Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 1, numéro 11, mars 1990

Extrait du Mémoire présenté le 28 février 1990
à la Commission permanente des Affaires sociales sur le projet de loi de révision des normes du travail.

Les programmes d'aide aux employé(e)s

L'économie québécoise est en train de vivre une autre révolution tranquille. Les aspects sociaux du développement économique prennent une importance considérable. C'est, par exemple, Culinaire qui par son président se donne comme mission de devenir “ une des meilleures et plus rentables entreprises alimentaires canadiennes et, ce faisant, de favoriser la croissance et le développement de tous ses employés sur les plans professionnel et personnel ”. C'est le chef de la direction d'Alcan qui affirme que “ si les profits sont un but nécessaire, ils ne constituent pas l'objectif primordial... Chaque entreprise est moralement tenue, dans la mesure de ses moyens de jouer un rôle social et humanitaire... ”

Ce rôle, l'entreprise doit le jouer d'abord avec ses employés et c'est là qu'intervient le défi crucial auquel fait face l'employeur qui veut gagner et garder sa place sur un marché qui se mondialise rapidement. Dans cette optique, l'excellence ne suffit plus, c'est la perfection qu'il faut, comme ose le dire le Directeur général d'Agropur.

Mais comment obtenir la perfection d'êtres humains qui ne sont pas des robots, qui ont très souvent des responsabilités familiales et, de plus en plus, même envers leurs parents âgés, des employés qui, malgré une formation supérieure quelquefois, ne sont pas préparés à assumer un changement ou à accélérer leur performance, des employés aussi qui pensent désormais plus à la qualité de leur vie et qui seraient prêts, pour l'obtenir, à réduire leurs revenus. C'est le cas, en effet, de 35% des travailleurs et travailleuses de 25 à 44 ans.

L'employeur doit faire face à la compétitivité, mais il doit aussi recruter et retenir les meilleurs employés. Pour y arriver, il ne peut plus compter seulement sur l'attrait d'un salaire élevé; il doit offrir des avantages sociaux et familiaux qui pourront séduire les meilleurs employés.

Le premier vice-président de la Banque Nationale du Canada s'explique ainsi: “ De nos jours, il est difficile de vouloir séparer les problèmes de la famille et de l'entreprise, car on sait que si l'entreprise refuse de faire des compromis, c'est la performance qui s'en ressent... les bons employés ne restent pas. Ils sont prêts à sacrifier, ou à tout le moins, à ralentir la progression de leur carrière pour conserver leur qualité de vie ”.

On a beaucoup expérimenté, récemment, dans ce domaine. On a parlé, par exemple, de management participatif, de partage des profits, etc. Le Regroupement désire, aujourd'hui, attirer l'attention sur des programmes de moins haute gamme, peut-être, mais tout aussi avantageux par les bénéfices qu'ils apportent à la fois et c'est là une de leurs caractéristiques les plus séduisantes, à la fois à l'employeur et aux employés. Ce sont les PAE, programmes d'aide aux employés, dont la rentabilité n'est pas à démontrer puisqu'on s'accorde pour leur reconnaître un rapport coût / bénéfice de l à 10 moins et, aussi, une influence très positive sur le bien-être des employés.

Précisons ici que les PAE sont des programmes qui ont pour objectif de résoudre ou, mieux, de prévenir les problèmes personnels des employés; en d'autres mots: d'empêcher que les problèmes personnels ne deviennent des problèmes de personnel. Le PAE n'interfère ni avec la gestion des ressources humaines, ni avec le travail du syndicat; il s'ajoute à tout cela, au même titre que l'assurance-maladie, sauf qu'il vise les maladies ou les malaises psychosociaux dont on s'occupe peu ou pas et qui prennent de plus en plus de place.

Selon le Bureau international du travail, en effet, 1 personne sur 4 risque de présenter des troubles psychiques à un moment ou un autre de sa vie active. Proportion qui a été jugée réaliste par le Centre québécois pour le développement de la productivité et qui a motivé le Conseil du trésor, en 1986, à recommander la création de PAE dans tous les organismes gouvernementaux.

Le B.I.T. considère aussi que ce sont des problèmes personnels et non le manque de compétence qui sont reliés à 80% des accidents, 65 à 80% des congédiements et 61% des absences. Sur ce dernier point, on peut se rappeler que le taux d'absentéisme moyen annuel au Québec est de 9.8 jours par travailleur. Si on calcule les coûts du salaire versé au remplaçant, de la formation donnée à celui-ci et de la productivité perdue, on arrive à une perte de 4.6 milliards pour l'économie québécoise, par an.

Sans faire l'analyse de toutes les causes de l'absentéisme, rappelons, enfin, que la majorité des entreprises interrogées par le Conférence Board du Canada, en 1988 et 1989, ont affirmé que 25% des cas d'absentéisme étaient reliés à des conflits entre le travail et la maison. Onze mille employés interviewés par le Board ont dit qu'ils avaient de la difficulté à concilier emploi et responsabilités familiales. En fait, 10% des personnes interrogées ont affirmé qu'elles avaient perdu un emploi à cause de ces conflits et 14% envisageaient de quitter leur emploi actuel pour la même raison.

Il y a maintenant plus de femmes sur le marché du travail que jamais et en l'an 2000, elles seront plus nombreuses que les hommes à y entrer. Il y a surtout plus de mères que jamais. En effet, 60% des mères d'enfants de plus de 6 ans exercent un emploi. Il y a également plus de travailleurs qui tiennent à bien jouer leur rôle de père. Pas étonnant si, très souvent aujourd'hui, les difficultés conjugales ou parentales prennent le pas sur les problèmes d'alcool ou de toxicomanie.

Les femmes, partout au monde, ont été les premières à protester contre cet ordre de choses et à demander que le monde du travail tienne davantage compte des changements sociaux. Petit à petit des changements s'opèrent pour faciliter aux travailleurs l'exercice de leurs responsabilités parentales. Le Conférence Board parle de réaménagements qui affectent déjà:

50% des travailleurs: l'horaire flexible

30% des travailleurs: le travail partiel avec avantages sociaux au prorata du temps travaillé.

25% des travailleurs: la semaine comprimée

20% des travailleurs: la possibilité du travail partagé

11% des travailleurs: le travail à la maison.

Les entreprises offrent aussi des services qui aident les travailleurs à honorer leurs responsabilités parentales:

8.4% d'entre elles offrent: information et référence pour services de garde

4.8% d'entre elles offrent: une garderie

7.8% d'entre elles offrent: de l'assistance pour enfant malade

4.6% d'entre elles offrent: des ateliers pour l'éducation à la vie familiale

6% d'entre elles offrent: information et référence pour aider un membre âgé ou malade de la famille

2% d'entre elles offrent: de l'assistance pour faciliter cette aide

Beaucoup de choses ont commencé à se faire à Paris comme à Londres, à New York comme à Toronto, Montréal et Québec. Partout les nouvelles familles essaient d'imposer leur rythme aux entreprises et celles-ci, au moins les meilleures, ajustent tranquillement leur montre à l'horaire souvent trépidant des familles modernes, car leurs employés les plus efficaces sont souvent ceux qui, chaque jour, doivent jongler avec leur horaire de travail et leurs obligations familiales.

Ces parents travailleurs ont besoin d'être appuyés et le Regroupement désire signaler à la Commission parlementaire que les PAE sont un des moyens de le faire, un moyen rentable et qui bénéficie aux employeurs, aux travailleurs et travailleuses et aux entreprises. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick, pour un, en est convaincu au point d'avoir créé la Commission de l'alcoolisme et de la pharmacodépendance qui compte parmi ses missions celle de faciliter l'implantation et le développement des PAE dans toutes les entreprises.

Au Québec, la majorité des grandes entreprises, et surtout des plus fortes, comme les Banques, ont leur PAE. Tous les organismes gouvernementaux, comme on l'a dit, ont aussi les leurs.

Ce sont les petites et moyennes entreprises qui, souvent, sont privées alors que leurs employés en auraient tout autant besoin.

D'où la recommandation du Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec:

Que les ministres responsables du Travail, de l'emploi et de la Sécurité du revenu insistent sur l'importance de communiquer aux employeurs combien il est urgent de créer et de développer des programmes d'aide aux employés(e) offrant des services de counselling à l'intention des travailleurs ayant des responsabilités familiales

et

Que ces ministres encouragent et appuient la prestation de services de counselling pour répondre aux besoins des travailleurs-parents.

 

Retour à la table des matières