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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 11, mars 1990 |
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Madame Denise T. Casimir
Présidente
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au
Québec
D'un mémoire ... à l'autre
Ainsi que nous le mentionnions dans léditorial de ce bulletin, le Regroupement a présenté deux mémoires à la Commission permanente des affaires sociales. Le 15 février, il présentait son mémoire sur le projet de loi santé et services sociaux. Le 28 février, un second mémoire sur la révision des normes de travail.
Extrait du Mémoire présenté le 15 février 1990 à la Commission des Affaires sociales sur l'avant projet de loi sur les services de santé et les services sociaux.
Le financement des organismes familiaux
Ayant donné dans léditorial un sommaire du mémoire
présenté, nous désirons ici reproduire in extenso la deuxième
partie de ce mémoire qui réfère au financement des organismes
familiaux. Le sujet du financement des organismes familiaux a
déjà fait couler beaucoup dencre et nous navions
pas lintention de prétendre soutenir que nous possédions
la formule magique.
Cependant, il ne nous apparaissait pas non plus devoir seulement
revendiquer un meilleur financement pour les organismes
familiaux. Il nous fallait offrir à lÉtat une véritable
hypothèse valable et, si possible, une hypothèse vérifiée
ailleurs.
La seconde partie de notre mémoire compte trois points. Le
premier propose au gouvernement de retirer les articles 228 à
233 du projet de loi. Larticle 231 principalement nous
apparaît inconcevable et inacceptable. Puis, nous élaborons
quelque peu sur la philosophie et le financement du mouvement
familial que nous désirons voir un jour adopter par
lÉtat, formule expérimentée en Belgique. Dans un dernier
temps, nous présentons quelques-unes de nos réflexions sur un
mode de financement possible.
Voici donc copie de la deuxième partie de notre mémoire.
A propos du financement des organismes
communautaires
Les articles du projet de loi 228 à 233 traitent du financement
des organismes communautaires au sein desquels on retrouve les
organisations familiales selon la classification de la direction
des services de soutien aux organismes communautaires du
ministère de la Santé et des Services sociaux.
Inspirés par le document déjà cité sur les orientations en
matière de santé et de bien-être au Québec publié en avril
1989, ces articles reflètent lesprit de dépendance, pour
ne pas dire de soumission, que doivent faire montre les
organismes communautaires à légard du réseau des
services publics et particulièrement à légard du
ministère de la Santé et des Services sociaux.
Le comité de lecture formé par notre Regroupement sur le
document dOrientations davril 89 de madame la
ministre Thérèse Lavoie-Roux résumait la politique de
financement des organismes communautaires quil y percevait
de la façon suivante:
- Une telle politique sintègre indûment dans
lautonomie des groupes.
- Ne tient compte que des organisations de services.
- Occulte le sentiment dappartenance, dentraide et de
solidarité des groupes hors prestations de services.
- Diminue limpact dune force provinciale.
- Dilue limpact de la spécificité de chacun des groupes.
- Enrôle les groupes dans un regroupement régional à
multispécificités et multiproblématiques.
- Compte évaluer lefficience et lefficacité des
organismes communautaires:
* en terme daide au réseau, de support au réseau.
* en terme dintégration de chacun dans un tout régional.
Ce jugement sévère sur les Orientations de la Ministre
publiées peu avant ce projet de loi, peut être repris à
lendroit de ce projet de loi. Larticle 229, par
exemple, amène lorganisme communautaire à se constituer
en un organisme sans but lucratif, constitué en vertu de la
troisième partie de la loi sur les compagnies et à avoir un
conseil dadministration composé à limage des
organismes du réseau parapublic, cest à dire composé
majoritairement dusagers de lorganisme ou de membres
de la communauté.
Ce moulage aux structures du réseau, on le retrouve à
larticle 230, où la régie régionale aura droit de vie
sur lorganisme communautaire qui devra satisfaire «
régionalement » aux critères que cette régie déterminera
pour sa région. Dans son esprit, larticle 230 assujettit
les organismes communautaires aux organismes du réseau.
On peut craindre ici que tout cet acharnement à désirer «
encadrer » dans des structures, tue la spontanéité, la
vitalité, le goût du bénévolat, toutes ces caractéristiques
propres aux organismes communautaires.
Larticle 231 tue, à toutes fins pratiques, les
regroupements dorganismes communautaires. Cet article est
inconcevable et inacceptable.
Dune part, on laisse ainsi supposer que les regroupements
peuvent se financer à partir des cotisations versées par leurs
membres qui, comme organismes communautaires, ont peine déjà à
assurer leur propre survie. Dautre part, cet article, si
accepté, détruira les organismes communautaires eux-mêmes. Il
est, en effet, de notoriété publique quun organisme
familial local laissé à lui-même, sans le concours dun
organisme régional ou national qui lui apporte tout le
counselling requis, stagne et dépérit à brève échéance.
Les organismes locaux vigoureux se réclament, dans la majorité
des cas, dorganismes de même type mais de nature nationale
ou régionale. On pourrait ici référer à la structure du
syndicat local qui naurait aucune relation
dappartenance à une centrale nationale. La portée
dun tel syndicat est forcément limitée et il ne peut
jouir de lenrichissement que lui apporte la centrale.
Il nous apparaît devoir apporter de sérieuses réserves sur
lensemble des articles 228 à 233. Le financement des
organismes communautaires, à notre avis, doit être revu dans de
nouvelles perspectives. Il ne sagit pas dabord de
situer ces organismes dans la lignée du réseau des services
publics ou parapublics, mais plutôt de les considérer comme
entités autonomes ayant droit de citer par eux-mêmes.
La philosophie du mouvement familial que nous préconisons veut
que tous les secteurs de vie concourent à créer un
environnement favorable à lépanouissement de la famille.
Il appartient autant aux milieux du travail et de
léducation, aux mondes municipal et de lhabitation,
quau secteur de la santé et des services sociaux, de
soutenir les organismes promoteurs de la vie familiale.
En conséquence, le financement de ces organismes doit être
assuré par lensemble des régies ministérielles. Que des
accommodements soient faits pour quun seul ministère soit
responsable du financement, on le veut bien, mais il ne faudrait
pas limiter laction des organismes familiaux et à
intérêt familial à la mission de ce seul ministère.
Des formules concernant les processus daccréditation par
lÉtat de ces organisations nationales, régionales ou
locales à subventionner ont déjà été expérimentées
ailleurs. Nous navons pas dans ce domaine à réinventer la
roue et nous sommes prêts à expliciter les processus requis
auprès de ceux et celles qui auront la responsabilité du
financement de ce type dorganisations.
Une philosophie du financement
Monsieur le Ministre,
Nous déposons ici un second document de quelques pages
décrivant notre vision de ce que pourrait être le financement
des organisations familiales.
Suite à des échanges sur le financement des organismes
familiaux, échanges que nous avions lan dernier avec des
organisations familiales belges ainsi quavec des
représentants gouvernementaux de la Communauté française de
Belgique, il a été porté à notre connaissance le Décret du 8
avril 1976 et lArrête Royal belge « fixant les conditions
de reconnaissance et doctroi de subventions aux
organisations dÉducation Permanente des adultes en
général et aux organisations de promotion socioculturelles des
travailleurs ». Or, ces organisations de promotion
socioculturelles sapparentent ici, au Québec, à nos
organisations familiales québécoises.
Nous aimerions, monsieur le Ministre, vous souligner seulement
quelques passages de lexposé des motifs qui ont amené la
législature belge à voter ce Décret. Ces passages soulignent,
dune part, la reconnaissance de lÉtat belge envers
le mouvement « familial » et, dautre part, le bien-fondé
de son financement par lÉtat, et ce, à un tel point, que
la volonté gouvernementale belge exprimée à ce sujet fait
situer le contenu de larticle 231 de lactuel projet
de loi qui nous réunit, aux antipodes de la réalité belge.
Voici pour la reconnaissance des
organisations, ce quen dit le Décret:
« Le présent projet ne répond pas seulement à une nécessité
formelle. Il constitue surtout lexpression dune
politique culturelle fondée essentiellement sur la valorisation
des organisations volontaires qui, dans leurs diversités
idéologiques autant que la spécificité de leur action,
constituent les outils indispensables dun développement
culturel pluraliste »
Voici ce quen dit le Décret
concernant le financement des organisations:
« Les moyens de leur action sont cependant restés limités par
une conception restrictive de la politique culturelle en fonction
de laquelle les subventions qui leur étaient accordées étaient
marquées dun caractère essentiellement facultatif.
Lheure est venue de considérer les subventions aux
organisations permanentes, non comme lexpression dun
mécénat dÉtat récompensant les activités méritoires,
mais comme les investissements méthodiques de ressources
collectives en vue dun développement socioculturel perçu
comme condition du développement politique, économique et
social ».
Voici maintenant quelle extension aux
différents niveaux dorganisation le Décret entend donner
au financement des organisations:
« Conformément aux dispositions du pacte culturel, toutes les
organisations déducation permanente reconnues au plan
national, ou régional, se verront octroyer des subventions
annuelles comprenant:
- un montant forfaitaire de base;
- une intervention dans leurs frais de personnel;
- une intervention dans leurs dépenses dactivités.
Les organisations reconnues au plan local bénéficieront quant
à elles:
- dun montant forfaitaire de base;
- dune subvention variant selon le volume
dactivités.
Le Décret prévoit aussi la possibilité pour toutes ces
organisations de bénéficier dans la limite des crédits
disponibles de subventions exceptionnelles daménagement et
déquipement.
Voici, enfin, au niveau de la sécurité financière des
organisations ce que prévoit le Décret:
« En ces matières le présent décret ne comporte pas
dinnovation sur les principes. Il est fondé sur une
pratique expérimentée depuis de longues années.
Linnovation porte ici sur la sécurité offerte aux
organisations qui, pouvant se fonder sur un texte légal,
pourront en pleine responsabilité définir leur action sur des
prévisions budgétaires sûres.
Le versement anticipé de subventions doit notamment éviter que
quelque 10% de celles-ci ne se perdent en intérêts
descompte payés par les organisations aux organismes
bancaires qui leur font les avances de trésorerie.
La systématisation dune intervention dans les dépenses de
personnel doit de plus permettre aux organisations de faire face
à un besoin de plus en plus contraignant. La complexité de leur
rôle ne peut plus être assumée par le volontariat si
lencadrement général nest pas soutenu par des
permanents professionnels.
A ce titre, les organisations déducation permanente
doivent être considérées à part entière comme un secteur de
lemploi qui doit être non seulement sauvegardé mais
développé.
Un cadre de financement
Voilà donc, monsieur le Ministre, les quelques principes de base
reconnus dans le Décret que nous désirions vous souligner. Il
nest pas de notre intention de poursuivre ici ce que le
Décret apporte au niveau des critères daccréditation des
organisations. Nous vous laissons à ce sujet une copie complète
du Décret.
1ère réflexion: Létablissement
dun cadre de référence théorique.
Il nous apparaît dabord, monsieur le Ministre, quil
faille établir, pour le financement des organismes familiaux, un
cadre de référence théorique.
Outre le principe de reconnaissance par lÉtat de
laction des organisations familiales comme des «
investissements méthodiques de ressources collectives en vue du
développement socioculturel » de la communauté, principe que
nous extrayons du Décret belge, nous désirons vous exprimer
quà notre avis le financement des organismes familiaux est
une question de justice distributive.
Il y a quelques années les familles et les organismes du milieu
sorganisaient et payaient eux-mêmes pour les services
quils se donnaient. Lévolution de la situation de
lÉtat a fait que de nombreux services ont été pris en
charge par les gouvernements et, par voie de conséquence, une
taxation plus ou moins correspondante sen est suivie.
Ce que les organismes familiaux demandent à lÉtat dont
nous sommes, à titre de payeurs de taxes, cest non pas de
leur donner de largent, mais de leur attribuer
leur part et dans la décision des priorités de la
redistribution et dans la redistribution elle-même. Autrement
dit, lÉtat ne donne pas des fonds, il attribue la part qui
revient aux organismes familiaux.
2ième réflexion: LÉtat doit
définir des mécanismes daccréditation.
Suite à cette reconnaissance de lÉtat envers les
organismes familiaux et de ce droit pour eux à lallocation
de fonds gouvernementaux en vertu de la justice distributive,
nous reconnaissons, monsieur le Ministre, que lÉtat doit
définir des mécanismes daccréditation des organismes. Le
Décret belge dont nous vous avons remis copie est descriptif à
cet effet.
3ième réflexion: Le financement des
organismes familiaux doit sétablir sur une base de trois
ans.
Le financement des organismes familiaux doit se faire sur une
base de trois années et être révisé chaque année.
De sorte que chaque année devient la première de trois. Dans
léventualité dune coupure, lorganisme a au
moins deux années pour se retourner.
4ième réflexion: Les modalités
annuelles concourantes de financement pourraient être les
suivantes:
Un financement de base
Une subvention annuelle de lÉtat aux organismes
accrédités doit permettre le financement du loyer, du
téléphone et dun personnel technique minimum.
Une participation volontaire aux priorités
gouvernementales
Un montant de lÉtat doit être dégagé qui comprendra des
sommes à être attribuées par contrat aux organismes désireux
dacheter une ou des priorité(s) annuelle(s) du
gouvernement.
Un achat par lÉtat de projets des organismes
Un montant de lÉtat doit être dégagé qui comprendra des
sommes à être attribuées par contrat aux organismes qui
créent des projets pour eux prioritaires et bénéfiques à la
société. Comme par exemple actuellement les projets fédéraux
de développement de lemploi et les projets de
larticle 25.
Un encouragement à la recherche sur le
terrain
Un montant de lÉtat doit être dégagé pour permettre aux
organismes de poursuivre des recherches sur le terrain.
5ième réflexion: Combien lÉtat
doit investir?
Comment évaluer les sommes gouvernementales à investir dans les
organismes familiaux? Daprès nos informations,
lÉtat investit actuellement $1,265,750. pour 95 organismes
familiaux, soit une moyenne de $13,323 par organisme.
Nous est-il permis, monsieur le Ministre, de vous faire observer
quun poste dans le réseau de la santé et des services
sociaux peut se chiffrer à $50,000 par année, quun
délinquant peut aussi coûter à lÉtat $50,000 par
année.
Peut-on imaginer, monsieur le Ministre, quun organisme
familial qui voit à lencadrement des ressources
volontaires dun milieu (et qui reçoit présentement en
moyenne $13,323 par année), comment peut-on imaginer, monsieur
le Ministre, ce que cet organisme familial pourrait accomplir
avec lallocation financière dun seul poste de
$50,000 accordé aux employés du réseau?
Peut-on penser quune telle allocation annuelle de $50 000
accordée à un organisme familial pourrait éviter une seule
délinquance?
Monsieur le Ministre, on nous dit quun kilomètre
dautoroute coûte environ $1,500,000; cest plus que
ce que reçoivent lensemble de tous les organismes
familiaux du Québec.
Autre façon de voir en chiffres les choses. LÉtat
investit actuellement environ $1.00 par enfant dans les
organismes familiaux. Viendrait-il au Gouvernement lidée
de se valoriser en disant: Nous investissons $1.00 par enfant via
les organismes familiaux?
Ne peut-on pas penser, monsieur le Ministre, quune somme
minimale de $10.00 par enfant devrait être investie par
lÉtat dans les organismes familiaux: $15,000,000 pour les
familles du Québec via les forces vives des organismes
familiaux, nest-ce pas raisonnable? Léchangeur du
Carré Vigér à Montréal na-t-il pas coûté $35,000,000
pour un 1/2 kilomètre.
Pour toutes les raisons invoquées, monsieur le Ministre, nous en
arrivons à la conclusion quil est de lintérêt de
lÉtat de mieux financer les organismes familiaux et les
regroupements de ces organismes, ces derniers, menacés de
disparition par larticle 231 du présent projet de loi.
Nous sommes certes conscients que lÉtat est sollicité de
plus en plus pour multiplier les programmes curatifs, mais nous
tenons à rappeler de nouveau que de tels programmes
savèrent de plus en plus dispendieux tandis que des
programmes de nature préventive le sont beaucoup moins. Il
sagit là, en effet, de programmes où sont appelés, à
participer, différents secteurs dactivités de la
société tels le monde du travail, le monde municipal. Les
coûts de tels programmes sont alors à la charge de différents
bailleurs de fonds. De plus, les promoteurs de ces programmes
peuvent compter sur un ensemble de forces bénévoles ayant à
coeur la promotion de la famille et lépanouissement des
personnes qui la composent.
Lapport au bien public des organismes familiaux et des
groupes à intérêt familial est incalculable. Le
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au
Québec qui compte une soixantaine dorganisations
représentatives de plus dun demi-million de membres au
Québec est prêt à poursuivre sa collaboration auprès
de lÉtat québécois pour doter ce dernier dune
véritable politique de la famille. Mais encore faut-il lui
donner un minimum de moyens!