Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 2, numéro 19, janvier 1991

Satellite : Famille et médias - le 14 novembre 1990

Introduction

Pour bien lancer le débat sur la question des médias et de la famille, nous avons fait appel à des compétences du milieu journalistique et du milieu de la télévision. Nous avons aussi eu la main heureuse en demandant et en obtenant la participation de l'un de nos organismes membres qui, lui, y connaît ça ”, nous avons nommé : l'Association nationale des téléspectateurs. Enfin, dans le but d'agrandir nos horizons et de voir un peu ce que pensent sur le même sujet des amis familiaux internationaux du vaste monde, nous avons sollicité et obtenu la participation à ce panel de la présidente du Comité canadien de l'Union internationale des organismes familiaux.

Dans un premier temps, les invités nous exprimeront leur opinion sur le chapitre du plan consacré aux médias. Ils nous feront part aussi de leur opinion personnelle sur le sujet. Tous les chapitres du plan d'action gouvernemental en matière de politique familiale "Familles en tête" sont sans doute importants. Le chapitre sur les médias l'est également surtout lorsqu'on considère que la population, en moyenne, passe vingt-cinq heures par semaine devant l'appareil de télévision. Si on ajoute à ces heures l'écoute de la radio et les heures passées à la lecture des journaux, vous conviendrez qu'une partie importante de la journée est consacrée aux médias au sens général du terme.

Or, quelle image de la famille nous offrent les médias ? Quelle image pourrait nous offrir les médias sur la famille ? Nous, représentants d'organisations familiales ou de groupes à intérêt familial qu'avons-nous à dire à ce sujet ?

Monsieur Pierre Vennat
Journaliste
Journal La Presse

Après la lecture du chapitre 9 qui est très léger de premier abord, je peux vous dire que je suis d'accord avec son contenu et pour n'offenser personne, je peux même ajouter que je suis d'accord car cela ne veut rien dire... Je m'explique : ça revient à dire que l'on est d'accord pour ne plus avoir de violence dans les médias et que l'on veut des médias bien faits. Je ne suis pas pour dire que je suis contre la vertu. J'étais jusqu'au 31 octobre éditorialiste au journal La Presse et c'est par manque d'associations de lecteurs qui verraient à la défense du droit a l'information plutôt qu'à celui du marketing que je ne suis plus éditorialiste... c'est l'ensemble des lecteurs qui font monter les cotes d'écoute. On pensait dans mon entourage que j'influencerais l'opinion des gens, ma mère surtout ! En tant qu'éditorialiste, j'avais l'impression que je ferais passer des idées, je voulais parler de politique familiale. À certaines occasions, j'en ai parlé. Je voulais aborder les dossiers de l'argent mis dans certains programmes d'éducation. Des problèmes socio-économiques qui touchent directement les Familles dans leur quotidien. Écrire sur les limites de l'argent dans certains dossiers d'affaires

sociales mais cela s'écrit mal car la population ne veut pas que l'on parle de certains sujets. La sociale démocratie ne se vend plus. On ne veut plus entendre parler de redistribution des richesses. Proportionnellement, les ventes d'Allo-police par rapport au Devoir sont plus payantes... et s'il y a de la pornographie et de la violence dans les médias c'est parce que les gens la regardent et en achètent. Personne ne vous oblige à en consommer.

On voudrait que la morale et la censure que l'on n'a plus dans notre société soient assumées par l'État. C'est l'idéologie sous-jacente et c'est ça d'interdire la pornographie. Cela revient à dire que si l'on censure une revue pornographique demain, on défendra une revue fédéraliste après-demain. C'est ça la censure. La responsabilité incombe à la population en général et ceux qui décident du contenu, ce sont les lecteurs. Le contenu est fait en fonction du lecteur et de la demande. On sonde à tour de bras les intentions des lecteurs. La responsabilité, elle incombe aux lecteurs, nous les journalistes nous sommes prisonniers de l'opinion publique !...

Madame Michèle Tougas
Réalisatrice
Radio Québec

Notre but à nous c'est d'influencer consciemment notre public en offrant le plus de qualité possible. Nous savons, grâce à des études, qu'il ne doit pas y avoir rupture de diffusion sinon il y a diminution de l'impact éducatif. Pour que l'action éducative ne soit pas inter rom pue, il faut que l'émission soit diffusée à plein temps et que la série télévisée en question soit soutenue par un programme d'animation et par une action dans le milieu. Avec l'émission Passe-Partout notre objectif était d'accroître la qualité des rapports entre les enfants et leurs parents. Nous nous sommes donc posés ces ques tions: com ment vont vos petits? et comment vous les parents, allez-vous avec vos enfants?

Nous avons également établi une règle d'éthique au niveau de la démarche pédagogique et au lieu de donner des modèles on a préféré utiliser des modèles internes, afin que les enfants explorent leurs propres processus, leurs démarches, leurs propres expériences. Exemple: s'il sur ent un conflit parent-enfant, on procè-de au décorticage du conflit et ainsi, le téléspectateur arrive à entrer en contact avec sa propre expérience. On éveille alors un mouvement vital chez l'enfant qui res-pecte exactement le stade de son expérience. C'est une émission de télévision qui ramène le téléspectateur à sa propre expérience et c'est dans ce sens qu'elle est éducative.

Monsieur Michel Pichette
Président
Association nationale des téléspectateurs

La minceur des propositions du plan d'action en ce qui touche les médias et la famille est inquiétante. Dans un premier temps, il serait important de se poser la question en termes de: quelle est la place que les médias occupent dans notre vie quotidienne? Il est fréquent de ne pas avoir le temps de s'interroger sur les impacts des médias sur nous. Les “psy” disent que les effets du monde mé-diatique sur nos vies quotidiennes contribuent à changer notre relation aux autres et notre relation au monde. Que les médias ont des effets sur le développement des habiletés cog tives des enfants.

Nous pouvons aussi nous poser la question de savoir comment réussir à faire se réunir le linéaire, le rationnel et l'imaginaire à travers une autre façon d'apprendre? Comment utiliser créativement ce que les médias ap portent?

Autrefois les concepteurs pensaient en terme de quel service puis-je rendre à mon public? et aujourd'hui ils pensent en terme: comment puis-je vendre tel public à tel annonceur... Autrement dit, on fait de l'argent avec la culture: marchandises culturelles, spirituelles, tout se vend...

Les grands enjeux

- La solitude: d'après une étude de l'Institut québécois de recherche sur la culture, les adultes ne consacrent ac-tuellement que 6 % de leur temps à la conversation. - Les enfants: c'est un sujet qui n'est pas du tout à la mode...

- Les adolescents: dans les médias ils n'ont pas de place... - Les personnes âgées: ne sont plus sur la carte des intérêts... En bref, il n'y a plus grand chose pour nourrir notre imaginaire, on constate une fermeture au niveau de la diversité qui aboutit à une limitation de notre imagi naire et qui se traduit par une crainte des médias à innover.

Qu'est-ce qui pourrait être fait au niveau des diffé-rents ministères?

Au niveau du ministère de l'Éducation: une initiation sérieuse des enfants à devenir des consommateurs cri tiques vis-à-vis des médias est absolument nécessaire. Pour cela des activités pensées pour les enseignants et les enfants sont à créer, à innover...

Au niveau du ministère des Affaires culturelles et du ministère des Communications un immense travail reste à concevoir.

Il faut penser à l'élargissement d'une Association géné-rale des utilisateurs des médias.

Association nationale des téléspectateurs

C'est une Association de consommateurs de télévision qui travaille depuis 11 ans au développement d'activité d'information et de formation visant à amener les téléspectatrices et les téléspectateurs à mieux connaître la télévision pour mieux l'utiliser et l'aborder de façon sélective. L'ANT incite les consommateurs de té1évision à faire valoir leur point de vue pour que la té1évision réponde mieux à leurs besoins set à leurs préoccupations.

Une organisation active

Pour réaliser ses objectifs d'information et de représentation, l'ANT intervient dans divers champs d'action, elle publie quatre fois l'an la revue : le Téléspectateur, dans laquelle elle diffuse une information critique sur le spectacle télévisuel (dossiers, interviews, analyses.)

Association nationale des téléspectateurs
4005, rue Bellechasse
Montréal (Québec) H1X 1J6
Tél.: (514) 729-6393
Télécopieur : (514) 729-7375

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