Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 2, numéro 21, juin 1991

La politique familiale et l'éducation,

une porte d'entrée de l'intégration interculturelle

Dans le cadre de la semaine interculturelle qui a eu lieu à Montréal en avril dernier, une table ronde s'est tenue à nos bureaux. Cette rencontre avait pour but de rassembler toutes les personnes intéressées à se pencher et à réfléchir sur le phénomène du décrochage scolaire. Comment ce problème est-il vécu à l'intérieur des familles Immigrantes? Quelles sont nos responsabilités en tant qu'adultes, en tant que membres de la communauté d'accueil et en tant que société en général? Dans les pages qui suivront vous pourrez lire les communications de nos invités.

Monsieur Norman Riddell
Sous-ministre
Ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration

J'aimerais tout d'abord vous communiquer les salutations de ma ministre, madame Monique Gagnon-Tremblay, et du ministre délégué aux Communautés culturelles, monsieur Norman Cherry.

Je considère qu'il est très important, lorsqu'on parle d'immigration, de conserver au centre de nos préoccupations la problématique de la famille. Je crois, en effet, qu'il existe une certaine complémentarité entre les politiques familiales et les politiques d'immigration.

Une des raisons pour laquelle nous avons développé une politique d'immigration au Québec, c'est notre difficulté à remplacer notre population, même s'il est clair que l'immigration ne peut seule répondre à nos besoins démographiques. Notre objectif n'est pas de remplacer la population québécoise par une population d'immigrants, mais nous estimons qu'il y a de la place pour réunir une population d'accueil et une population composée de personnes qui se joignent à la société québécoise.

Le regroupement familial est une priorité

Le Canada et le Québec ont développé une politique migratoire à l'intérieur de laquelle la famille occupe une place importante. Nous favorisons donc l'immigration dite familiale. Par exemple, alors que pour la sélection de la plupart des immigrants nous imposons des critères précis, les candidats de la catégorie de la famille n'ont qu'à être l'enfant ou l'époux d'un résident permanent ou d'un citoyen canadien, ou un parent proche de cette personne pour être admis.

Le regroupement familial a toujours fait partie des priorités du Canada et du Québec pour deux raisons: d'abord, nous croyons que les familles ont le droit d'émigrer ensemble afin de se recréer ici; deuxièmement, la présence de membres de la famille de l'immigrant favorise l'adaptation de celui-ci et son intégration au sein de la société québécoise. L'émigration est un changement de condition important et on a tous besoin, pour traverser de telles périodes, d'être entourés de personnes qui nous permettent de temps en temps d'être nous mêmes et de nous retirer de la pression de changement. En outre, la présence de membres de la famille nous permet de nous retrouver à l'intérieur d'un petit noyau, dans une petite communauté où l'on se sent bien. Le soutien de la famille est donc très important durant cette phase d'adaptation. En plus de répondre à un besoin essentiel de l'être humain, le contact familial est également une valeur respectée dans notre société.

La famille et l'immigration se retrouvent également réunies lorsqu'il est question d'adoption internationale. Le désir d'avoir un enfant est une expression profonde chez les êtres. Certains couples ne peuvent avoir d'enfants, d'autres choisissent de ne pas en avoir. Toutefois, à un moment de leur vie, les couples peuvent ressentir le besoin d'accueillir des enfants. Nous n'avons pas ici beaucoup d'enfants à adopter, étant donné que nous pouvons plus facilement contrôler les naissances. Par contre, à l'étranger plusieurs pays ont des enfants qui attendent de trouver une famille.

L'adoption ne permettra pas de régler les problèmes de surpopulation et de pauvreté du Tiers-Monde, mais c'est un moyen qui permet certainement de faire du bien aux individus et aux enfants, tout en satisfaisant en même temps chez les couples un besoin important.

Familles et communautés culturelles ont un rôle à jouer

Comme je le mentionnais, la présence de la famille rend plus facile l'intégration des individus. Pour réussir cette démarche, il faut avoir la possibilité de se référer à ce qui est connu pour pouvoir avancer vers ce qui est nouveau. C'est pourquoi nous avons toujours favorisé un certain regroupement des communautés culturelles ici au Québec. Ces personnes au début ont besoin de trouver quelque chose de familier dans leur nouvelle société, un membre de la famille ou une personne issue de la même communauté, qui ont la même langue et des habitudes culturelles similaires. Familles et communautés culturelles ont un rôle à jouer dans l'intégration et nous devons, je crois, appuyer ces deux structures si on veut éventuellement obtenir que les immigrants qui arrivent ici puissent s'intégrer.

On peut faire cela comme gouvernement en favorisant l'adaptation des institutions québécoises aux besoins nouveaux de la clientèle immigrante. Il y a trois éléments que j'aimerais mentionner à cet égard. Le gouvernement a promis un fonds d'initiatives qui va fournir de l'argent aux institutions publiques et parapubliques, aux municipalités, aux autres institutions, pour les adapter, et les services qu'elles donnent, aux immigrants et aux familles des communautés culturelles.

Les programmes: Gestion de la différence et Accès à l'égalité

À titre d'exemple, le ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration a développé en coopération avec la Ville de Montréal un programme appelé "Gestion de la différence",. C'est un programme qui a pour objectif de sensibiliser les administrateurs de l'État, ceux qui sont en contact avec la clientèle immigrante, pour que les gens qui donnent les services connaissent les besoins de cette clientèle. Il faut reconnaître qu'une famille immigrante peut subir des pressions assez importantes, et qu'un organisme comme un CLSC par exemple, doit être particulièrement sensible aux besoins exprimés par cette famille. Il ne faut pas prendre pour acquis que parce que le personnel est présent que tout fonctionne normalement. Ce personnel subit une pression constante et les personnes qui traitent la clientèle ont besoin d'être conscientes qu'ils existe des besoins particuliers auxquels elle doivent répondre. Ces besoins ne sont là que temporairement et vont éventuellement disparaître, mais il faut pouvoir s'en occuper lorsqu'ils se manifestent.

Les programmes d'accès à l'égalité sont un autre outil de première importance mis en place par le gouvernement. Je crois qu'il est essentiel, si l'État veut offrir les services à tous les citoyens, y compris ceux issus des communautés culturelles, et si le gouvernement veut que tous les citoyens se sentent à l'aise, qu'on retrouve à l'intérieur des structures de l'État des représentants des communautés culturelles.

Nous procédons avec les programmes d'accès à l'égalité pour les communautés culturelles avec la même logique que ceux mis en place pour assurer l'accès à l'égalité en emploi pour les femmes. Dans le ministère que je représente, la représentation féminine est déjà très élevée, puisqu'elle atteint 60%, et 50% dans la haute direction. Le nombre de cadres féminins au MCCI est d'environ 35 à 40%. En ce sens, le MCCI présente une structure de participation féminine qui ressemble à celle de la composition de la population active québécoise.

Nous voulons donc poursuivre, avec les communautés culturelles, un objectif similaire à celui de la participation professionnelle des femmes. L'objectif du Ministère est d'augmenter la proportion des Québécois et des Québécoises des communautés culturelles à l'intérieur de nos institutions afin d'être en mesure d'offrir un meilleur service à la population. En outre, les Québécois des communautés culturelles se reconnaîtront mieux dans les services que l'on offre.

Les classes d'accueil

Question de m'attarder plus particulièrement au thème de l'atelier de ce matin, je suis tout à fait d'accord pour dire que l'éducation est la porte d'entrée de l'intégration interculturelle. Depuis déjà un bon moment, le gouvernement québécois fait un travail que je juge assez important au niveau des classes d'accueil pour l'intégration des enfants d'immigrants. En 1988-1989, il y avait 9 000 élèves dans ces classes. C'est un programme unique au Canada quant à sa durée et la clientèle qu'il rejoint. Les résultats sont positifs. Une recherche effectuée par le ministère de l'Éducation en 1987 indique qu'après quatre années, les élèves issus des communautés culturelles ont un cheminement scolaire comparable à ceux des enfants de la majorité.

Nous avons identifié dans d'autres recherches des problèmes en ce qui concerne la langue. Il concerne particulièrement les communautés d'arrivée récente et nous devons prévoir des ressources additionnelles pour aider ces enfants à réussir leur intégration à la société francophone.

L'ajout d'enseignants-ressources

En 1989, le Gouvernement a injecté huit millions de dollars additionnels pour le soutien linguistique des enfants des communautés culturelles à l'intérieur des commissions scolaires. En outre, il a proposé dans l'Énoncé de politique en matière d'immigration et d'intégration qui a été rendu public au mois de décembre, et qui a été discuté récemment en Commission parlementaire, l'ajout d'enseignants-ressources dans les écoles à haute densité ethnique. Ce sont des personnes qui ne sont pas dans les salles de cours, mais qui agissent à titre de ressources, pour les professeurs et les parents, afin de développer des programmes de rapprochement entre la majorité et les immigrants. De plus, ils peuvent aider les enfants et les parents à s'adapter à leur nouvelle réalité québécoise. C'est une initiative importante qui devrait avoir une place de choix à l'intérieur du Plan d'action de l'Énoncé de politique que nous dévoilerons en juin.

Le gouvernement entend également proposer dans le Plan d'action la réduction du nombre d'élèves dans les classes d'accueil. Les classes d'accueil, comme je vous l'ai mentionné plus tôt, sont un succès mais il y a lieu d'en améliorer le fonctionnement. Après avoir écouté les professeurs et les responsables de ces programmes de classe d'accueil, on a constaté qu'une formidable pression s'exerce sur ces professeurs. Il y a certainement lieu de réduire le nombre d'élèves par classe afin que les professeurs puissent consacrer plus de temps avec leurs élèves issus des communautés culturelles.

Nous nous intéressons aux enfants, mais pas uniquement à eux. Les enfants, en raison de l'obligation que leur fait la loi 101 de fréquenter l'école française, sont rapidement plongés dans un bain de français. Nous voulons donc accroître notre offre de service de cours de français aux parents afin qu'ils puissent eux aussi apprendre cette langue. Grâce à l'entente que le Québec a signé avec le gouvernement fédéral en matière d'immigration linguistique, culturelle et économique.

Le ministère double l'offre de services de cours de français pour les immigrants

L'arrangement financier conclu dans le cadre de cette entente permet au MCCI de doubler l'offre de service de cours de français pour les immigrants. Je considère que nous avons franchi ainsi un grand pas en avant, car nous avions habituellement une longue liste d'attente. Les gens devaient attendre de cinq à six mois avant d'obtenir une place pour un cours et souvent, lorsque c'était leur tour, ils travaillaient déjà et n'étaient plus disponibles pour suivre les cours. On devrait normalement, avec l'ajout de 100% de ressources supplémentaires pour les cours de français cette année, être en mesure de répondre à la demande dans les délais raisonnables.

Deux groupes de la société doivent recevoir une attention particulière à l'intérieur de nos programmes de français: les femmes et les analphabètes. Dans les sociétés d'où proviennent certains de nos immigrants, les femmes ne prennent pas normalement leur place sur le marché du travail. Elles demeurent à la maison et, à leur arrivée au Québec, elles ont tendance, du moins au début, à demeurer à la maison. Ceci peut contribuer à accentuer leur isolement. Il est alors très important de fournir aux femmes, même si elles ne sont pas encore sur le marché du travail, des cours de français afin qu'elles puissent communiquer avec leur nouvelle société. En outre, elles pourront aider les enfants dans leur apprentissage, puisque c'est encore souvent la femme qui épaule les enfants et les aide à faire leurs devoirs. De plus, en raison de la relation qui se développe entre la mère et l'école, c'est la mère qui enseigne aux enfants les valeurs de civisme de notre société. L'école est un formidable instrument de diffusion du fonctionnement de la démocratie au Québec auprès des immigrants. Alors pour que la femme participe activement au développement de la société, nous avons l'intention d'accroître l'accessibilité des femmes aux programmes que nous offrons.

Un certain nombre d'immigrants, c'est souvent le cas des réfugiés qui n'ont pas reçu une éducation normale dans leurs pays, ne sont pas capables de lire dans leur langue d'origine. Ils doivent donc bénéficier de mesures de rattrapage et jouir de cours adaptés à leurs besoins, comme, par exemple, de séjours plus longs dans les institutions d'enseignement. Nous préparons actuellement des projets-pilotes afin d'adapter nos services à leurs besoins.

Nous voulons donc développer nos programmes afin d'aider les immigrants qui peuvent vivre des problèmes d'adaptation. L'immigration québécoise est de plus en plus diversifiée et même ceux qui ont une connaissance du français peuvent vivre des difficultés à s'intégrer dans leur nouvelle société. Afin de mieux encadrer la sélection des immigrants, nous avons développé une procédure plus exigeante à l'étranger. Nous exigeons que le conjoint du requérant principal soit présent à l'entrevue de sélection. De cette façon, particulièrement dans les pays où la femme ne jouit pas du même statut que les femmes québécoises, nous en profitons pour expliquer aux membres du couple que les femmes d'ici ont des droits qui leurs sont reconnus. C'est le cas également pour les enfants.

Nos interventions prendront également d'autres voies. À l'automne, nous développerons dans nos COFI un cours d'orientation pour les immigrants francophones qui considèrent avoir besoin de formation supplémentaire pour s'intégrer au marché du travail. Nous leur expliquerons comment chercher un emploi au Québec, comment préparer un curriculum vitae, comment faire les démarches. Ce sera un cours d'une semaine, mais très concentré. C'est, à mon avis, une mesure qui permettra aux familles de mieux s'adapter.

Je vous remercie de votre attention. J'ai accepté cette invitation avec plaisir, sachant que j'aurais ainsi la chance d'en apprendre davantage à votre sujet.

 

Retour à la table des matières

Retour à la liste des activités