Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 3, numéro 20, avril1991

Madame Johanne Blais
Présidente
Association des Mères Éducatrices.

Mères éducatrices

Une reconnaissance: mères à temps plein

J'aimerais d'abord mieux vous faire connaître l'Association des Mères Éducatrices du Québec. L'AME a été fondée en janvier 1988 et vise à:

Nos orientations ne sont pas opposées aux femmes ayant des enfants en bas âge qui décident librement d'intégrer le marché du travail. Au contraire, nous poussons plus loin la logique de la reconnaissance de la femme dans notre société. Notre mouvement, loin d'être rétrograde, en est un d'avant-garde. En effet, nous revendiquons la possibilité, pour la femme qui veut materner à temps plein ses enfants pendant un certain temps, de le faire et cela, en ne sacrifiant pas les acquis qu'elles ont faits depuis vingt ans.

Pour l'instant, le seul choix possible et équitable pour la femme qui a des enfants en bas âge est de réintégrer le marché du travail dès le congé de maternité terminé ou lorsque le congé sans solde prend fin (congé accordé à quelques privilégiées seulement). Sinon, elle se voit confinée aux mêmes conditions qu'avait la femme il y a vingt ans, c'est-à-dire, pauvreté, insécurité financière et non reconnaissance de son travail et de son apport à la société.

Présentement, on lui offre des compensations palliatives et on crée des politiques interventionnistes. Nous croyons qu'il faudrait se pencher sérieusement sur un projet de réforme sociale, politique et économique qui reconnaîtrait et considérerait la femme qui devient mère comme une nouvelle participante à la société avec une réalité de son quotidien différente d'avant. Il est donc devenu important de faciliter le séjour de la mère à la maison ainsi que son retour sur le marché du travail après une absence déterminée par celle-ci.

En encourageant la femme qui veut travailler à temps plein à l'intérieur du foyer, nous n'avons pas l'intention de la ramener au simple rôle de ménagère mais plutôt au rôle d'éducatrice à temps plein de ses propres enfants, et cela en reconnaissant son importance pour la santé et l'existence de la cellule familiale.

Afin d'atteindre une certaine reconnaissance pour les mères au foyer, l'Association des mères éducatrices (l'AME) a examiné quelques solutions...

Exemptions: impôt et entreprise familiale

Une des solutions étant des exemptions d'impôt pour frais de garde égales à celles qu'ont les parents qui paient effectivement des frais de garde. Après réflexions, nous avons pris conscience que ces exemptions ne favoriseraient aucunement les familles à faible revenu. La majorité des familles nombreuses n'ont qu'un seul revenu. Leur impôt à payer étant souvent insuffisant pour qu'une exemption supplémentaire ne soit nécessaire. Nous désirons des mesures qui soient justes pour tous. Une formule de crédit d'impôt serait favorable aux exemptions, compte tenu du revenu des parents.

Ensuite, nous avons étudié la possibilité de l'entreprise familiale. Formule ressemblant à ce que les femmes collaboratrices de leur mari ont obtenu. Le revenu unique de la famille deviendrait alors le revenu de l'entreprise familiale. Les deux conjoints pourraient s'imposer la moitié du revenu gagné. Cette méthode défavoriserait encore une fois les plus faibles revenus pour les mêmes raisons que plus haut. Un couple avec un seul revenu, qui ont deux ou trois enfants, ne recevrait guère davantage que maintenant.

Nous nous sommes finalement mises d'accord pour la solution que nous appelons: Allocation de garde

Allocation de garde

Il s'agit d'une allocation que recevraient tous les parents qui ont des enfants d'âge préscolaire, peu importe le rang dans la famille de celui-ci. Un montant par jour par enfant. Avec cette allocation les parents auraient vraiment le choix du type de garde qu'ils désirent pour leurs enfants. S'il s'agit de la garderie ou d'une gardienne à la maison, cette allocation servirait à couvrir une partie des frais. Les parents pourraient peut-être se payer une meilleure qualité de garde, car les familles à faible revenu n'ont pas tellement le choix en ce qui concerne la garde de leurs enfants. Ce n'est pas tous les parents qui peuvent se payer une gardienne expérimentée ou une garderie de qualité.

Cette allocation pourrait être payée en récupérant l'argent déjà investi pour la famille (comme les allocations familiales, les "bébés-bonis" ainsi que les exemptions pour frais de garde), mais le projet ne semble pas faire l'unanimité.

Le Parti libéral du Québec a adopté deux résolutions qui vont dans ce sens, lors de leur Conseil général tenu le 3 et 4 juin 1989.

Résolution 46 qui dit:

" ..qu'un Gouvernement libéral facilite le choix des parents concernant la forme de leur carrière, en assurant une meilleure adaptation du monde du travail, aux responsabilités parentales, en développant les services de garde, et en reconnaissant le travail des parents qui se consacrent à l'éducation de leurs enfants".

Ainsi que la Résolution 51

".. que dans l'optique de rendre raide de l'État aussi neutre que possible en regard des choix des parents en matière de garde d'enfants, un Gouvernement libéral reconnaisse le travail des parents qui se consacrent à temps plein à l'éducation de leurs enfants de 3e rang et plus, en poursuivant l'objectif de leur accorder, pendant le période préscolaire, un soutien financier équivalent à celui qu'il consacre aux parents qui placent leurs enfants à la garderie".

En conclusion

Nous avons vu une volonté de la part du Parti libéral, de faire quelque chose de concret pour les mères au foyer. Nous n'avons malheureusement pas retrouvé ces résolutions dans le plan d'action en matière de politique familiale de "Familles en Tête 1989-1991 ".

Afin que ces résolutions soient reconnues dans le prochain plan d'action, celui de 1992-1994, présentement, nous travaillons à mettre sur pied une coalition pour que l'allocation de garde devienne réalité.

Nous avons deux groupes importants qui ont décidé de nous appuyer. Cette coalition représentera un bon nombre de personnes. Nous espérons obtenir la Reconnaissance de la mère au foyer. Car en donnant l'équivalent à la mère travaillant au foyer comme à la mère travaillant à l'extérieur, on reconnaît aux parents le droit de vivre selon leurs convictions profondes et de choisir leur façon d'éduquer leurs enfants.

 

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