Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 1, juillet 1989

Allocutions

Madame Céline Signori
Directrice générale
La Fédération des associations de familles monoparentales du Québec

Madame Céline Signori nous transmet l'inquiétude qui envahit la FAFMQ face à la prise de position du gouvernement en ce qui concerne la reconnaissance et le soutien faits aux organismes communautaires. La question est: comment pourront survivre les organismes provinciaux de représentation si la Ministre renie la responsabilité du gouvernement envers ceux-ci et laisse la question du financement retomber entièrement sur les épaules des membres affiliés? La deuxième question est : qu'arrivera-t-il des organismes communautaires locaux qui ne répondront pas aux critères d'évaluation proposés par la Ministre : critères qui privilégient essentiellement l'offre de services directs qui s'inscrivent dans le cadre de la santé et des services sociaux?

Reconnaissance et soutien des organismes communautaires

Le Ministère reconnaît la contribution des organismes communautaires à l'amélioration de la santé et du bien-être de la population. Le Ministère le reconnaît si bien qu'il veut en faire des intervenants dans sa politique. Les organismes communautaires sont promus au titre de partenaires du réseau public. Pour être intégrés au réseau, les organismes communautaires devront dispenser les services que la Ministre attend d'eux. De plus, ils seront subventionnés selon l'évaluation de leur performance.

C'est donc un enrôlement dans l'armée régionale des SSS et à salaire nul. C'est le bénévolat qui est pris en charge par la Ministre dans sa politique de régionalisation.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux contrôle le choix des orientations. Le Ministère contrôle l'attribution des ressources financières dans le projet de décentralisation vers les régions.

Pourquoi une régionalisation des services sans les pouvoirs décisionnels qui s'y rattachent, pouvoirs financiers, pouvoirs de gestion?

C'est donc un “CLSC régional” un CRSC que la Ministre propose à tous les partenaires du milieu.

Les organismes communautaires, comme partenaires associés:

a) auront à travailler pour le réseau public,

b) deviendront, chacun, un dans un ensemble de spécificités et de problématiques différentes,

c) verront leur financement basé sur l'efficience et l'efficacité des services offerts (évaluation par    le réseau selon la performance).

Et pourtant, qu'est-ce donc qu'un regroupement d'organismes communautaires de spécificités différentes?

Pour être efficace, un tel regroupement doit se voir:

a) comme carrefour, point de rencontre d'échange et de réflexion sur des thèmes communs,

 b) comme lieu de collaboration et de concertation pour une action à l'échelle de la province sur un sujet précis, une démarche ponctuelle soit en coalition, front commun, soit en table de concertation.

Le Ministère veut contrer le reproche d'aborder à la pièce des questions qui commandaient une politique globale de développement des organismes communautaires. À cette fin, le ministère donne une définition très restrictive des organismes communautaires.

La voici.

Ce sont des organismes qui mènent des activités dans le secteur de la santé et des services sociaux, des activités bénévoles ou partiellement rémunérées. Cette définition englobe l'éventail des activités suivantes: la prestation de services, l'entraide, la représentation des intérêts, la défense des droits.. mais... voilà!

Le Ministère reconnaît qu'un des rôles essentiels des organismes communautaires consiste à favoriser la recherche et le développement de réponses à des problèmes de santé et des problèmes sociaux. Et, à ce titre, ils acquièrent le statut de partenaires associés.

Comme vous le savez tous et toutes, le soutien aux organismes communautaires relève du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Et la Ministre ne veut subventionner que les organismes communautaires qui contribuent dans le domaine de la santé et des services sociaux. Les autres activités devront être financées ailleurs. De plus, il sera calculé comme faisant partie de la subvention, tout genre de soutien offert par la communauté.

Les organismes communautaires devront faire preuve de leur volonté de collaborer avec leurs partenaires.

Quant aux mesures de financement, l'instance régionale aura l'odieux de fixer des critères de subvention, de distribuer l'argent et d'évaluer la performance des organismes communautaires bénévoles. Le Ministère, pour sa part, garde la responsabilité du financement des organismes principaux de promotion et de défense des droits, à l'échelle régionale.

La Ministre renie sa responsabilité envers les regroupements provinciaux. Ceux-ci devront être financés par les membres. A cet effet, une augmentation du budget de l'organisme communautaire local serait allouée pour lui permettre d'adhérer à un regroupement provincial.

La Ministère occulte complètement la valeur, le dynamisme et l'apport des organismes provinciaux.

Peut-on encore parler de reconnaissance et de soutien des organismes communautaires?

C'est un net recul! Seront subventionnés, les organismes communautaires qui s'intègrent au réseau public, qui y travaillent bénévolement et qui se soumettent à une évaluation en fonction de la performance. Toujours comme bénévoles, ils pourront, en contrepartie, participer aux structures de concertation et aux mécanismes décisionnels de l'instance régionale.

Et voilà, à plus ou moins brève échéance, la mainmise du MSSS sur les organismes communautaires!

La politique de financement des organismes communautaires:

1. s'intègre indûment dans l'autonomie des groupes,

2. ne tient compte que des organismes de services,

3. occulte le sentiment d'appartenance, d'entraide et de solidarité des groupes hors prestations de services,

 4. diminue l'impact d'une force provinciale,

 5. dilue l'impact de la spécificité de chacun des groupes,

 6. enrôle les groupes dans un regroupement  régional à multispécificités et multiproblématiques,

 7. compte évaluer l'efficience et l'efficacité des organismes communautaires :

- en terme d'aide au réseau, de support au réseau

- en terme d'intégration de chacun dans un tout régional.

La politique de financement de la Ministre sabre à plein dans la solidarité des groupes:

- en remettant au regroupement régional

     . la tâche de s'évaluer les uns par rapport aux autres pour “mériter” la subvention

     . le soin de décider et de distribuer les montants à chacun

- en occultant complètement la responsabilité du Ministère concernant le financement des organismes communautaires provinciaux.

La Ministre ne veut plus de penseurs-es, de rassembleurs-es, de motivateurs-es; elle veut des individus qui travaillent pour le réseau public. Par le biais du régional qui est moins personnel que le local, moins encombrant ou revendicateur que le provincial, la Ministre veut élargir ses services sans coûts additionnels et diminuer le financement des organismes communautaires sur le dos des bénévoles et de tous les organismes communautaires.

 

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