F A M I L I S

Madame Ruth Laliberté-Marchand
Trésorière
Familis : Organisation mondiale pour les familles

Conférence internationale: "Les familles et la mondialisation"
Mercredi, 10 juin 1998

Familles et environnement: qui est la poubelle de qui?

Les propos du Président nous invitent à voir que certaines conceptions du monde peuvent favoriser, d' autres, défavoriser 1' harmonie qui règne entre les différents éléments qui composent l'univers et nous invitent à réfléchir sur la brisure de cette harmonie qui s' installe et se développe dans nos environnements.

Pour poursuivre cette réflexion, le thème général de la Conférence nous suggère de situer ces questions dans le contexte de la mondialisation. Mondialisation galopante, ambitieuse et très gourmande: tant qu'il y a de la matière, elle bouffe. Elle a tendance à dominer: l'air, l'eau, la forêt, les terres, bref, tout ce qui nous entoure s' y trouve exposé. Même 1'irremplaçable couche d'ozone, semble-t-il.

Et à tout considérer, on peut se demander si le fait de posséder des ressources naturelles n' est pas devenu un grand risque, soit celui d' être convoité, puis avalé et pollué par la bouffeuse.

Les conséquences sont immenses et multiples et personne n' y échappe. Pour certains c'est le "smog" de plus en plus dense sur la ville, c'est 1' émanation abondante et toxique des usines, c'est 1' accumulation de produits non biodégradables, ou c' est la rareté de l'eau potable. Pour d'au très c'est la forêt et la faune en voie de disparition, ce sont les terres devenues impropres à la culture ou contaminées par 1' exploitation sans contraintes. Et comme si cela n' était pas suffisant, on mondialise aussi les déchets qu'on exporte, qu' on importe, dangereux ou pas.

Et alors, oui, les questions se posent: La planète est la planète de qui? Qui est la poubelle de qui ? S'il demeure impossible de répondre de façon précise à cette question, il est par ailleurs permis de penser que les plus riches et les plus puissants s' en tirent mieux que les plus pauvres.

Certes nous savons tous qu' un processus de pollution minimalement inévitable était depuis longtemps engagé sur notre vieille terre. Ce qui inquiète cependant, avec le phénomène de la mondialisation, c' est 1' accélération non contrôlée, et qui parait incontrôlable, des processus d'exploitation, souvent abusifs, et que 1' on sait par ailleurs irréversibles. On constate aussi une sorte de sentiment d' impuissance qui se développe chez les citoyens que nous sommes, face à ce phénomène, ce qui faisait dire au Président du Groupe de Lisbonne, Riccardo Petrella, de passage à Montréal en avril dernier: "J' espère que la mondialisation actuelle va échouer!"

D'où une deuxième question: Qui peut ou doit contrôler ce processus sauvage et devenu dangereux pour l'environnement? Par cette question, nous sommes tous interpelés.

D'abord, aux gouvernements, dans chacun des pays, et dans leur participation aux organismes inter nationaux, incombe sans doute un rôle majeur de prévoyance, de contrôle et de solidarité. ( On sait par ailleurs que peu d'entre eux se distinguent en posant les gestes qui s' imposent, soit par manque de courage politique, soit par absence de moyens économiques, tel qu'on a pu le remarquer lors de la Conférence de Kyoto 1' an dernier. Il s' agit d' ailleurs d' un domaine où le Canada, considéré comme un pays riche, ne joue pas un rôle exemplaire à plusieurs égards).

D'autre part, en considérant la réalité des familles, on a vite fait de constater que partout à travers le monde, elles vivent quotidiennement et directement les conséquences des désastres environnementaux, auxquels les enfants sont particulièrement vulnérables, de même que le sont les personnes affaiblies par la maladie, un handicap ou par 1' âge. Et que dire de 1' avenir de générations d' enfants si nous ne parvenons pas à une certaine stabilisation, à un certain contrôle?

Toutefois, s' il est juste de dire que les familles sont les premières victimes, il est aussi vrai de dire qu' elles constituent une réponse première à ce problème mondial. Je m' explique.

On sait que le principal levier de ces formes d' exploitation est avant tout la consommation de biens et de services et que les familles sont, dans ce cycle, les premières consommatrices. Or, sur ce plan, privé, les familles ont déjà un pouvoir d' action certain sur leur propre consommation, en déterminant, dans la limite du possible, la qualité et la quantité des produits à consommer. Ou encore, par le recyclage et la récupération domestique. Voilà un premier niveau de contrôle.

Sur un autre plan, plutôt universel et international, soit celui auquel nous invite le thème de cette Conférence, celui de la solidarité, n' est-il pas permis de rêver au pouvoir de contrôle et d' action que pourraient avoir les familles de la planète solidarisées, sur les dirigeants et les décideurs, en vue de la protection de 1' environnement? De rêver que la planète soit la planète de chacun est celle de tous? De rêver que chacun veille à ce que sa poubelle se remplisse le plus lentement possible?

Rêvons-y! L' enjeu en est notre survie!

Conférence