Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 11, mars 1990

Satellite Famille et politique familiale

Famille et services de garde

Madame Brigitte Guy
Association des services de garde en milieu scolaire

Madame Guy a étudié plus spécifiquement le chapitre 3 du plan d’action. Elle souligne que, quoique pas encore parfait, le plan d’action est un excellent départ. Elle soulève dans son exposé deux problèmes principaux: l’un quantitatif et l’autre qualitatif. Le premier se traduit par un besoin d’autofinancement des structures sociales. Le second est présent dans la nécessité de modifier le réseau des services de garde, en le diversifiant adéquatement selon les besoins des parents.

Tout d’abord, j’aimerais dire que nous sommes très heureux de voir que le Québec pour une première fois s’est doté d’un plan d’action pour une politique familiale. C’est un précédent qu’il faut tout d’abord souligner. Tout n’est pas parfait dans ce Plan mais c’est un excellent point de départ. En ce qui a trait aux services de garde, le présent document comme beaucoup d’autres études précédentes fait état à juste titre de la nécessité d’un réseau de services de garde diversifié pour permettre aux parents de concilier leurs diverses responsabilités parentales et professionnelles, et aussi de leur permettre de retourner aux études pour pouvoir réintégrer le marché du travail ou se chercher un emploi.

Besoins des parents et des enfants

Donc les services de garde répondent à deux besoins de base. D’un côté, pour les parents, au besoin de la prise en charge ou de la garde de leurs enfants dans un milieu sécuritaire pour qu’ils puissent vaquer à leurs enfants dans un milieu sécuritaire pour qu’ils puissent vaquer à leurs occupations; de l’autre coté, pour les enfants, au droit d’avoir un milieu de vie sécuritaire comme les parents le souhaitent, mais qui soit en même temps un milieu de vie éducatif dans le sens qu’ils puissent se développer harmonieusement tant au plan affectif, cognitif, physique ou social. L’enfant de zéro à douze ans peut passer entre quinze et même quarante heures par semaines dans un service de garde. C’est beaucoup de temps, souvent plus de temps qu’il peut en passer avec sa propre famille. Il est capital que cet enfant-là ait droit à un milieu qualitatif et éducatif. Donc il faut arrêter de penser à des parkings d’enfants. Même si l’enfant plus vieux passe moins d’heures en milieu de garde, il n’en demeure néanmoins que les heures qu’il y passe sont importantes pour son développement.

Un dépistage

On a dit également en introduction, en prenant comme exemple les immigrants, que le service de garde permet une excellente intégration dans la société nouvelle où l’enfant arrive. De même, il y a un travail de dépistage des problèmes d’apprentissage, d’inceste et de violence conjugale et de celle faite aux enfants qu’on retrouve au sein même des familles. Au niveau des enfants plus vieux, on fait du dépistage de la délinquance.

La violence

Par exemple, j’assistais la semaine dernière au congrès de la CQEJ. J’étais dans un atelier animé par un travailleur social qui a mené une expérimentation sur la Rive-sud dans deux écoles où il y avait beaucoup de violence. Il mentionnait que l’âge charnière chez l’enfant est dix ans. Quand un jeune a commencé à expérimenter des comportements d’ordre agressif, des comportements sociaux comportant de la violence que ont eu un certain impact sur son environnement, il se cristallise à dix ans sur ces comportements, Il va garder et reproduire ces comportements, comme si, dès dix ans, l’adulte commençait à perdre le contrôle de l’enfant, Il s’installe dans des comportements délinquants et va se retrouver bientôt en centre d’accueil et plus tard au pénitencier.

La prévention

Donc, la période de la pré-adolescence est très importante en terme de prévention. On insistera jamais assez sur l’importance d’un service de garde qui est adéquat et constitue une nouvelle structure pouvant jouer ce rôle préventif pour les jeunes du primaire. Les enfants avec la clé dans le cou sont un problème dont on n’a pas fini d’entendre parler. Ils constituent un problème, car ils sont à la merci de plusieurs dangers, laissés à eux-mêmes. Souvent les parents pensent qu’ils sont à la maison mais ils sont souvent ailleurs, Ils flânent dans les parcs, dans les arcades. Il y a problèmes importants qu’on peut prévenir si on leur donne aux jeunes une bonne structure à l’école.

On disait dans notre mémoire qu’il faut essayer de voir dans quelle mesure on peut investir là. C’est-à-dire dans la prévention plutôt que dans un jeune en centre d’accueil où il en coûte deux cent quarante dollars par année au gouvernement pour un encadrement et un programme qui permettent en même temps à l’enfant de se développer.

Un milieu privilégié

Les parents ont dit que dans le monde où l’on vit, où il y a tellement d’instabilité conjugale et familiale, la structure du service de garde pour la petite enfance et scolaire a souvent été le milieu privilégié où l’enfant a pu vivre une stabilité émotive relationnelle pendant qu’il y avait séparation ou déménagement. L’enfant à été ballotté à travers tout ça et la seule stabilité qu’il a retrouvée était celle du service de garde. Beaucoup de parents ont dit qu’heureusement il y avait le service de garde qui a permis à l’enfant de sortir moins « amoché » de ces événements, car là c’était une valeur sûre, stable et sécurisant. C’est important d’en tenir compte.

Évidemment il est possible d’avoir des milieux sécuritaires, des milieux développementaux à un certain prix. Nous estimons que c’est un choix de société que l’on doit faire et c’est bien sûr qu’on ne peut pas arriver à se donner ces structures là sans qu’il n’y ait une certaine somme d’argent investie. Il faut s’interroger en tant que société sur notre responsabilité. On cite souvent en exemple les pays scandinaves car eux ont fait le choix clair de ne rien investir au niveau de l’armement. Ils ont plutôt choisi d’investir dans des mesures sociales importantes et d’avoir un niveau d’imposition très élevé. Il faut que cela se paye quelque part. Si on lorgnait plutôt du côté des célibataires ou des couples sans enfants (dinks) comme nous l’avons souligné en commission parlementaire, ces mesures ne seraient pas très populaires mais cela permettrait d’aller chercher davantage d’argent. Ces dinks ont besoins de services, ils consomment mais n’assument pas la responsabilité des générations à venir. Ce sont nous les parents qui investissons dans nos enfants et cela nous coûte cent mille dollars par tête de pipe. Pendant que nous tentons d’avoir une vie décente, les dinks se permettent deux voyages. Ils pourraient faire un voyage de moins.

Des bases importantes

Par rapport à ce dossier, le gouvernement a posé des bases quand même importantes depuis quelques années. En regard à d’autres provinces à d’autres pays on a des pas de fait et on a une loi depuis 1979. On a crée un Office. On s’est doté l’année dernière d’une politique qui n’a pas fait l’unanimité, qui n’a pas satisfait toutes les demandes, mais on a quand même une infrastructure, des compétences dans les milieux, ce qui constitue une amélioration.

Des mesures insuffisantes

Mais les mesures que l’on retrouve dans le plan d’action sont valables, très louables mais nettement insuffisantes. Si on prend par exemple la mesure très intéressante de la déduction de frais de garde qui est passée à 4 000 $ par année pour les enfants jusqu’à sept ans, c’est une mesure très appréciable. Si on considère la création de 60 000 nouvelles places en garderie, les places que l’on veut développer d’ici cinq ans sont nettement insuffisantes par rapport à l’ampleur des besoins. Pour ce qui est de la garde en milieu scolaire, on répond à 19% des besoins, ce qui est très peu si on considère que 50% de la population enfantine au Québec a entre six et onze ans. Il y a plus de cinq cent mille enfants qui auraient besoin d’être gardés. On a dit, selon l’enquête que nous avons effectuée sur la préférence des parents, que seulement 30% des parents favorisent la garde scolaire pour les enfants d’âge scolaire.

Cependant nous émettons certaines réserves et nous mettons beaucoup de points d’interrogation à ces résultats. D’ailleurs l’énoncé de politique dit que quand tu veux faire un choix politique judicieux, il faut savoir de quoi tu parles.

Des services mal connus

Les services de garde en milieu scolaire sont encore très mal connus. Si on demande à un parent s’il préfère faire garder son enfant par un service de garde ou à domicile, s’il n’a jamais entendu parler du service de garde en milieu scolaire, il ne peut répondre adéquatement. Il ne sait pas quels programmes d’encadrement on offre aux enfants. Se baser sur le 30% du chois des parents s’est se baser très en deçà de la réalité. Dans notre secteur avec la projection qu’ils ont faite, on dit que cela va répondre à 50% des besoins, mais dans la réalité cela va répondre à beaucoup moins que cela. Et même si on répondait à 50% des besoins, cela voudrait dire que toute une génération ou deux d’enfants n’auront pas droit à un service de garde. Il y en a cinq cent mille et le taux des femmes sur le marché du travail ne va pas aller en diminuant mais en augmentant, C’est important pour tous ces enfants qui sont en attente.

Et les enfants handicapés?

En garde familiale, c’est la même situation. Il y a de nouvelles mesures dans l’énoncé, mais c’est encore insuffisant. Si on regarde d’autres mesures, on a augmenté l’aide pour l’intégration des enfants handicapés en garde scolaire. On a donné 300 $ de plus par année. Alors que cela va permettre de payer une rampe d’accès, quels sont les coûts véritables pour intégrer un enfant handicapé et le personnel additionnel qu’il faut mettre alors que l’on a un ratio de 1 sur 20? Comment voulez-vous intégrer un enfant handicapé alors qu’il faut garder le même ratio? De plus en plus de parents font des demandes pour les intégrer dans les services de garde, mais tant que l’on n’aura pas plus d’argent pour avoir une personne de plus, on ne pourra pas les intégrer de façon efficace sans léser le reste du groupe. Il ne faut pas défavoriser les enfants.

Six cents services de garde pour deux mille écoles

On a parlé d’aménager des lieux, ce qui est très heureux. On a une enveloppe de 1.3$ million pour un local spécifique de garde lorsqu’il y a construction ou agrandissement d’une école, ce qui correspond à dix projets par année dans les faits. Initialement, on parlait de trente. Cela règle un peu le problème, mais il y a encore des centaines d’écoles qui ne peuvent offrir de service de garde par manque d’espace. On avait suggéré dans notre mémoire une subvention au logement comme cela se fait dans les garderies pour qu’ils puissent se loger près de l’école. Ces mesures impliquent des argents, mais il faut considérer qu’il y a six cents services de garde mais deux mille écoles au Québec. On est loin de répondre aux besoins pour la garde estivale. On a mis une enveloppe de cinq cent mille dollars il y a deux ans: expérimental pas indexé. L’an dernier, on a refusé soixante-dix-sept services de garde par manque de fond.

Madame Trépanier a annoncé que l’on va avoir droit à l’aide financière pleine journée pour l’enfant de plus de six pendant l’été. C’est merveilleux. C’est un début. Cependant, on donne l’aide financière, mais il n’y a pas de place pour recevoir les enfants. Il faudrait coordonner les efforts et on serait prêt à mettre à contribution d’autres partenaires comme les municipalités qui se sont dit intéressées à s’impliquer dans le dossier de la garde. Mais les municipalités comme les commissions scolaires vont bouger lorsqu’il y aura des sous au bout. Il faut des subventions au bout de la ligne.

En conclusion

Pour terminer, les structures qui sont en place sont bonnes, mais le problème en est un d’un autofinancement. On a parlé beaucoup d’accessibilité, de développement des services de garde, mais il faut se soucier de la qualité. On aide à faire du dépistage, à éduquer les enfants. Il faut que le personnel à l’intérieur soit formé. On a octroyé des subventions pour les garderies, mais on a oublié les services de garde en milieu scolaire qui sont les parents pauvres. On ne cesse pas d’être éducatrice. Au scolaire, dans une structure où on investit au départ chez les jeunes, il ne faut pas arrêter de demander au gouvernement d’investir là, en terme de prévention et d’éducation, plutôt qu’après de réparer les pots cassés.

 

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