Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 3, numéro 23, décembre 1991

Monsieur Claude Fortin
Association nationale des téléspectateurs

Famille et télévision

But de l'atelier:

Cerner les préoccupations et les questions des familles concernant la télévision et son impact pour élaborer des ateliers d'éducation sur ces questions.

Place, utilité et temps consacré à la télé dans la famille

Au début de l'atelier, nous avons discuté de la place, de l'utilité et du temps qu'on consacre à la télé.

La plupart des participants, étant des personnes assez occupées, affirment écouter peu la télé. Elles écoutent surtout des films pour se détendre, et les bulletins d'information. Si elles ne se considèrent pas personnellement comme des esclaves de la télé, la télé prend quand même beaucoup de place et de temps dans le foyer familial. Chaque membre de la famille a ses programmes qu'il affectionne, ce qui fait que la télé est souvent allumée. C'est un divertissement tellement économique comparé aux autres activités de loisirs qu'il est difficile de le restreindre aux enfants.

Qualité de la vie familiale

Une participante souligne que la qualité de la vie familiale est tellement différente lorsqu'ils vont à la campagne. Parce qu'il n'y a pas de télé, ils se parlent plus souvent et ils ont plus d'activités ensemble, ce qui n'est presque pas le cas en ville. La télé est à la fois un frein à la participation aux activités familiales, mais elle est aussi, paradoxalement, ce qui retient les enfants à la maison, ce qui rassure les parents.

Pression sociale

Il y a aussi une pression sociale à suivre certaines émissions, pression souvent exprimée par les enfants, et qui culpabilise parfois les parents qui voudraient sélectionner l'écoute télé de leurs enfants. Ce contrôle de l'écoute télé des enfants semble nécessaire surtout à cause des programmes violents qui sont presque devenus une catégorie officielle dans les programmations. On fait vite l'association entre l'agitation des enfants et leur identification aux héros de la télé. Si ces programmes violents préoccupent beaucoup les parents, à cause de l'influence néfaste qu'ils ont, c'est aussi parce qu'ils ne sont que des calories vides, qui n'apportent rien de constructif, mais les parents ne savent pas comment exercer ce contrôle. Ils sont fatigués de faire la police, et ils considèrent que ce sont les télédiffuseurs qui les obligent à prendre ce rôle.

Connaissance du contenu des émissions

Les parents sont souvent trop occupés pour connaître les émissions que leurs enfants écoutent, ils ne sont donc pas aptes à en discuter. Les contenus télé étant peu discutés en famille, le contrôle est donc souvent mal interprété par les enfants. Il est donc important de prendre le temps de regarder les émissions que les enfants aiment et de prendre le temps d'en parler avec eux. Des discussions pour relativiser les héros, pour rire d'eux, pour faire la part du vrai et du faux, de ce qu'on voit et ne voit pas, et ceci peut être fait de manière informelle.

Nous avons aussi noté que le temps entre l'école et le retour des parents, entre 4 et 6 heures, est un temps où les enfants n'ont souvent que la télé. Il serait nécessaire de remplir ce "trou" par des activités para-scolaires et communautaires plus constructives et en présence d'adulte pour mieux occuper les enfants.

Image de la famille dans les programmes

Nous avons aussi discuté de la place de la famille dans les programmes. On constate que la famille y est peu présente et lorsqu'elle y est représentée, elle a un statut économique élevé, peu d'enfants (presque toujours tannants), et beaucoup de conflits, surtout au niveau du couple. Ce portrait de la famille est, de l'avis de tous, un peu chargé et pas représentatif de l'ensemble des familles. C'est pourtant le modèle qui est diffusé et c'est l'image que les enfants ont de la famille et des parents. Les modèles de famille sont donc restreints. L'image du père y est souvent celle d'un homme irresponsable, dépassé par les événements et agressif. L'image de la mère est celle d'une super femme qui doit tout faire mais qui n'en peut plus. Les parents sont souvent vus comme des ignorants et des "empêcheurs de tourner en rond" (dans les vidéo-clips). Bref, les parents ne sont pas de bons héros. La compétition avec les autres héros n'est même plus possible; l'identification des enfants aux valeurs de leurs parents n'est donc pas facilité.

Autre source d'identification pour les enfants: les jeunes adultes. Le portrait qu'en font les médias : ils ont l'air mal pris, plein de problèmes, avec peu d'avenir et s'ils s'en sortent, ils ont l'air niaiseux. Encore là, les modèles offerts à la télé ne sont pas très inspirants pour les enfants.

Ces modèles restreints, de parents, d'enfants et de jeunes adultes, deviennent une espèce de normalité à force d'être les seuls offerts.

Conclusion

La télé dans le contexte familial est un vaste sujet à explorer. Chaque membre de la famille regarde des programmes différents et pour diverses raisons, ses choix se font en général avec une certaine liberté, peut-être plus que pour les autres types d'activités. Les parents ont peut-être tendance à se questionner sur l'usage que font les enfants de la télé. Les parents ont aussi développé, avec la télé, des habitudes qui sont devenues des besoins légitimes à bien des égards.

Il faut donc se pencher autant sur l'éventail des besoins télévisuels qui se sont développés pour chacun des membres de la famille, que sur les manières de "bien se nourrir" avec ce qu'offre la télé, sans en devenir dépendant.

Parce que les parents semblent avoir beaucoup de reproches envers les télédiffuseurs, il faudrait aussi se pencher sur des arguments constructifs à faire valoir auprès de ces derniers pour dépasser la simple plainte et pour faire en sorte que la télé soit plus représentative des populations qui la reçoivent.

 

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