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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 11, mars 1990 |
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Satellite Famille et politique familiale
Les loisirs et les activités culturelles des familles
Monsieur Richard Martin
Mouvement québécois des camps familiaux
Monsieur Richard Martin présente la réaction dorganismes dont la vocation est la promotion des activités de loisirs et de vacances familiales. Lopinion émise est que lexercice est fort louable et présente des éléments fort intéressants. On a bien identifié les éléments de la problématique et on reconnaît limportance à accorder à la dimension familiale dans les activités sociales et sportives. Cependant, les organismes saccordent à déplorer le sous-financement et désirent une reconnaissance de leur rôle préventif au niveau de leurs ministères respectifs.
Je suis content de pouvoir présenter la réaction du Mouvement des camps familiaux à la lecture du chapitre 8 du Plan daction concernant les loisirs. Pour commencer, jaimerais corriger une erreur qui se glisse souvent. On présente le Mouvement des camps familiaux comme un organisme à intérêt familial, mais je dirais que cest un organisme familial, car le Mouvement regroupe à travers la province quarante-six associations dont la préoccupation première est de permettre laccession aux loisirs et aux vacances aux familles à faible revenu.
La clientèle cible : les familles à
faible revenu
Ma présentation sera brève en raison du contexte actuelle de la
négociation. En effet, le ministère des Loisirs est
présentement en train de réviser ses politiques de financement
des organismes de loisirs. Les organismes que nous desservons
ainsi que nous-mêmes nous sentons menacés par cette démarche
politique qui remet en question lexistence même de nos
organisations. Cest pourquoi si on fait un lien entre ce
qui se passe et les intentions exprimées dans le Plan
daction, on se demande comment le Ministère va pouvoir
promouvoir une approche familiale auprès de ses mandataires
alors quon ne sent aucune volonté politique du Ministère
dans cette voie. En effet on ne sent pas cette préoccupation à
lintérieur des politiques de financement ou de soutien aux
organismes. Le volet familial et surtout laccessibilité
aux vacances et aux loisirs pour les familles à faible revenu ne
constitue pas une priorité pour ce Ministère.
Les loisirs et les vacances : un moment
privilégié à promouvoir auprès des familles
Le problème de laccès aux loisirs et aux vacances
Nest pas le même pour toutes les familles. Il est plus
manifeste chez un certain nombre de familles qui sont dans une
situation socio-économique précaire. Dans le Plan daction
jai constaté avec satisfaction que lon accordait de
limportance à cet aspect de la question et que
lobjectif est den faciliter laccessibilité
physique et financière pour les familles. Des recherches
prouvent que 40% des Québécois ne prennent pas de vacances, et
cest le cas surtout pour les familles. Cela pour plusieurs
raisons dont la première est dordre économique. Plusieurs
études démontrent leffet bénéfique sur la vie familiale
des vacances et des loisirs en famille, alors pourquoi priver
cette couche de la population pour des raisons financières ? Il
est important de souligner que ces activités permettent de
consolider dans un contexte favorable les relations
parent-enfant. On a mentionné, lorsquil a été question
des services de garde, des modifications dans les modes de vie.
Lorsque les parents travaillent, il est indispensable de trouver
du temps et des activités à faire en famille pour permettre de
retrouver un peu de cohésion dans la cellule familiale.
Cest pourquoi le loisir et les vacances sont vraiment des
moments privilégiés à promouvoir, car ils constituent des
éléments de consolidation des relations entre parents et
enfants. Dans les camps familiaux, lété, on a pu
constater leffet bénéfique de ces moments passés en
famille dans un environnement différent du quotidien. Dans le
préambule du plan daction, on reconnaît aussi que la
détente constitue un élément essentiel à la santé et que,
peu importe le statut socio-économique des individus, on a
besoin dune distance par rapport au stress du quotidien. On
oublie trop souvent le lien qui existe entre les loisirs, les
vacances et ses aspects bénéfiques sur la santé physique et
mentale.
Le problème de laccessibilité
aux activités pour les familles à faible revenu
Un autre aspect mis en relief dans le plan daction
cest la problématique de laccessibilité liée à la
capacité financière de payer pour les familles. Il faut
distinguer deux choses : premièrement, le revenu des familles et
deuxièmement la charge familiale, le nombre denfants,
etc...
Un autre aspect à souligner, et qui déborde la seule dimension économique, cest le problème de laccès en tant que tel, celui-ci étant lié au niveau des connaissances et dinformation des ressources disponibles pour les familles dans leur milieu. Prenons comme exemple une famille qui veut partir en vacances et qui na pas de voiture. Elle na pas beaucoup de choix : utiliser les transports en commun qui sont chers et pas très adaptés ou rester chez soi. Des solutions existent cependant et des exemples le prouvent. Des familles en effet se sont données des moyens. En sassociant, elles ont développé des réseaux dentraide, déchange, de service. Cependant, il faut le reconnaître, le problème réside dans les moyens dinformation : comment faire connaître aux familles les ressources qui existent dans leur milieu. Cest par le biais de la socialisation que lamélioration du sort de ces familles peut se faire. Lorsquil est question des loisirs et des services offerts, il ne faut pas oublier le soutien physique à ces activités et il est important davoir des équipements mieux adaptés aux familles et surtout aux jeunes familles.
Le problème du sous-financement
Un soutien financier est indispensable et une volonté politique
claire doit exister. On assiste à un désintéressement du
gouvernement pour les camps de vacances. En effet, on constate
quil sest développé tout un réseau de vingt-six
centres de vacances pour familles à faible revenu depuis quelque
temps au Québec. Ces camps se sont organisés en récupérant
danciens sites de vacances pour enfants, le plus souvent
vétustes et mal adaptés aux besoins des familles. Les budgets
dimmobilisation pour ces équipements viennent au
compte-gouttes. Par contre, on constate que lon a
consolidé à coût de quinze et vingt millions la création de
bases de plein-air et de centres de vacances familiales pour les
familles de la classe moyenne et supérieure. Il est temps que
lon se penche sur la question de laccès à
légalité et à laide aux équipements que le
Ministère accorde ou fait disparaître selon son bon vouloir.
Quand on parle de lobjectif, fort louable par ailleurs, de
favoriser laccessibilité physique et financière aux
activités culturelles touristiques et de loisirs pour les
familles, on ne peut quapplaudir à de telles intentions.
Le problème réside dans les moyens mis en oeuvre pour réaliser
ces objectifs. Les doutes surgissent quant à la mise en chantier
des programmes dans les ministères.
Des pistes de solutions : le
partenariat et la reconnaissance de la famille
Dans le guide produit par le Conseil de la famille « Penser et
agir famille », il y a des éléments fort intéressants qui
sont, premièrement de soutenir les familles plutôt que de se
substituer à elles, et, deuxièmement, lorsque les familles se
prennent en main pour résoudre une situation, elles doivent
être soutenues adéquatement. Le support aux organismes
communautaires et familiaux qui agissent directement auprès des
familles est essentiel. Ils doivent être aidés de façon
substantielle par le gouvernement. Actuellement dans notre
réseau, notre mouvement a un double membership : dune part
des associations familiales qui gèrent des sites de vacances et
qui sont subventionnées en partie pour soccuper de la
gestion de ces camps et, dautre part des associations
familiales dont la préoccupation primordiale est dagir sur
les départs en vacances des familles à faible revenu. Ces
organismes cependant, nont aucune reconnaissance auprès du
ministère des Loisirs, car ce sont des familiaux à vocation
sociale. Enfin, pour agir sur le recrutement des familles à
faible revenu, il faut compter sur le soutien collectif. Il y a
aussi un critère important dont il faut tenir compte, cest
de considérer les familles comme des partenaires compétents
dans lélaboration des politiques et des programmes afin de
répondre à leurs besoins spécifiques.
La tarification
Au ministère du Loisir, on ne sent pas la volonté politique de
considérer la question de la tarification. Je peux vous dire que
cette année nous navons pas demandé loctroi de
nouveaux budgets, mais uniquement la reconnaissance de notre
expertise dans une question de tarification lors du transfert du
budget du ministère de la Santé et des Services sociaux vers le
ministère des Loisirs. Ce budget était alloué pour le départ
en vacances des familles à faible revenu. Lors de ce transfert
nous avions demandé de créer un volet spécifique daide
à la famille défavorisée, que lon gérerait avec nos
membres. Comme le Ministère venait dhériter dun
budget supplémentaire venant du ministère des Affaires
sociales, nous avions réclamé lapplication dun
programme qui tiendrait compte de la charge et du revenu des
familles. Pour toute réponse, nous avons eu droit à une petite
rencontre de consultation et on a mis le dossier en veilleuse en
disant que lon était à revoir toutes les politiques de
financement des camps familiaux.
Lorsque lon parle de la priorité à accorder aux familles à faible revenu dans le Plan daction, il nous apparaît, compte tenu de lexpérience que lon a, que lorsquil est question de loisir, on naccorde pas la priorité à cette couche de la population. Que les budgets supplémentaires avant dêtre accordés à lamélioration déquipements pour les familles aisées devraient en priorité passer pour la consolidation du réseau pour les familles à faible revenu afin de leur assurer une meilleure qualité de vie.
La politique de tarification, qui va
payer la note ?
Dans les mesures de tarification on veut faire payer les familles
selon leur revenu. Mais ce nest pas juste aux famille
dassumer les coûts dune politique familiale. On veut
intéresser dautres intervenants. On veut toucher le
secteur municipal, mais les municipalités ne sont pas
intéressées à se voir refiler la facture de la politique
familiale et quelquun doit assumer les coûts de ces
programmes. Se sont des programmes qui doivent être soutenus par
la collectivité dans son ensemble, par un support collectif de
lÉtat. Pour nous la tarification doit sadresser plus
spécifiquement aux personnes à faible revenu. Si il y a un
coût à assumer, qui doit le faire ? Létat, les
municipalités ou les organismes communautaires ? Pour le moment,
ce sont les organismes qui assument la grande partie de cette
facture et on ne sent pas la reconnaissance du rôle que
lon joue, on arrive à nos limites. Le volet accessibilité
est très intéressant, mais qui va le financer. Cest
toujours le même problème. Même si il y a un travail accru
dimplantation dune politique familiale auprès des
ministères, une politique sans argent cest inefficace. Le
ministère du Loisir va-t-il consentir à une action spécifique
accompagnée du budget pour les familles ?
Les familles à favoriser
Au niveau de la tarification basée sur la charge et le revenu
des parents, il y le critère qui tient compte des variables
socio-économiques. Nous avons commencé à développer cette
variable par des moyens incitatifs. Il existe déjà des
programmes qui ont été expérimentés dans certains pays
européens.
Nous avons introduit et développé de nouveaux programmes. Mais reste la grande inconnue, à savoir le soutien que le Ministère accordera pour les programmes daide aux familles à faible revenu dans le secteur. Il y a aussi le soutien aux associations familiales de loisirs qui sont des organismes communautaires qui agissent majoritairement dans lapplication de ces programmes et qui interviennent dans ces dossiers.
Pour terminer avec la question de laccès à légalité dont on parle à litem 41, il faut parler de loctroi de subventions gouvernementales dans le secteur des loisirs. Il est vraiment « choquant » de voir quau moment où on fait des efforts au niveau des organismes pour intervenir dans lamélioration et favoriser laccès pour les familles défavorisées, on développe des bases de plein-air à coup de millions qui sadressent aux couches les plus favorisées de la population. Nous ne récoltons que des miettes du côté des réseaux, un secteur qui devrait être considéré comme prioritaire aux yeux de tous. Le Plan daction devrait intégrer une sensibilisation des fonctionnaires du ministère des Loisirs qui doivent être conscientisés aux problèmes des familles. Au Conseil du trésor, la mode est de considérer la bonne gestion et de juger les résultats selon des critères de rentabilité ou de rationalisation des coûts. Actuellement dans le secteur du loisir, on ne tient nullement compte des orientations socio-économiques quon pourrait donner aux programmes. On applique des critères de performance strictement quantitatifs basés sur lautofinancement que lon génère et sur la taille de lassociation quon a. Voilà où réside le problème majeur.