Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 2, numéro 14, juin 1990

Le voyage d'Ulysse :celui de la politique familiale au Québec

Monsieur Richard Sarrasin, t.s.
Le secrétaire du Regroupement

Mes chers amis,

Je vous propose, ce soir, de faire un long voyage dans le temps. Un voyage qui nous fera revivre les 30 dernières années du dossier de la politique familiale au Québec.

Comme dans tout voyage projeté, il y a une période pré-voyage qui consiste à préparer l'itinéraire à suivre, à retenir des lieux, à faire des réservations. C'est souvent une période que l'on mûrit durant de longs mois et qui persiste beaucoup plus longtemps dans le temps que la phase elle-même du voyage.

Il y a aussi le voyage lui-même avec ses richesses et aussi ses frustrations, les attentes non satisfaites et les surprises agréables.

Il y a, enfin, l'après-phase du voyage où l'on raconte à ses amis ce qu'a été le voyage, ce qui en reste, ce que l'on voudrait poursuivre.

Ce soir, chers amis, nous voyagerons dans le temps... à partir des années de la "Révolution tranquille" jusqu'à nos jours et ce, dans le pays de la politique familiale au Québec!

Nous décrirons trois phases. La phase de l'avant-projet de politique familiale. La phase de la participation des organismes familiaux et de la structuration administrative du projet de politique familiale. La troisième phase, celle d'aujourd'hui qui porte davantage sur l'implication quotidienne du "penser et agir famille" dans les différents secteurs de vie de la communauté québécoise.

Première phase: ce qui a précédé le dossier de la politique familiale au Québec, 1964-1970, ou la phase de l'avant-projet de politique familiale

Premier mouvement: Un constat du changement social et familial

C'est au Québec l'époque de la "Révolution tranquille", ce moment privilégié de la poussée nationaliste, de la prise de conscience collective du "Maître chez nous". C'est un moment de bouleversement où dans la famille les rôles et fonctions traditionnels des membres sont remis en question. C'est aussi un moment de transformations familiales et sociales où on constate "qu'il vaut mieux avoir moins d'enfants afin de pouvoir donner à chacun d'eux une meilleure instruction".

Quant aux services sociaux du moment, bien qu'ils favorisent en théorie l'idéologie familiale, ils en sont encore au traitement individuel. Au lendemain du rapport Boucher des années 63-64 qui dénonçait la faible capacité administrative des agences de service social, ces dernières sont plus préoccupées de se qualifier à ce chapitre que de penser et agir famille. Pour leur part, les organismes bénévoles familiaux commencent à peine à jouer un rôle social sous l'impulsion d'une organisation internationale de regroupement des organismes familiaux appelé "l'Union internationale des organismes familiaux" qui, en 1967, tient à Québec un congrès à l'intention des jeunes familles. Enfin, au niveau gouvernemental, bien qu'il y ait un ministère de la famille, les écrits du temps décrivent bien que ce ministère n'a pour la famille que le nom.

Pendant cette période, on ne constate donc pas de grand courant de pensée en faveur d'une politique familiale, Ce qui caractérise le moment vécu, c'est, entre autres, l'abandon des valeurs et des comportements traditionnels pour faire place à de nouvelles aspirations de vie, et ce, considéré sous l'angle individuel.

Deuxième mouvement: Établissement d'un diagnostic social et familial :1970-1980

Dès le début de cette phase, la scène québécoise est marquée par les travaux de la Commission d'enquête sur la santé et le bien-être social. Dans l'annexe 16 du rapport de cette Commission Castonguay-Nepveu rédigé par Philippe Garigue et intitulé "Les fondements d'une politique familiale", l'auteur rappelle que la politique familiale est une action collective, relativement récente, à la fois gouvernementale et privée, en faveur de la famille. L'ère de l'individualisme que nous avons décrit plus haut lorsque nous parlions de l'aide aux individus est repris par Garigue qui la dénonce ainsi: "L'individualisme législatif est contraire à la réalité, car c'est à travers leur famille que les individus vivent leur vie quotidienne. La notion de politique familiale part de la prise de conscience de l'importance du comportement familial dans la vie individuelle et collective des citoyens d'un pays. Ce statut privilégié dérive d'un renouveau des idées sur la famille".

Selon Garigue, il n'existe toujours pas, au Québec (en 1970), de document présentant dans leur totalité, des mesures qui pourraient être incluses dans une politique familiale. Garigue tentait, par la même occasion, de définir les principaux éléments d'une politique familiale qui sont:

Cet exercice de Garigue, est, à notre avis le premier exercice sérieux de recherche des éléments fondamentaux d'une politique familiale.

Au cours des années suivantes le nouveau Conseil des affaires sociales et de la famille créé en 1970 publie une série d'avis sur les éléments d'une politique de la famille (1974), sur la protection de la jeunesse (1975), la situation des familles (1980), la famille de demain (1982).

Selon nous, le gouvernement du Québec possédait alors une documentation extrêmement valable pour élaborer une politique familiale.

Suite à ces publications, les organisations familiales naissantes des années 60 prennent de l'ampleur et décident de se donner un rôle plus social. Nous en arrivons à la deuxième phase.

Deuxième phase: La participation des familles à l'élaboration d'une politique familiale et la structuration administrative de la politique familiale.

Sans doute le premier ministre du Québec, René Lévesque, était-il lui aussi persuadé d'avoir en main les éléments fondamentaux d'une politique familiale pour déclarer en juillet 1981:

" . . . que le Conseil des ministres a dernièrement donné au Ministre d'État au développement social, le mandat de procéder à la formation d'un groupe de travail dont la tâche consistera d'une part à identifier la problématique de la famille québécoise et, d'autre part, à élaborer un projet de politique d'ensemble sur la famille. "
 

Cette phase de 1980 à nos jours nous semble caractérisée par la volonté des groupes et particulièrement des organismes familiaux de participer à l'élaboration de la politique familiale québécoise. Cette participation s'est davantage manifestée depuis l'annonce (en mars 1983) par le Premier ministre, du dépôt prévu pour les prochains mois, du projet gouvernemental de politique familiale.

À ce moment (1983) sous l'impulsion d'un nouvel organisme, créé en février 1983, que je représente ce soir et dont vous êtes membre comme association, le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec, un grand nombre d'organismes familiaux et de groupes à intérêt familial font porter leur réflexion sur une politique de la famille. De nombreux mémoires sont alors présentés au Comité gouvernemental appelé par l'État à poursuivre au Québec une consultation publique sur une éventuelle politique familiale québécoise (1984-1985).

Une brève analyse de ces rapports fait ressortir clairement les vues des organismes familiaux quant au contenu éventuel d'une politique familiale. Ils aimeraient ainsi que soient reconnus dans une politique de la famille les principes et éléments suivants:

Reconnaissance de l'autonomie des familles
Les parents sont des êtres responsables et égaux. L'État doit reconnaître tous les types de familles et la valeur sociale de l'enfant. La société doit valoriser le rôle parental et son importance.
 
Participation des familles
Les familles désirent s'associer, participer à la vie sociale et exigent que l'État en tienne compte par la création, notamment, de comités conjoints États-famille.
 
Soutien de l'État aux familles
Reconnaissance du rôle de l'État qui doit faciliter et non diriger la vie familiale et son épanouissement.

Les mémoires que nous avons pu examiner touchent également les éléments de la structure idéale d'organisation gouvernementale susceptible de rendre bien opérante une politique de la famille. Ils recommandent toutefois que, d'abord et avant tout, la société détermine ses choix et qu'à partir de ces derniers, une politique de la famille, si elle est désirée, ait effectivement droit de cité.

On peut soutenir à ce moment-ci que le processus gouvernemental administratif de base pour l'avènement d'une politique familiale se met en branle. Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec est particulièrement actif au cours des années 84 et les suivantes. Le tableau ci-après démontre les démarches entreprises par le Regroupement, démarches couronnées de succès:

Troisième phase: L'implication actuelle du penser et agir famille dans tous les secteurs de vie de la communauté québécoise.

Où en sommes-nous aujourd'hui dans les réclamations du Regroupement:

À obtenir:

une volonté gouvernementale de passer à l'action dans le "penser et agir famille";
 
des réalisations concrètes de ce "penser et agir famille" dans les différents ministères;
 
des engagements à "penser et agir famille" de la part des employeurs et des syndicats;
 
la décision de "penser et agir famille" dans les milieux des municipalités, de l'environnement, de l'éducation, de la santé...:
 
la manifestation populaire des différents milieux de vie à "penser et agir famille" partout au Québec

Voilà donc rapidement esquissé le voyage du dossier de la politique familiale au Québec. Le Regroupement compte sur vous pour faire avancer ce dossier dans tous vos milieux de vie. Les familles du Québec réclament notre aide. Accordons lui notre coup de main.

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