Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 1, juillet 1989

Allocutions

Monsieur Claude Quiviger
Conseiller cadre en politiques sociales
Le Conseil Canadien de développement social

Monsieur Quiviger nous fait part de sa réflexion sous la forme de deux rappels, trois constats et deux questions. En partant du principe émanant du gouvernement qui affirme que le bien-être de la famille est à la base du bien-être de la société, il nous fait une étude critique de l'application de cette pensée dans la nouvelle politique de santé et services sociaux de madame la ministre Thérèse Lavoie-Roux.

Rappels

Le premier rappel fait référence à l'Énoncé des orientations pour une politique familiale au Québec. (p. 6 et p. 8)

Le deuxième rappel fait référence au premier préambule du projet de loi 94, loi sur le Conseil de la famille.

L'Énoncé et le projet de loi identifient, tous deux, la famille comme étant le premier lieu d'apprentissage et de socialisation dont le bien-être est à la base du bien-être de la société et à qui l'on doit donner un soutien comme institution.

En partant de ce principe, il faut chercher à voir comment se traduit, dans la nouvelle politique de santé et services sociaux, cette prise de position de la part du gouvernement du Québec.

Premier constat

La famille n'est pas considérée comme une entité structurante à partir de laquelle des services sont mis en place. La politique de santé et des services sociaux est centré sur l'individu et ses besoins.

Deuxième constat

Après avoir fait une lecture systématique du document, il ressort que le mot famille n'apparaît qu'à dix-huit endroits.

On le mentionne:

. 3 fois pour des généralités

. 2 fois comme lieu premier de l'aide naturelle

. 2 fois au niveau du support financier à lui donner

. 1 fois pour parler de politique familiale (une demi - page).

. Pour ce qui est des autres fois, on y fait référence à titre de lieu et de source de problèmes (jeunes en difficulté, monoparentalité etc.) et comme entité à supporter au plan professionnel.

Il n'est pas fait mention de renforcement de la famille.

Troisième constat

L'approche du document est une approche par problème à régler, par groupe à risque. Il n'y est jamais fait mention de promotion de la famille dont on a pourtant dit que son bien-être est à la base du bien-être de la société.

Première question:

Quel est le rôle de l'État en regard du rôle des organismes communautaires?

Jusqu'à maintenant aucune loi ne faisait obligation d'aider les organismes communautaires. Avec ce document, on les reconnaît aujourd'hui comme des partenaires essentiels au bon fonctionnement de la communauté, c'est un progrès qu'il faut noter.

Les inquiétudes relativement à la tendance à vouloir financer les organismes communautaires locaux offrants des services directs rejoint l'analyse faite autour des années 85-86 par monsieur Jacques Tremblay concernant le financement des organismes communautaires-jeunesse.

On y constatait depuis les dix dernières années, un accroissement des subventions aux organismes de services directs et un retrait par rapport au financement d'organismes de représentation et de défense des droits et d'intérêts.

Il faut craindre, comme l'a signalé madame Céline Signori, la disparition des organismes provinciaux qui sont très importants en termes de représentation.

On peut se réjouir que l'accès du système privé lucratif aux services de santé et de services sociaux fut rejeté comme proposition malgré la forte pression allant dans ce sens.

Deuxième question:

Pourquoi la politique familiale se trouve-t-elle au ministère de la Santé et des Services sociaux?

Le domaine de la politique familiale rejoint une multitude de secteurs ou ministères qui sont tous aussi important les uns que les autres.

Pourquoi faudrait-il se limiter à la santé et aux services sociaux?

La politique familiale ne pourra vraiment déboucher que le jour où il y aura un ministère de la Famille.

Commentaires:

Pour pallier aux difficultés rencontrées au niveau de l'intervention sur le terrain, il faut rompre les barrières qui séparent le réseau public du réseau communautaire, le réseau médical du réseau social.

Il faut chercher à créer des liens entre le curatif et le préventif dans l'optique d'une approche globale.

Le citoyen a également une part de responsabilité. Il a tort de s'appuyer uniquement sur le gouvernement ou sur les professionnels; il doit compter d'abord sur sa propre capacité de base et former des liens de solidarité et d'entraide communautaire.

 

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