Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 11, mars 1990

Satellite Famille et politique familiale

Les services de santé, sociaux et communautaires

Monsieur Gilles Lafrance
Association des centres de services sociaux

Monsieur Gilles Lafrance constate qu’un défi de taille a été amorcé avec « Familles en tête », sorte de plan horizontal peut-être timide mais sans doute irréversible.

Les centres de services sociaux du Québec se sont réjouis au début de l’automne de la sortie du plan d’action en matière de politique familiale pour les années 1989-91. Nous l’avons alors signalé à madame Lavoie-Roux, car un nouveau gouvernement et un nouveau ministre auraient pu prendre bien des mois avant d’en autoriser la sortie. Nous n’avons qu’à constater ce qui advient ces jours-ci du projet de loi sur les Sages-femmes!

Même si des éditorialistes et des acteurs du milieu familial ont qualifié ce plan d’action de « voeux pieux », pour notre part, connaissant tantôt l’absence de volonté politique ou l’indifférence ou tantôt la méconnaissance des impacts d’éléments de politique familiale de la part de certains ministères, force nous est de constater qu’un défi de taille a été amorcé avec « Familles en tête », une sorte de plan horizontal peut-être timide mais sans doute irréversible.

Vigilance

Tout en reconnaissant que la diversité des intérêts, des préoccupations et des priorités rend souvent difficile la concertation nécessaire, au point de compromettre parfois l’atteinte des objectifs, il n’en tient qu’à nous citoyens, membres d’organismes familiaux, para-gouvernementaux ou gouvernementaux d’être vigilants, d’être des chiens de garde perspicaces et déterminés pour faire en sorte que chacun des paliers concernés pense et agisse Famille.

Un guide important

Mais dans notre société québécoise en particulier, nous savons tous les difficultés qui nous confrontent quand il s’agit d’évaluer nos politiques sociales. Sans doute que l’absence relative de recherche sociale (si souvent déplorée et sur laquelle nous reviendrons plus loin) ne nous permet pas toujours d’avoir des assises, des points de repère pour apprécier à sa juste valeur les résultats escomptés et réels de nos politiques sociales et familiales.

D’où l’importance de saluer chaleureusement le dernier né du Conseil de la famille et nous voulons parler bien sûr du guide « Penser et agir famille...à l’intention des intervenants publics et privés ». Voilà une autre initiative digne de mention dans le champ de la famille. Certains diront encore que c’est bien peu, que ça ne fera pas avancer la science... mais quand on sait d’où on part (au gouvernement comme ailleurs) nous trouvons cette initiative heureuse même si elle est modeste. Elle constitue une démarche, autant pour les rares initiés que pour les profanes, visant à développer un oeil critique, une attitude critique plus objective en vue de réorienter, s’il y a lieu, nos pratiques, nos programmes et nos revendications. Et aux sempiternels mécontents, nous leur disons simplement que toute instrumentation est perfectible et nous les invitons à mettre l’épaule à la roue en vue de proposer des alternatives plus valables et plus efficaces le cas échéant.

Une perspective familiale?

De façon plus spécifique et tel que demandé, nous voulons réagir maintenant en regard du chapitre du Plan d’action portant sur les services de santé et de services sociaux.

Mais nous ne pouvons nous empêcher à ce moment-ci de faire un lien avec le document gouvernemental déposé par madame Lavoie-Roux en avril 89 et intitulé « Orientations pour améliorer la Santé et le Bien-être au Québec ».

Lors de l’étude de ce document d’orientation, nous nous attendions à retrouver en filigrane la présence constante de la perspective familiale. Nous aurions cru qu’une priorité gouvernementale, annoncée avec force par le Premier ministre, aurait « transcendé et coloré » l’ensemble du document d’orientations.

Comment doit-on interpréter un tel silence, une telle omission ? Il nous semple pourtant que la publication du document d’orientations aurait été l’occasion rêvée d’annoncer concrètement les principales intentions et mesures gouvernementales en matière de politique familiale.

Après avoir fait part de notre déception à la ministre qui était aussi ministre responsable de la famille, quelle ne fut pas encore notre surprise de constater qu’à l’automne, l’avant-projet de loi découlant de ces Orientations était aussi quasi-muet en regard de la famille. Or comme il y aura une Commission parlementaire en janvier ‘90 à cet égard, nous nous permettons de suggérer que le Regroupement et les organismes intéressés à la famille saisissent cette occasion pour sensibiliser le nouveau ministre à ce que soit intégrée au projet de loi remanié la dimension ou la perspective familiale. Il nous apparaît en effet impensable qu’un gros ministère aussi important que le MSSS soit quasi silencieux à l’endroit de la famille, alors que le plan d’action gouvernemental sollicite ou impose une collaboration ou une participation active en faveur de la famille et ce, à des ministères où souvent la « famille » constitue une mineure dans l’ensemble de leurs activités. Ainsi comment le MSSS pourra-t-il garder un certain leadership en matière familiale, en regard de sa mission de prévention et de protection sociale ? À nous d’être vigilants et aux politiciens d’agir !

Présences des familiaux et des communautaires

Comme l’indique le plan d’action:

« Même si le Québec possède sans contredit des services de santé et des services sociaux qui font l’envie de plusieurs pays, nous reconnaissons toutefois que certaines améliorations devront être encore apportées. Les parents réclament en effet à l’égard de ces services un accueil orienté davantage en fonction des familles et une plus grande humanisation ».

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec eux et nous souscrivons donc d’emblée à cet objectif d’intervention dans ce secteur essentiel de la politique familiale ainsi formulée : « accroître l’approche familiale et préventive dans les programmes d’intervention existants ».

Et pour actualiser cet objectif nous trouvons très pertinente la recommandation 13, soit la mise en place d’un équipe de travail regroupant des représentants de différentes directions du ministère de la Santé et des Services sociaux et du Secrétariat à la famille pour réviser les programmes d’intervention afin d’accroître l’approche familiale dans une perspective de prévention et de respect des responsabilités des parents.

Toutefois nous constatons que l’équipe de révision n’est formée que de représentants des secteurs gouvernementaux et nous nous interrogeons quant à la pertinence d’y trouver aussi des intervenants des milieux familiaux et communautaires.

Le soutien des organismes communautaires

De même, nous sommes des plus favorables à ce que le Gouvernement en arrive à soutenir davantage l’action des organismes communautaires qui visent le renforcement de l’entraide des familles et la compétence parentale car ils réalisent une oeuvre importante pour la vitalité des familles. Ainsi, le Gouvernement va-t-il : augmenter le soutien financier aux organismes familiaux ou communautaires qui agissent sur le renforcement de l’entraide familiale et les responsabilités parentales.

Trois circonstances

Par ailleurs, dans une approche familiale qui privilégie l’aide et le support aux parents, il importe, compte tenu des ressources, d’accorder la priorité aux interventions qui s’inscrivent autour de trois circonstances ayant des répercussions importantes sur les familles : la naissance, la rupture d’union de parents et la violence en milieu familial.

De façon générale, nous sommes d’accord avec :

1. l’objectif 15, qui devrait faire en sorte qu’au moins 85% des parents soient rejoints par les secteurs prénataux;

2. l’objectif 16, à savoir renforcer les services de périnatalité dans les communautés autochtones ;

Car à travers le prisme de la loi de la protection de la jeunesse, entre autres, nous constatons que s’il y avait eu des diagnostics précoces et des mesures de prévention, il y aurait probablement eu moins de séquelles sociales exigeant soit des mesures de réadaptation, soit des mesures de retrait familial.

Quand aux objectifs 17 et 18, concernant les pratiques en matière d’adoption et la pertinence d’un encadrement au niveau du développement des nouvelles technologies de procréation, nous estimons essentiel d’en faire une priorité prioritaire tout en nous assurant d’une jonction entre ces deux dossiers qui, semble-t-il, chemineraient en parallèle.

Quant à l’objectif 21, en regard de l’expansion à toutes les régions du Québec des services de médiation familiale dans le cas de séparation et de divorce des parents, nous ne pouvons que déplorer et il en a été question à l’intérieur du Regroupement et de plusieurs organismes familiaux, qu’après plus de deux ans (les budgets étant toujours disponibles) la population en soit privée en région (sauf à Montréal et à Québec) en raison de chicanes administratives et technocratiques au niveau des ministères concernés. Il s’agit là d’une situation aberrante et scandaleuse, alors que des services de médiation pourraient être disponibles depuis près de trois ans auprès des parents et d’enfants ayant à vivre une situation de rupture dont le nombre demeure important d’une année à l’autre.

Sur ce plan, le phénomène grandissant de la violence nous inquiète au plus haut point. Il y a une dizaine d’années, nous parlions de mesures pour contrer les abus et la violence chez les jeunes. Cinq ans plus tard nous assistions à une meilleure connaissance ou à une dénonciation de la violence faite aux femmes.

La violence

Depuis peu, le rapport Marchand sur les abus exercées à l’endroit des personnes âgées vient mettre en relief un problème grandissant d’abus et de violence exercés autant en milieu d’hébergement qu’en milieu familial. Il s’agit là d’un phénomène bouleversant pour lequel il existe peu de mesures efficaces qui permettraient d’intervenir face à des situations indignes d’une Société civilisée.

La violence n’est qu’un symptôme, il devient impératif de prendre conscience qu’il s’agit là d’un véritable problème de Société qu’il faudra analyser sous toutes ses facettes par de vastes projets de recherche dynamiques et ambitieux.

Ainsi nous sommes donc d’accord avec les recommandations 22 à 26, mais nous sommes convaincus qu’en plus de la connaissance des causes multiples, la diminution de la violence devra passer par la proposition d’un « projet de société » issu d’États généraux ou d’un grand forum où avec des débats animés pourront surgir des consensus qui forceront ensuite les divers paliers gouvernementaux, les entreprises, les organismes et les familles à mettre en place les jalons d’un véritable partenariat en vue de se préparer à vivre le début du 21c siècle sans violence. Le défi est de taille...reste à voir qui en prendra l’initiative ?

 

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