.7.5. Favoriser les journaux locaux ou de quartier en raison de l'intérêt que la population leur manifeste ainsi que les journaux gratuits en raison de leur liberté par rapport aux contraintes financières.
13.7.6. Associer l'Organisation mondiale pour les familles FAMILIS - OMF et d'autres organismes communautaires à buts non lucratifs au Réseau de télécommunication, d'Internet et de multimédia en construction pour les fonctionnaires du Québec sous l'autorité du Ministre responsable de l'Autoroute de l'Information.
13.7.7. Supporter plus fortement les Maisons de la Culture et les autres organismes similaires par lesquels des rencontres et ateliers peuvent se faire et des personne s'y impliquer.
13.7.8. Étendre et renforcer les initiatives par lesquelles les organismes qui sont à vocation culturelle peuvent s'y activer avec la collaboration des enseignants des écoles et mieux promouvoir encore les rôles des enseignants eux-mêmes par rapport à la culture.
13.7.9. Pour ce qui concerne les ressources financières, les orienter directement vers les artistes, les artisans et les créateurs eux-mêmes et supporter d'une façon analogue les personnes et les groupes qui s'activent à développer les aptitudes à la créativité chez les enfants, chez les adultes et les aînés, par des ateliers de créativité ou par d'autres formes de participation.
13.7.10. Favoriser des projets où les familles sont elles-mêmes des agents de développement culturel et à cette fin, par des ateliers ou autrement, encourager les parents à reconnaître qu'ils sont eux-mêmes des modèles culturels pour leurs enfants. Exemple d'un tel modèle parental et culturel : un parent qui aime les livres ou les arts et qui se trouve à en transmettre le goût à ses enfants.
13.7.11. Favoriser les actions et les projets lesquels s'offrent maintenant aux familles elles-mêmes en raison de l'arrivée de l'Internet et de nouvelles technologies dans leurs maisons, vu que désormais les familles vont exercer de nouvelles fonctions d'initiation aux arts et à la culture comme aussi des fonctions d'information et d'éducation au bénéfice de leurs enfants et des parents eux-mêmes. (Pour voir de tels projets, se référer au texte Familles et Internet chez FAMILIS .)
13.8. Demander au Ministère de la Santé de se saisir des diverses pathologies lesquelles se relient à l'écoute de la télévision ou à l'usage d'autres médias. Exemple 1 : l'obésité laquelle se trouve reliée à une écoute excessive de la télévision, comme diverses recherches se trouvent à l'établir; exemple 2 : la surexcitation des enfants par les jeux électroniques et ses rapports éventuels avec l'hyper activité ou l'incapacité de concentration de certains enfants.
13.9. Proposer au Ministère de la justice de développer des éléments de politique et des projets en vue d'atteindre les objectifs suivants :
13.9.1. Dans des perspectives de prévention des violences et de la criminalité, que le Ministère de la Justice définisse des politiques et des stratégies et qu'il libère des moyens, pour engager des actions à court et à long terme pour protéger les enfants et les jeunes contre les désirs de violences qui leur viennent par la télévision, par les jeux électroniques, et par d'autres médias, vu le rapport de l'Unesco dans lequel George Gerbner et d'autres experts internationaux sont d'accord pour reconnaître des liens entre ces simulations violentes et des comportements violents qui s'ensuivent chez des enfants et des jeunes.
13.9.2. Pour une nouvelle prévention des violences et de la criminalité que le Ministère de la Justice instruise les instances compétentes de la nécessité de réorienter la prévention des violences par la poursuite des objectifs suivants :
13.9.2.1. Étudier les foules d'auditeurs de la télé et examiner l'hypothèse de leurs rapports avec des tensions sociales pour des fins de justice et de prévention.
13.9.2.2. Réorienter l'ensemble de la prévention en évitant la fascination de la violence elle-même, laquelle fascination empêche la prévention et conduit plutôt à la protection ou la répression.
13.9.2.3. Considérer 1- l'impact des désirs violents des foules d'auditeurs de la télé et son seulement les images et les sons venant des téléviseurs; et 2- l'impact des désirs violents destinés à des foules d'enfants par les entreprises de jeux électroniques, et non plus seulement les stimulations sensorielles produites par les images et les sons venant par ces jeux.
13.9.2.4. Concernant les violences qu'on attribue aux jeunes ou aux enfants, porter une plus grande attention à l'enracinement de ces mêmes violences dans les comportements des adultes. Exemple : le taxage dans les écoles est à considérer comme une imitation du chantage exercé par les adultes et pour se réduire si on réduit d'abord le chantage adultes.
13.10. Inviter le Ministère responsable de la Recherche, de la science et de la technologie du Québec à s'intéresser aux objectifs suivants :
13.10.1. Fournir sans délai une ou des définitions précises du mot multimédia , attendu les espoirs et les investissements qui se relient à ce mot.
13.10.2. Privilégier désormais de nouvelles recherches sur la télévision et les médias, lesquelles tiendront compte des points de vue des citoyens et des parents, eu égard au fait que de nombreuses recherches se trouvent faites en adoptant plutôt les points de vue des diffuseurs ou ceux des entreprises de médias ou de télévision, cela pour tendre à un nouvel équilibre comme à une meilleure objectivité de la recherche elle-même
13.11. Revoir les objectifs du Ministère de la Culture en fonction des recommandations précédentes et accroître en conséquence les ressources financières allouées à ce Ministère par le Conseil du Trésor
Pour terminer, les députés de cette Commission comme ceux de l'Assemblée nationale pourront vouloir considérer que ce qui est en cause, c'est une refondation du Québec ainsi qu'un renouvellement de son mode de vie, c'est-à-dire de sa culture. Comme ils voudront considérer aussi qu'il y va de l'entrée et de la progression du Québec dans le nouveau millénaire.
[1] Smith Anthony,
Television, An International History, Oxford University Press,
1995.
[2] Raboy Marc (1999),
Les médias québécois, Editions Gaétan Morin.
[3] Spicer Keith (1990)
Rapport annuel du CRTC, p 5.
[4]générale des
Juneau Pierre (1996) Faire entendre nos voix, Le cinéma et la
télévision du Canada au 21ie siècle,
Direction communications, Patrimoine canadien,
p. 22p.
[5] Id.
[6] TV5, site : www.tv5.org
[7] Dumouchel Paul
(1995), Émotions, Ed. Empêcheurs de penser en Rond
[8]texte s'inspire
beaucoup René Girard a été professeur à l'Université
Stanford. Ses ouvrages sont publiés dans plusieurs langues. Le
présent de ses travaux sur le désir humain.
[9] Laffont Robert
(1999) Léger étonnement avant le saut, Grasset.
[10] Laffont Robert
(1999) Léger étonnement avant le saut, Grasset.
[11] Popper Karl
(1994) La television, un danger pour la démocratie, Éditions
Anatolia 1994, page36.
[12]Academic Press
Williams Tannis MacBeth (1986) The Impact Of Television, A
Natural Experiment In Three Communities,