Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 11, mars 1990

Atelier: Famille et travail

Monsieur Yves Lajoie
Trésorier
Regroupement inter-organismes pour une politque familiale au Québec

Au Congrès de la CSD (1er juin 1989)

Mesdames,
Messieurs,

Je ne suis pas un spécialiste: ni de la famille, ni du travail.

Disons qu’avec des camarades, nous avons la préoccupation de l’instauration et de l’établissement d’une politique familiale au Québec.

Nous prenons pour acquis, comme postulat et axiome, que la famille est une valeur fondamentale:

« Qu’elle est le premier milieu de vie, d’apprentissage et de socialisation et que le bien-être de la famille et des individus qui la composent est base du bien-être de la société. » (Loi sur le Conseil de la famille)

Ce souci a déjà existé au Québec. Mais comme dans la vie et l’histoire, on observe des vagues, des hauts et des bas, des sommets et des creux, des temps forts et des temps d’oublis.

Jusqu’au début des années 1970, on avait un ministère de la Famille. La réorganisation de la société effectuée ces années-là a fait place à des institutions qui prenaient le relais de certaines fonctions qu’assumaient traditionnellement la famille ou son environnement immédiat.

On pense en particulier au ministère de la Famille qui cède le pas au ministère des Affaires sociales.

Le Conseil supérieur de la famille qui cède le pas au Conseil des Affaires sociales et de la famille.

Les Services sociaux à la famille cèdent le pas au Centres de services sociaux.

On avait même des écoles qui pourvoyaient à l’éducation des jeunes filles jusqu’à la 9e année et qui s’appelaient: les instituts familiaux.

Dans le domaine économique et des relations de travail, des conventions de travail prévoyaient le salaire familial, ou à travail égal, les pères de famille gagnaient plus que les célibataires.

La roue historique et sociale a tournée. Le développement social de la société a pris le pas sur le développement familial. Puis le développement économique de la société a pris le pas sur le développement social.

La société a subi des mutations. La famille aussi.

« La famille reste une entité sociale prometteuse ».

L’éclatement de la famille selon son modèle traditionnel, fixé par l’histoire, ne signifie pas qu’elle est en danger comme concept (et comme réalité).

Mais elle est le symbole d’une civilisation à la recherche d’elle-même où s’articulent des rapports sociaux nouveaux entre hommes et femmes, entre parents et enfants, des rapports largement dominés par une économie qui concilie mal ou difficilement « travail et famille ».

(Le Soleil, lundi le 29 mai 1989)

J’aimerais diviser mon intervention en trois parties:

- D’abord, je vous dirai que je n’ai pas de solutions magiques et toutes faites pour concilier la famille et le travail.

De plus en plus, il se vit des choses, il s’écrit des papiers sur cette problématique. Cependant je veux vous dire que la solution viendra de vos efforts à vous pour solutionner ce qui semble être un dilemme.

- Deuxièmement, je veux vous faire un bref rappel de l’histoire récente de la politique familiale au Québec.

- Enfin, je vous soulignerai quelques problématiques concrètes.

I. Pas de solutions concrètes

D’abord, je vous dirai que je n’ai pas de solutions concrètes, car ces solutions seront en conséquences des valeurs que vous avez et que vous aurez.

Vers 1962, quand les Québécoises et les Québécois ont décidé de reformer le système de l’éducation, on y a investi et on y investit 6 milliards $ annuellement.

Vers 1972, quand les Québécoises et les Québécois ont voulu reformer le système de santé et des services sociaux, on y a mis le paquet. Et on a investi en réforme des institutions et en argent. CH, CA, DSC, CLSC, CSS, CRSSS et le reste. Coût 7 milliards $ par année.

Vers 1992, avons-nous le goût d’investir pour la famille, en structure de soutien et en allocations 3 à 4 milliards $ annuellement ? Nos valeurs nous ont porté vers l’éducation et la santé, nos valeurs nous portent-elles vers la famille?

Quelles sont vos valeurs? Et combien voulez-vous payer pour ces valeurs?

C’est le joint entre vos valeurs et votre désir de payer qui dicteront les solutions à venir.

II. Un bref rappel historique et politique

1981 : Assemblée générale quadriennale de l’Union internationale des organismes familiaux.

1983 : Fondation du Regroupement
* pour accompagner sur le fond et la forme et la consultation à venir sur la politique familiale.

1984 : Secrétariat provisoire à la politique familiale

1984 : Secrétariat provisoire
* Livre vert: Pour les familles québécoises

1985 : Consultation
* Forum-consultation: 13
* Audiences nationales: 76
* Mémoires écrit: 223; 21 pétitions 21,000 signatures

- Nomination d’un Ministre délégué à la politique familiale
- Création du Secrétariat à la politique familiale.
- Rapport: Le soutien collectif réclamé pour les familles québécoises.
- Nomination d’une Ministre responsable de la politique familiale.

1986 : Rapport: Le soutien collectif recommandé pour les parents québécois

1987 : Consultation des organismes familiaux

- Nomination d’un Ministre: délégué à la Santé et aux Services sociaux et responsable de la politique
familiale
- Énoncé des orientations et de la dynamique administrative
- Projet de loi: Le Conseil de la famille
- Nomination d’un Ministre délégué à la famille

1988 : Loi sur le Conseil de la famille

- Nomination d’une Ministre responsable de la politique familiale

Le Regroupement avait six demandes traditionnelles.

- Un ministre délégué à la politique familiale
- Un Secrétariat à la famille
- Un Énoncé de politique familiale
- Un Conseil de la famille
- Des répondants à la famille dans chacun des ministères
- Une structure différente de la Condition féminine pour la politique familiale.

Que dit l’Énoncé:

a. Il met de l’avant les orientations suivantes:


- la famille comme valeur collective
- la cohésion et la stabilité de famille
- le soutien des parents et de la relation parent-enfant
- la concertation gouvernementale.

b. Et propose la dynamique administrative suivante:

- le Conseil de famille
- le, la ministre délégué à la famille
- le Secrétariat à la famille
- les répondants à la famille dans les ministères

Cependant, cet Énoncé et cette dynamique administrative s’ils sont un élément de politique familiale ne sont pas « la » politique familiale. Ces éléments sont des clés institutionnelles, sans lesquelles, il ne peut y avoir de politique familiale. Reste à venir maintenant le plan d’action. La maison est ébauchée. A quoi ressemblera-t-elle? J’arrive à ma troisième partie.

III. Quelques problématique concrètes.

Il faut résister à assimiler la politique familiale aux allocations familiales ou aux mesures fiscales. Ce sont des aspects de la politique familiale. Ceux de la fiscalité, mais il y en a d’autres. Famille et transport, habitation, éducation, immigration, environnement, loisirs, justice, etc., etc.

Aussi Famille et travail

Voilà peut-être un long détour pour arriver au thème de cet atelier. Oh! que non.

Il fallait dire ces réalités pour bien situer notre propos.

Je soulève quelques lièvres, bien conscients que vous saurez mieux que moi définir la problématique « Famille et travail » et en trouver les solutions.

J’énumère:

- Aménagement du temps de travail?
- La garde des enfants?
- Égalité des relations entre hommes et femmes?
- Congé maternité vs congé parental?
- Négociation d’un fonds de pension ou d’une garderie en milieu de travail?
- La contradiction: femme vs famille
- Les contradictions présumés: les valeurs familiales et des données du monde du travail.

Je vous cite deux exemples de ce que peut être famille et travail.

Aux USA: IBM à un service informatisé, évidemment, pour parier les retraités de la compagnie avec les jeunes employés qui ont besoin de garde d’enfants.

En Belgique: L’État a instauré la pause carrière qui permet aux travailleurs de bénéficier d’un congé avec solde pour une période ne dépassant pas six (6) années.

Le travailleur est remplacé par un chômeur, et ceux-ci échangent leurs allocations.

Il y a des avantages évidents, mais aussi des inconvénients. Entre autres, quand le chômeur est meilleur que le travailleur en pause carrière.

Il faut se poser les questions suivantes:

Vous travaillez pour quoi?

- pour un enfant?
- pour une auto?
- pour un chalet?

Dans le monde du travail, il faut privilégier des négociations ou des législations?

En conclusion

Je termine en citant trois textes d’éditorialistes:

Dans le Devoir du 30 mai 1989, Gilles Lesage écrit :

« ...il est grand temps que le gouvernement accouche d’une amorce de politique familiale. Laquelle déborde de la seule condition féminine, de la recherche et de l’égalité économique des conjoints et du partage du patrimoine conjugal, faussement appelé familial dans le projet de loi 146... »

...La politique familiale? Allons-y pour aider à payer les couches pour bébés! mais que le gouvernement cesse d’avoir peur des mots, ose trancher et dire ce qu’il veut faire et prenne les moyens pour y arriver. « Un Québec sans famille est un Québec sans avenir », a dit le premier ministre. Moins de discours, plus de gestes concrets.”

Pierre Vennat écrit dans La Presse du 30 novembre 1988 :

« Si le Québec veut encourager la natalité, il faut d’abord une réforme du monde du travail, bien plus que des mesures d’aide financière aux familles ».

Déjà, le comité gouvernemental de consultation sur la politique familiale avait émis l’opinion que le plus urgent est d’adopter des mesures qui permettront aux pères comme aux mères de concilier le travail avec les soins à apporter aux enfants...

La Presse du 6 avril 1988:

« C’est maintenant autour de la benjamine et la plus petite des centrales, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), d’innover ».

La CSD, en effet, conjointement avec une dizaine d’entreprises publiques et privées, vient de mettre sur pied une première initiative syndicale dans la gestion des entreprises. Ce projet use à amener la participation des travailleurs à la vie de leur entreprise.

Je vous salue donc et vous redis notre satisfaction à l’effet que votre Centrale ait mis à son programme « Famille et travail » et je vous souligne que vous êtes la première Centrale à avoir agi dans ce sens.

Merci beaucoup.

 

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