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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 2, numéro 19, janvier 1991 |
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Madame Ghyslaine Fleury
Présidente du Comité de la condition féminine
Centrale de l'enseignement du Québec
Mon expérience personnelle
C'est un plaisir pour moi d'être parmi vous aujourd'hui pour vous présenter les positions de la Centrale de l'enseignement du Québec en matière de responsabilité conjointe de la famille et de l'école en éducation.
Je vais aborder cette question en me servant d'abord de mon expérience de vie; je suis:
Mes enfants ont fréquenté un service de garde en milieu familial, une garderie de quartier et actuellement un service de garde en milieu scolaire.
Malgré plusieurs changements survenus ces dernières années, je crois que c'est encore le cas excepté aux postes de direction.
Si les femmes avaient plus d'autonomie dans le choix des valeurs à transmettre, si elles se faisaient davantage confiance, toutes ces femmes réussiraient à tisser des liens plus étroits dans leur propre intérêt et celui des enfants.
Cette affirmation reconnaît la responsabilité première des parents mais est en même temps très lourde de conséquences pour les parents.
Reconnaître un responsable mais sans donner les moyens de l'assumer c'est inacceptable. Ex.: pauvreté - les parents ne sont même pas en mesure d'assurer les ressources essentielles comme la nourriture. Accepter cette situation comme société, c'est scandaleux!
Premier cas:
Partage de la responsabilité avec: garderie - école mais aussi société - culture
L'enfant ne vit plus dans ce cercle étroit et fermé de la famille - école - village ou quartier. On ajoute ensuite que "Le Ministre a assoupli les critères d'accès à une entrée précoce à l'école".
Deuxième cas:
Les enfants vivant des situations familiales ou sociales problématiques.
Dans le premier cas, le gouvernement a laissé à l'initiative privée le soin de répondre aux besoins sans cesse grandissants des services de garde, c'est un mauvais choix qui répond mal aux besoins criants des parents et des enfants. À la CEQ, nous sommes à élaborer une politique de la petite enfance. Dans le deuxième cas, les mesures de dérogation ne règlent rien. Celles-ci ne font qu'accentuer les inégalités. Si on répondait mieux aux besoins en service de garde de qualité, on n'aurait plus besoin de ces mesures de dérogation. Ces dernières s'inspirant du courant néo-libéral actuel.
La nouvelle loi sur l'instruction publique vise "une meilleure adaptation de l'organisation scolaire aux réalités familiales". Si l'énoncé signifie que l'école doit tenir compte des changements apportés à la famille, exemple: familles monoparentales, deux parents qui travaillent à l'extérieur, familles reconstituées, nous n'y voyons aucun problème.
Par contre, si cet énoncé demande aux professeurs de s'adapter aux multiples valeurs véhiculées dans chacune des familles de chaque enfant qui compose une classe, c'est toute une autre histoire. Dans ce sens, la CEQ estime que l'école n'est pas la continuité de la famille. L'école est une entité en soi qui transmet aux jeunes des valeurs qui sont le reflet d'un consensus social. Par exemple: égalité, respect, tolérance, partage.
Ces quelques mots peuvent sembler faire l'assentiment général mais dans la réalité, ils soulèvent beaucoup de passions. Exemple: jouets militaires, éducation sexuelle, dépistage des enfants victimes d'abus, etc.
L'école est au service des enfants. La CEQ n'est pas d'accord avec le partage de la question des établissements scolaires avec les parents, quand ce partage a des effets sur l'autonomie professionnelle.
Quels parents rejoint-on ?
Problème de la représentation dans nos institutions. On reproduit le modèle de la hiérarchisation: gens instruits qui ont du temps, qui jouissent de conditions socio-économiques plus avantageuses. Ceci a pour conséquences d'exclure les groupes discriminés et peu entendus: - pauvres - analphabètes - autochtones - communautés culturelles.
"Une meilleure connaissance mutuelle du personnel enseignant et des parents pour favoriser une augmentation de qualité des interventions éducatives".
D'accord avec ce principe mais ce n'est pas suffisant. Le personnel enseignant ne peut combler à lui seul les lacunes de notre organisation sociale. Les profs sont démunis, démunis face à la pauvreté - les enfants ont faim. Démunis face à la violence (abus) - des femmes battues. Démunis face au problème de la langue. Démunis face aux besoins psychoaffectifs. Démunis face à la libéralisation des moeurs sexuelles.
Les problèmes ont pris une ampleur astronomique et les moyens ont été diminués. C'est un choix de société qui se vérifie aussi à l'école.
Généralement, nous sommes d'accord avec l'ensemble des propositions.
# 27 "Procéder à la mise à jour du programme de l'éducation des adultes à l'intention des membres des comités d'école et des comités de parents en fonction de la nouvelle loi sur l'instruction publique".
# 33 "Déterminer les meilleurs moyens d'augmenter l'accessibilité à la formation à la vie familiale dans le cadre de l'éducation des adultes".
Par contre, nous soulevons la même réserve que précédemment, à savoir, le temps que nécessite cette mise à jour.
# 28 ''Produire un document d'information destiné aux parents autochtones et un autre destiné aux parents des communautés culturelles sur les particularités relatives au cheminement de leurs enfants dans le système scolaire québécois".
À propos des parents autochtones, le gouvernement aurait intérêt à montrer une plus grande ouverture face à leurs revendications. Cette voie m'apparaît un peu plus engageante mais nécessaire quant à la préoccupation qu'on doit avoir de leurs particularités.
# 29 "Tenir, dans chaque région scolaire du Québec, un colloque sur les relations école-famille, sur la valorisation des compétences parentales, sur les besoins d'information et de formation et sur les adaptations possibles du système d'éducation aux nouvelles réalités familiales."
# 30 "Produire un recueil d'activités à l'intention du personnel enseignant des écoles primaires et secondaires prévoyant des activités permettant d'intégrer des connaissances sur la famille et sur l'exercice des responsabilités parentales, ainsi que de sensibiliser les jeunes au partage des tâches entre les deux parents".
Depuis le début des années 1970, le Comité de la Condition des femmes de la CEQ produit des documents d'intervention auprès des intervenantes et des intervenants scolaires. Ces productions portent sur la désexisation des apprentissages, des outils pédagogiques, la lutte au sexisme et à la violence sexuelle, la remise en question des rôles traditionnels qui incombent aux hommes et aux femmes, la féminisation du langage, etc.
# 31 "Inviter la Télé-Université à élaborer un cours sur l'éducation à la vie familiale et aux nouvelles réalités familiales à l'intention des différents intervenants sociaux et éducatifs".
# 32 "Sensibiliser les enseignantes et les enseignants, dans les programmes de formation des maîtres ou de perfectionnement, au repérage des symptômes reliés à la violence en milieu familial et à la référence aux services fournissant l'aide appropriée".
Nous rejoignons bon nombre d'enseignantes par les comités de la condition des femmes de la Centrale. Ces femmes sont sensibilisées et formées sur des problématiques tels la violence faite aux femmes et aux enfants, les abus sexuels, etc. Le principal problème dont elles nous font part lors des discussions, c'est le manque de temps pour aborder correctement ces problèmes, faire le dépistage et fournir aux jeunes les ressources suffisantes ce n'est pas la disponibilité d'une ou d'un psychologue, une journée / semaine qui assure des services adéquats à ces enfants.
La CEQ a adopté en avril dernier une politique syndicale pour contrer le harcèlement sexuel. Cette politique affirme que le harcèlement sexuel est un comportement inacceptable et les syndicats et fédérations affiliés à la CEQ s'engagent à lutter contre ce fléau. Cette politique s'applique aux personnels à l'emploi de la CEQ et ses affiliés, aux militantes et aux militants, aux membres mais aussi aux clientèles auprès de qui nous offrons des services; entre autres, les étudiantes
Les conflits de travail entre les travailleuses et les travailleurs en éducation et le gouvernement ainsi que la campagne de dénigrement dont elles et ils ont été l'objet lors de ces affrontements ont laissé des blessures longues à cicatriser. Chaque enseignante et enseignant pris individuellement, règle générale, accomplit un bon travail. Pourquoi, pris collectivement, ces personnes traînent-elles encore l'image d'un groupe de privilégiés ? Quand on envisage sérieusement la lourdeur de la tâche et les conditions de travail qui se sont détériorées durant les dernières années; les préjugés persistent malgré une réalité bien différente.
Nos dirigeants politiques ont fait des choix douloureux pour une couche de plus en plus grande de familles québécoises. Malgré un essor économique durant les sept dernières années, le fossé entre riches et pauvres s'est accentué. C'est en unissant les forces des personnels en éducation, des services de garde et des parents que nous réussirons à contrer ce courant de désengagement de l'État dans les services publics. Ainsi, nous garantissons un réseau d'éducation et de service de garde de qualité pour l'ensemble des jeunes Québécoises et Québécois, qu'ils soient autochtones, de communautés culturelles ou dite de "vieille souche".