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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 3, numéro 20, avril1991 |
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Madame Carmen Legault
Mère de 5 enfants
Carrefour familial Hochelaga.
Une mère bien occupée
C'est avec beaucoup d'intérêt et surtout beaucoup d'admiration pour son courage que nous avons écouté le témoignage de madame Legault du Carrefour Hochelaga Madame Legault est mère de 5 enfants et elle travaille à l'extérieur. Son témoignage nous a sensibilisé au vécu quotidien d'une famille nombreuse.
"Durant les trois dernières années nous avons vécu des épreuves et c'est là que nous avons coupé dans nos dépenses".
Les soins dentaires payés aux enfants ont été coupés de moitié et par conséquent je dois payer très cher certains traitements, sans compter que moi et mon conjoint ça fait 3 ans que nous ne sommes pas allés chez le dentiste, la dernière fois que j'y suis allée il m'a dit, ça va te coûter 200.00 $. Je n'y suis pas encore retournée.
L'an dernier, j'ai payé de justesse les activités aux enfants, chaque mois je pensais avoir à leur dire: je ne peux plus vous les payer mais j'y tenais et j'y parvenais toujours.
Vivre au jour le jour, faire l'épicerie avec l'argent qui entre à mesure, je vous avoue que ça prend beaucoup d'imagination et un moral d'acier pour tenir le coup.
On sortait moins qu'à l'habitude, quand il arrivait un petit surplus, mon mari et moi, on se payait une petite sortie au cinéma ou un petit repas pas cher au resto pour décompresser et prendre le temps de se retrouver seuls, hors du contexte familial.
Pour ce qui est du logement, on n'a pas souffert de ce côté là parce que depuis bientôt 10 ans, nous habitons dans une coopérative d'habitation. Je pense qu'on paie 50 % seulement que ce que cela vaut sur le marché. Ce fut une aide grandement appréciée pour ma famille, une sécurité, une formation personnelle, cela nous a tous enrichis...
Nous avons dû faire des acrobaties pour garder le moral, quand on est parent de 5 enfants, on ne peut se permettre de déprimer car on entraîne toute la famille avec soi. C'est sûr on s'en parle, mais il faut vite se secouer, se retrousser les manches et foncer. Pour être capable de vous parler comme ça aujourd'hui, je peux vous dire que j'ai eu du support de quelques amis intimes et d'un organisme communautaire de mon quartier. Aujourd'hui on remonte la pente, des fois je la trouve à pic, faut viser le sommet, persévérer et pas se décourager: t'as pas le choix.
Je me dois d'être franche avec vous, je ne peux donc pas passer outre le fait que j'ai eu du support spirituel, il était là parfois à travers des amis, d'autres fois dans le silence de la prière, mais il m'était d'un très grand secours, comme l'eau dans le désert...
L'an passé, j'ai décidé d'aller travailler à l'extérieur pour une certaine période de l'année. Ma soeur m'a parlé d'un poste de téléphoniste pour la période de l'hiver seulement C'est ce qui me convenait, car avec les enfants, je ne me voyais pas travailler à plein temps. J'y ai pensé longtemps, j'ai du me faire à l'idée et j'ai fait le grand saut. Cela faisait 15 ans que je n'étais pas allée travailler à l'extérieur. Je considère que j'ai été très choyée, c'était pas évident que je ferais l'affaire, mais j'ai persisté et j'ai fait l'affaire. C'est l'horaire qui me plaisait, je ne sais pas si j'y serais allée autrement.
En famille, on a dû s'asseoir et se parler, mais c'était pas facile et parfois même très difficile. J'arrivais du travail fatiguée et quand mon conjoint avait eu beaucoup d'ouvrage lui aussi durant la journée, tout était à refaire: le lavage, la vaisselle, les devoirs et les leçons, le souper et en plus les réunions en soirée parfois.
L'an passé, j'étais beaucoup moins bien organisée que cette année. Il y avait encore beaucoup d'inquiétude dans l'air et la communication n'était pas toujours facile, donc on avait du mal à s'organiser. Par contre, je savais que je passerais au travers parce que j'avais traversé des situations beaucoup plus difficiles durant mon enfance.
Au début, je devais parfois travailler 10 jours consécutifs, et par grands froids ou tempêtes, nous mangions à nos places tout en travaillant. C'était exténuant, déprimant, stressant. Il me fallait une force de caractère à toute épreuve et c'est mon corps qui en subissait les conséquences ainsi que mes enfants et mon conjoint.
Cette année, je travaille du lundi au vendredi, je l'apprécie grandement ainsi que les enfants, le système téléphonique a été amélioré, par contre la pression des employeurs est très forte à l'effet "qu'on est mieux de ne pas faire trop d'erreurs" parce qu'il n'y a pas de syndicat.
Mon conjoint a eu la brillante idée de faire une liste des tâches et nous avons réparti les tâches entre tous les membres de la famille selon les occupations et disponibilités de chacun.
liste des tâches à accomplir:
J'ouvre la parenthèse pour vous dire que nos enfants sont âgés entre 8 et 19 ans. L'aîné par contre ne demeure plus à la maison. Ils peuvent donc tous participer, les plus vieux initiant les plus jeunes.
Je me considère comme une personne privilégiée. J'ai l'expérience de travail. J'ai une bonne santé ainsi que les enfants. J'ai des amis tout à fait extraordinaires...
Je me nourris sans cesse de pensées positives, et m'entoure de gens positifs. Tout ce que j'ai à l'intérieur de moi, je l'ai acquis avec l'expérience de la vie. Et ce n'est pas fini, ça commence seulement.
J'ai dû faire des compromis, faire confiance, me débarrasser de certaines craintes, accepter certaines situations, changer de rythme de vie quelque peu, respecter les autres et moi la première.
Tout ceci est à refaire chaque jour, à chaque instant, il faut avoir l'esprit ouvert, s'améliorer sans cesse, mais jamais perdre de vue que je suis une femme, pas parfaite mais pas pire que les autres
Mais tout ceci est en train de s'ajuster et je découvre une nouvelle façon de vivre ces mêmes choses en d'autres temps et de façon différente.
J'apprécie plus mon temps libre et mes moments intimes avec mes enfants et mon conjoint étant donnés qu'ils sont plus rares
Je vais tenter de donner quelques suggestions, ou plutôt des idées de l'aide que j'aurais aimé avoir en tant que mère de famille nombreuse et travailleuse:
La communication, c'est pas sorcier, sa demande du temps, de l'ouverture d'esprit et de coeur et surtout de ne pas " juger "...