Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 2, juillet 1989

Satellite Famille et environnement

Il faut mettre sur pied des groupes de réflexion

Monsieur Michel Famelart
Biologiste
Professeur de botanique
Université de Montréal

La famille n'a pas de contrôle sur la qualité de l'environnement . Exclue des sphères de décisions, elle vit dans un sentiment d'impuissance.

C'est la société contemporaine, fondée sur la surconsommation, qui est responsable de la dégradation de l'environnement. Produire pour produire, tout sacrifier pour obtenir de meilleurs coûts de production, épuiser les ressources et accumuler sans frein toutes sortes de déchets sont les habitudes actuelles de la collectivité moderne.

La famille est un milieu privilégié d'éducation de l'environnement.

Pour monsieur Michel Famelart, également la question de l'environnement et celle de la famille sont d'une grande importance. L'idée d'entraiter simultanément lui a paru intéressante. “Il y a, dit-il, un tissu de relations entre l'environnement et la famille que l'on peut poser en principe qu'un environnement de qualité permet une vie familiale de qualité”. De là cette question: “La famille contemporaine, en tant que cellule de base dans la société, a-t-elle une influence sur la qualité de son environnement?”

Un feu de forêt, une tornade ou un tremblement de terre sont des phénomènes naturels, et l'homme n'y peut rien. Mais face aux accidents écologiques ou à des phénomènes plus pernicieux comme la pollution de l'air, du fleuve ou du sol, la responsabilité revient directement à l'homme.

Or, nous sommes devant de gros problèmes environnementaux, pas seulement de gestion des déchets dangereux, mais ceux du quotidien, industriels et domestiques. Les déchets, c'est tout ce qui a cessé de servir. Des choses apparemment inoffensives comme ces tonnes de papiers, de cartons, de polythènes, de bouteilles... Des substances qui souvent n'ont servi qu'une fois, et dont on va se débarrasser. Les seuls dépliants publicitaires du mercredi dans les journaux sont responsables, pour la seule île de Montréal, de la disparition d'une superficie de forêt équivalent à trente terrains de football.

“Aujourd'hui, on se préoccupe beaucoup des ressources non-renouvelables: personnellement depuis quelques années, je pense à celles qu'on dit renouvelables : malheureusement, elles ne sont pas inépuisables." En tant que biologiste et amateur de plein air, Michel Famelart a souvent vu des familles d'animaux qui vivent en harmonie avec leur environnement. Il n'y a pas là d'amoncellements de déchets car ce que produisent et consomment ces animaux forme un tout intégré à l'environnement. Or la pollution chez l'homme lui-même est assez récente : les peuples nomades vivaient d'une façon non-agressante pour leur environement; même chose pour l'agriculture traditionnelle.

Michel Famelart ne demande pas le retour à la société pré-industrielle; il croit simplement que plusieurs de nos habitudes de vie sont inutilement nuisibles à l'environnement et demandent pour cela à être corrigées. En Allemagne, par exemple, les sacs d'épicerie qu'on utilise ici sans compter et qui de surcroît ne sont pas biodégradables ont été remplacés par des filets à provisions. Même chose pour les contenants de lait qui sont réutilisables. Au Québec, lorsque nous sommes passés des bouteilles en verre aux contenants actuels, les industriels n'ont pas demandé leur avis aux consommateurs. Ou plutôt on a fait des études de marché pour sortir un produit <nouveau> et améliorer la rentabilité; les gens étaient bien d'accord, mais sans être vraiment conscients des répercussions environnementales de ces changements apportés à leur vie quotidienne.

Notre société n'a actuellement plus le contrôle de ses déchets; quant aux familles, elles n'ont aucune prise là-dessus. À titre d'exemple, Michel Famelart rapporte avoir hébergé son frère et sa famille, qui habitent Saint-Basile, pendant trois semaines suite à l'accident survenu l'automne dernier; il fut frappé alors par leur impuissance à tous devant cette catastrophe. Autrefois, les familles avaient un prise directe sur leur environnement; aujourd'hui, elles n'ont aucune part à ces multiples décisions qui affectent leur existence et hypothèquent l'avenir de leurs enfants. Il faut donc que les familles retrouvent un pouvoir d'action et de décision sur leur environnement. D'abord, on devrait promouvoir l'éducation relative à l'environnement, car ce milieu de vie et de consommation qu'est la famille est peut-être le plus approprié pour commencer cette éducation. Mais comment la faire, quelles institutions doivent soutenir la famille en ce sens ? Michel Famelart n'a pas de réponses, mais il croit que des groupes de réflexion comme celui-ci pourraient permettre de dégager des solutions viables et réalistes. Il note également que rien ne sera fait sans que des groupes de pression puissants ne se forment.

 

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