Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 11, mars 1990

Satellite Famille et politique familiale

Le logement et l’habitation

Madame Ruth Pilote
Information-ressources Femmes et logement

Madame Pilote considère que le plan d’action est timide et peu réaliste, ne tenant pas compte des nécessités les plus pressantes des groupes cibles. Une fois de plus, constate madame Pilote, les femmes ne se sentent pas interpellées par ce plan d’action.

Le chapitre sur le logement, à prime abord, commence bien. Ceci est un constat sur lequel il serait difficile d’être en désaccord. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de démontrer ici que le logement, l’habitation, c’est la base de la famille. C’est le lieu essentiel où la famille vit, où celle-ci se développe et évolue. Tant qu’on n’a pas trouvé un habitat adéquat, un logement adéquat pour la famille, il n’y a pas d’unité ni d’évolution possible. Si on ne trouve pas ça, la famille pourrait même s’effriter. Le logement c’est une priorité « prioritaire ».

Un exercice de technocrate

En regardant le Plan d’action on constate que c’est un exercice de technocrate. C’est la première réflexion que je me suis faite. C’est décroché de la réalité. Nulle part j’ai reconnu les besoins réels. Et aussi, ce que j’ai trouvé déplorable, c’est de voir comment on parle comme si on ne connaissait rien par rapport au dossier de l’habitation. Quand on parle de produire un état détaillé de la situation des familles nombreuses, est-ce qu’on parle de comment on va le produire ? Qui va-t-on consulter pour le faire ? On connaît des éléments sur le dossier de l’habitation, alors pourquoi on fait semblant qu’on ne connaît pas ou que tout est à faire à partir de cet énoncé de politique ? Moi, je trouve que c’est un petit peu décourageant de lire une chose comme celle-là quand on travaille dans le milieu et qu’on voit les problèmes réels à tous les jours. On lit ça et on se dit, les technocrates voient ça comme ça ? Peut-être que ça serait bon d’aller leur parler, de les confronter avec les problèmes de la réalité.

La discrimination

Il y a, par exemple, tout le domaine de la discrimination dans le logement. C’est un phénomène qui est très répandu et qui limite l’accès au logement, l’accès des familles à un logement décent et adéquat. On le sait peu dans la population, mais le principal motif de discrimination dans le domaine du logement, croyez-le ou non, sont les enfants. Alors, la raison la plus fréquemment utilisée pour refuser de louer c’est la présence d’enfants et la présence d’enfants dans la mesure où ils sont seuls avec leurs mères. Alors là, on touche des enfants et aussi la famille monoparentale.

Les clientèles cibles

Dans le chapitre sur l’habitat on n’identifie pas les clientèles cibles, on ne reconnaît pas les clientèles qui ont le plus besoin de support pour avoir accès au logement et cela je trouve que toute politique logique doit le faire au départ. Il n’y a pas d’identification de ces clientèles-là. Par exemple, on ne parle pas de familles monoparentales, de familles immigrantes, de familles nombreuses. On ne parle pas de familles nombreuses, par exemple, dans des termes des familles immigrantes. On parle de la famille nucléaire tout le temps. Tout au long, on parle de la famille nucléaire : les enfants, le papa et la maman. On ne parle pas de la famille élargie telle que les immigrants la vivent avec un grand-parent ou avec une belle-soeur, par exemple. La famille élargie, il va falloir au Québec la reconnaître. Par exemple, une famille élargie, une famille immigrante qui voudrait avoir accès à un HLM ne peut pas y avoir accès. On va dire à la grand-mère d’aller habiter ailleurs parce que, nous, c’est les enfants, le papa et la maman qu’on veut. Alors, dans l’accès au logement social par exemple, on ne reconnaît pas la famille élargie. Et ça c’est très grave parce que la famille ce n’est pas juste les enfants, c’est tout ce noyau qui a un lien bien particulier.

Une politique claire

Quand on travaille dans le milieu du logement et de l’habitation, on se rend compte qu’il faut se doter d’une politique pour s’attaquer aux problèmes. Les problèmes du logement sont d’une ampleur absolument incroyable et pour s’attaquer à ces problèmes-là il faut des politiques claires. Tout la phrasé de ça ici, j’ai trouvé extrêmement timide : « on va inviter les municipalités », « on va suggérer »... Il y a des termes comme ça tout le long et c’est extrêmement timide. Je me suis dit qu’on n’ira pas loin avec ça. Si on met « inviter », « suggérer », alors on va mettre « s’il y a lieu », etc., comme si on s’en doutait. Alors je me suis dit qu’on n’avancerait pas avec ce genre d’énoncé. Il faut vraiment s’arrêter et voir les mesures concrètes, cibler les populations, parler du manque vraiment et aussi aider les gens qui en ont besoin parce que, oui, les familles à double revenus ont aussi sûrement besoin d’aide au niveau de l’habitation. Mais quelles sont les familles qui ont les plus besoins d’aide dans l’accession à l’habitation ? Ce sont les familles pauvres, les familles immigrantes, les familles monoparentales. Et regardez ces familles-là, ce sont des femmes qui en sont les chefs en majorité. Moi je regarde ce chapitre et je me dis que les femmes sont encore une fois laissées pour compte par cette politique familiale d’habitation.

L’accession à la propriété

Si je regarde dans ce qui est proposé dans l’accès à la propriété, le vide est flagrant. Déjà les femmes chefs de familles n’ont pas accès à la propriété. Quand on parle d’une accessibilité financière, on dit qu’on a baissé les prix à cent mille dollars, imaginez-vous ! Alors, on sait très bien que quand on a deux revenus, peut-être qu’on peut se le permettre, mais les femmes chefs de familles qui n’ont qu’un seul revenu, c’est absolument impensable. Les femmes sont encore hors de la course. Alors il y a des omissions incroyables ; je ne sais pas si c’est volontaire ou par ignorance, mais c’est assez flagrant.

Le nombre d’enfants

Au bas de la page 42, dans l’avant-dernier paragraphe, on voit que « le nombre restreint de pièces dans un logement ne doit pas servir de prétexte à limiter le nombre d’enfants », comment on doit interpréter ça ? Est-ce que le gouvernement fait de l’ingérence dans le nombre d’enfants qu’on veut avoir ou qu’on ne veut pas avoir ? Ou bien si c’est un sous-entendu à la discrimination ? Je ne sais pas comment interpréter ça, mais je le trouve un petit peu tendancieux. Alors est-ce que c’est une ingérence dans le nombre d’enfants que les familles auront? Ou...? Enfin, il y a des questions à se poser par rapport à ça. Je me dis que dans une politique familiale, quand on parle d’habitation, regardons les familles qui sont plus à risque d’abord et essayons d’aider ces familles-là.

Quelles familles québécoises ?

Dans la page 42, on dit que la majorité de familles se considère satisfaite de son logement et on parle de 70% de familles québécoises qui sont propriétaires. Moi j’aimerais savoir sur quelle étude ça se base parce que si on part avec des constats comme celui-là, alors on s’en va où ? C’est du « pétage des bretelles » à mon avis; ça mène nulle part. Si on parle de 70% de familles québécoises, de quelle sorte des familles québécoises qu’on parle, parce qu’on sait qu’il y a un taux de locataires beaucoup plus élevé à Montréal incluse, ou si on fait des exceptions pour Montréal à cause du taux de location beaucoup plus élevé qu’à la campagne ? Mais il y a aussi des problèmes de spéculation et de développement urbain qui sont assez spécifiques à Montréal. Alors, je pense qu’il aurait lieu de faire certaines différences entre les grands centres urbains et la province.

En conclusion

En terminant, je regarde ça et je ne me sens pas du tout interpellée. On parle de faire des fiches techniques, alors moi je dis : venez nous voir dans cinq ans quand vos fiches seront faites ; à ce moment-là, on pourra en parler mais pour le moment... C’est extrêmement déprimant de voir qu’on n’est pas encore dans le portrait ; les femmes comme chefs de ménage, on n’est pas encore dans le portrait. Et puis j’ai accroché sur « Familles en tête », le titre. Je ne sais pas si c’est par ignorance ou par antagonisme mais je pense que tout le monde connaît le mouvement de femmes « Femmes en tête ». C’est la célébration du cinquantième anniversaire du droit de vote de femmes qui s’appelle « Femmes en tête ». C’est déjà publicité, ça fait deux ans et demie, sinon trois ans. Je n’ai pas compris le choix de ce titre dans ce document. C’est un manque de communication ou un choix par antagonisme. Mais pour une fois qu’on met les femmes en tête l’année 1990, pourquoi appeler ça « Famille en tête » ? Je ne sais pas, je me suis posé la question... J’ai trouvé que c’était un titre qui n’était pas judicieux.

 

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