![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 2, numéro 21, juin 1991 |
|
Éditorial
Richard Sarrasin, t.s
Le vice-président secrétaire
La constatation devient de plus en plus évidente: le sort de la famille québécoise avec dépendants est à se jouer. Des éditorialistes, des centres de recherches, des représentants d'organismes communautaires questionnent l'avenir de la famille avec dépendants.
En ces jours de récession et au lendemain du dépôt du dernier budget provincial porteur de nouvelles taxes ou de hausses de taxes existantes, comment les contribuables familiaux avec dépendants, déjà appauvris par le régime fiscal, pourront-ils faire face à l'accroissement de charges familiales assumées, les dernières années par l'État ? En effet, les politiques actuelles gouvernementales de maintien à domicile et de la "désinstitutionnalisation" illustrent, on ne peut mieux, ce transfert de responsabilités et de charges familiales de l'État aux familles et ce, sans compensation financière pour les foyers touchés.
Si les familles québécoises avec dépendants sont piégées, les organismes familiaux le sont également. Ainsi, bien que le projet de réforme de la Santé et des Services sociaux entende, dans son libellé actuel, reconnaître les organismes communautaires et leur donner le droit de ''définir librement ses orientations, ses politiques, ses approches" (Projet de loi 120, art. 254-255), il n'en reste pas moins que la situation financière de ces organismes demeure des plus précaire. Encouragés pourtant par la recommandation 14 du plan d'action "Familles en tête" déposé en septembre 1989, recommandation préconisant l'augmentation du soutien financier aux organismes familiaux, les responsables de ces derniers organismes se demandent toujours comment le Secrétariat à la famille a pu, dans son bilan de réalisation de ce plan, bilan déposé en avril dernier, parler de la recommandation 14 comme étant en voie de réalisation ? Depuis septembre 89 peut-on parler sérieusement d'amélioration dans la situation financière des organismes familiaux ? Aucun protocole gouvernemental d'entente ou de reconnaissance des organismes n'a été reconnu publiquement, aucune permanence n'est assurée dans le versement des subventions ?
L'État a-t-il à se targuer de verser en 90-91, par le truchement de son programme de soutien aux organismes communautaires, la somme de 51 millions ... dont la prodigue subvention de 1,596,500 $ aux organismes familiaux, (ce qui représente environ 3.3 % de l'ensemble des subventions) !
Aussi, conscients des difficultés vécues par les organisations familiales, difficultés mettant en cause leur survie, quatre regroupements d'organismes familiaux (COFAQ, FUF, FAFMQ, RIOPFQ) ont-ils invités, le 12 juin dernier, tous les organismes familiaux subventionnés par le SOC du MSSS, à se réunir pour connaître leur opinion sur l'avis déposé par le Conseil de la famille concernant le financement des organismes familiaux. L'étude de cet avis dont les conclusions, sont dans l'ensemble, acceptées par les organismes présents à cette rencontre, a donné lieu à une prise de position commune à l'effet de réclamer de l'État québécois un meilleur cadre de financement pour les organismes familiaux et l'allocation pour eux d'un budget global annuel de 5 millions au lieu du 1.5 million alloué actuellement. Au moment d'écrire ces lignes, la proposition commune à faire parvenir à l'État est à s'élaborer.
Dans l'un de ses livres, Familles du monde, Hélène Tremblay parle de la vie familiale comme la seule expérience commune à tous les humains. "À cause de cela, dit-elle, on est tous plutôt curieux de voir comment, ailleurs, se nouent les rapports, comment s'entretiennent ou s'érodent les valeurs, les coutumes, les cultures, comment, partout, on fait ce qu'on peut pour entretenir la vie et améliorer celle de ses enfants."
Sur la terre québécoise, les organismes familiaux constituent un moyen privilégié pour établir le constat du vécu de la vie familiale. Serait-ce possible que la voix des familles québécoises s'éteigne et que les familles elles-mêmes démissionnent ? L'alerte rouge sonne, familles et organismes familiaux sont en péril.