![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 1, numéro 11, mars 1990 |
|
Satellite Famille et politique familiale
Le soutien économique aux familles
Madame Élaine Laberge-Bourcier, t.s.
Chargée d'affaires professionnelles
Corporation professionnelle des travailleurs sociaux du Québec
Madame Laberge-Bourcier souligne que l'État doit tenir compte du fait qu'au-delà de 60% des mères québécoises sont sur le marché du travail. L'État doit ainsi instaurer des mesures pour concilier les responsabilités parentales avec les nouvelles exigences du marché du travail
Dans l'élaboration de sa politique familiale, l'État doit tenir compte de la réalité actuelle, c'est-à-dire du fait qu'au-delà de 60% des mères québécoises sont sur le marché du travail, et instaurer des mesures pour faciliter davantage la conciliation de leurs responsabilités parentales avec les exigences du marché du travail.
Ainsi, les allocations de naissance de même que l'indexation des allocations familiales de base et les allocations pour jeunes enfants sont en elles-mêmes une bonne initiative. Cependant, il y aurait lieu également de réviser à la hausse les subventions accordées pour frais de garde et le nombre de places disponibles dans les garderies. En effet, une aide financière accrue à l'égard des enfants de troisième rang ou plus risque de devenir peu significative lorsqu'on considère les coûts des services de garde pour une famille de classe moyenne avec trois jeunes enfants ou davantage.
La garde en milieu scolaire
De plus, on semble oublier dans les politiques gouvernementales que les enfants de six à douze ans ne peuvent être laissés sans surveillance. Or, la garde en milieu scolaire est prévue pour le midi (lorsque 10 parents ou davantage y ont recours) et pour la fin des classes. Or, plusieurs parents doivent quitter leur domicile avant l'heure d'ouverture de l'école, soit avant 8h.15 ou 8h. 30. Il est parfois complexe pour ces parents de trouver une gardienne parmi des voisins qui eux-mêmes travaillent. De plus, les congés d'étape à l'école (d'une durée de trois jours chacun à raison de trois fois l'an au moins), sans compter la semaine de relâche du printemps, sont parfois un véritable cauchemar pour les parents. Ceci n'incite pas non plus à la famille nombreuse et ce n'est pas le petit surplus d'allocations familiales pour le troisième enfant qui solutionne le problème.
Il y aurait donc lieu, à notre avis, de songer à des mesures pour seconder les parents à ce niveau et instaurer un système de garde en milieu scolaire favorisant davantage la conciliation des responsabilités parentales avec les obligations du milieu du travail.
Enfin, pour les parents d'adolescents et de jeunes adultes, les charges économiques sont lourdes.
La classe moyenne et le système d'impôts
La classe dite moyenne demeure encore aujourd'hui la plus taxée considérant l'impossibilité pour les personnes classées dans cette catégorie de revenu de recourir aux évasions fiscales qui sont l'apanage de la classe dite aisée . Il en ressort qu'en considérant le coût de la vie actuellement, une famille constituée de deux parents qui travaillent et qui cumulent donc un revenu familial qui les classe dans les revenus moyens ont de la difficulté à maintenir une bonne qualité de vie s'ils ont deux ou trois enfants adolescents ou jeunes adultes. En effet, les coûts de logement, de nourriture, de vêtements, de transports grugent alors une partie importante du budget familial et les allocations gouvernementales sont minimes relativement aux dépenses encourues. Qu'il suffise de mentionner ici l'étude faite il y a environ quatre ans et portant sur les frais encourus pour élever un enfant en contexte nord-américain de nos jours, de façon à lui procurer une bonne qualité de vie et toutes les chances d'une vie future équilibrée: de zéro à dix-huit ans, il en coûterait 100 000$ aux parents pour élever un enfant et ce sans luxes inutiles, d'après l'étude. De plus, les jeunes, tout en étant contestataires du système, sont également très conformistes en cherchant à s'identifier aux groupes d'adolescents. La société, étant axée sur la consommation, et les médias, incitant à cette consommation, interpellent de plus en plus ce groupe d'âge dans la publicité et les vidéo clips. On voit alors les adolescents qui n'ont pas encore développé un bon sens critique et une maturité de jugement se laisser guider par les modes de consommation et placer leurs parents de classe dite moyenne dans des situations parfois difficiles. Il va sans dire que pour les familles monoparentales et prestataires d'aide sociale, la situation est catastrophique.
L'aide financière aux étudiants
En ce qui a trait aux prêts et bourses pour les étudiants majeurs, c'est-à-dire âgés de 18 ans ou plus, là encore, ce sont les gens de classe moyenne qui réussissent, en considérant le revenu familial constitué par les salaires des deux parents qui travaillent, à atteindre un revenu suffisant pour que leurs jeunes demeurant encore avec eux ne puissent pas avoir accès aux bourses. Cependant, ce revenu est insuffisant pour leur offrir des conditions de vie susceptibles de les encourager à poursuivre des études. C'est ainsi qu'on voit une majorité (plus de 60% d'après les études récentes) d'étudiants de CEGEP qui travaillent tout en poursuivant des études, qui prennent beaucoup plus de temps pour obtenir un DEC et qui abandonnent au début des études universitaires (le taux d'abandon serait très élevé et près de 40%). Il y a là une perte énorme de richesse et de compétence pour la société.
De plus, toujours d'après des études récentes, il en coûte environ 6 500$ par an à un étudiant universitaire pour vivre, incluant tous les frais de façon très conservatrice. On peut alors imaginer la charge financière pour des parents de plus d'un jeune adulte aux études, même en soustrayant de cette somme le salaire auquel ces étudiants peuvent avoir accès l'été. Si les parents sont classés dans les revenus moyens, ils doivent contribuer de façon importante.
Tout ceci place les parents, souvent, devant le choix d'une famille moins nombreuse, car ce ne sont pas les allocations familiales ni les allocations de naissance qui vont supporter les parents d'adolescents et de jeunes adultes. Il est reconnu actuellement que les jeunes adultes demeurent beaucoup plus longtemps à la charge financière de leurs parents et sous le toit familial et qu'il est difficile pour les jeunes de dix-huit à trente ans de trouver un emploi stable et une sécurité financière qui les porterait à s'établir et à quitter le giron des parents.
Peut-être y aurait-il lieu de songer à des déductions d'impôt supplémentaires pour les parents de classe moyenne qui ont deux jeunes adultes ou davantage aux études lorsque ces jeunes demeurent encore sous le toit familial et ne reçoivent pas de bourses.
Le congé parental est un bon incitatif
Cependant, il est utopique de songer que le secteur privé sera enclin à l'accorder. Il en est de même pour le congé d'adoption. Le congé pour activités parentales (cinq jours par an) est une excellente idée. De plus, interdire à un employeur d'user de représailles à l'égard du parent qui refuserait d'effectuer du temps supplémentaire sans préavis de douze heures au moins sauf exception, est également une bonne idée mais l'entreprise privée devra alors y être obligée de façon légale et il y a alors lieu de songer que les pénalités pourront s'appliquer de façon autre, c'est-à-dire par exemple dans le refus de promotions. De plus, il y aurait lieu de vérifier comment ces politiques sont envisagées à l'intérieur même du secteur public. On voit présentement dans les Centres de services sociaux se dessiner un mouvement qui tend à obliger des intervenants à des horaires différents, c'est-à-dire les obliger à donner une disponibilité d'un ou deux soirs et à reprendre ce temps durant le jour. Également, on voit un mouvement qui tend à obliger des intervenants, qui sont tenus d'effectuer en urgence du temps supplémentaire justifié, à reprendre ce temps à la convenance de l'employeur c'est-à-dire le lendemain matin ou autre. Ce n'est pas là une attitude qui aide des parents à planifier les soins aux enfants. Les tables de concertation permettant aux représentants des entreprises, des syndicats et du Gouvernement de s'entendre sur des formules susceptibles d'assouplir l'aménagement des horaires et du temps de travail nous semblent nécessaires.