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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 3, numéro 24, mars 1992 |
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Madame Diane Bérubé
Directrice
Mouvement S.E.M
La prévention des abus et de la négligence envers les enfants
Merci au Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec pour l'invitation à commenter le rapport du Groupe de travail pour les jeunes, un Québec fou de ses enfants. Ce rapport est excellent, il cerne très bien la situation des enfants et des jeunes du Québec. La lecture de toutes ces informations regroupées m'a bouleversée. Toutefois, il est intéressant d'y voir les nombreuses recommandations comme pistes de solutions.
Ce rapport est facile à lire, sa présentation aérée le rend accessible à un public varié; ce rapport ne "traînera pas sur les tablettes", il sera lu. Par exemple, à Saint-Jean, sur l'initiative du directeur de Travaux Communautaires, nous lançons une invitation à des citoyens et membres de groupes communautaires qui étudieront le rapport afin de proposer la mise en place, pour noire localité, d'une ou des solutions. C'est donc dire, que le rapport n'est pas un "cri dans le désert" mais plutôt un "cri dans l'océan" et ca crée des vagues. Le rapport suscite de l'intérêt et des réactions face aux problèmes des enfants.
Notre organisme travaille à la prévention des abus et de la négligence faits envers les enfants. Le rapport rejoint les aspirations de noire organisme, c'est-à-dire, il priorise l'enfant et sa famille. C'est bien de se le rappeler. Dans ce document il est question de prévention précoce, de concertation et de la reconnaissance du travail des groupes communautaires.
Considérant le temps alloué, je m'attarderai surtout aux recommandations qui nous touchent de plus près.
La deuxième recommandation vise à "mettre sur pied des services d'accompagnement et de soutien parental durant la période s'étendant de la grossesse au vingt-quatrième mois suivant la grossesse (page 79). Il est souligné de reconnaître la compétence des parents ou de leur donner l'occasion d'acquérir des compétences. Cette idée de prévention précoce et de miser su le potentiel des gens nous rejoint beaucoup.
La sixième recommandation, d'implanter et d'évaluer des programmes de prévention des abus sexuels est intéressante, (page 118). Pour vous donner un exemple de concertation, le CLSC Vallée-des-Forts et SEM ont depuis 1987 travaillé ensemble afin d'implanter dans deux commissions scolaires un programme de prévention des abus sexuels. C'est donc dire que c'est possible la concertation.
Il est fait mention dans la treizième recommandation d'établir des programmes de sensibilisation aux effets des abus de langage envers les enfants. Bien que pouvant faire l'objet de signalement dans la loi de la protection de la jeunesse, ce type d'abus est souvent difficile à prouver. Le rapport souligne "cette souffrance silencieuse et son impact chez les enfants et surtout de la nécessité de le reconnaître.
Concernant les difficultés des 12-17 ans, l'action 8,7 (page 136), préconise des cours de sexualité globale et de parentalité dans le cours de formation personnelle et sociale. On discute des problèmes reliés à la grossesse chez les adolescentes, du risque de la maltraitance. Sur ce, j'aimerais parler du tabou de l'adoption dans la société. On juge encore les mères qui désirent confier leur enfant à l'adoption, n'est-ce pas plutôt un geste d'amour de le faire ? Il y aurait lieu en tant que société de se questionner à ce sujet.
Afin de promouvoir la prévention, l'action quatorze (page 159), préconise "la création d'une caisse québécoise d'aide à l'enfance et à la jeunesse consacrée à la prévention des mauvais traitements... ". Une recommandation concrète pour assurer le financement adéquat de la prévention.
On préconise la concertation. mais quels mécanismes seront en place pour favoriser la concertation. Parfois, le patron demande aux intervenantes de se concerter, mais la concertation ne doit-elle pas être le souhait des individus et non une imposition ? Je suggère de la formation à cet effet. Quelles sont les conditions favorables au succès ? Par exemple, viser le même objectif, c'est-à-dire le mieux être des familles; ne pas défendre nos intérêts personnels ou celui de notre organisme; le respect des différences; connaître les limites organisationnelles des autres (son contexte de travail), etc. Il faut travailler avec les individus qui adoptent cette philosophie, autrement il est difficile de se concerter.
La première recommandation du rapport est de combattre la pauvreté, l'accent est mis sur cela, on parle de la "nécessité absolue de réduire la pauvreté". je suis en accord de façon générale avec ce principe pour l'ensemble des familles mais comme madame Ouellette l'a dit tantôt, autant ce n'est pas le fait d'être monoparentale que tu maltraite ton enfant, j'ajoute que ce n'est pas le fait d'être pauvre que tu maltraites ton enfant. Le rapport fait mention d'une multitude d'autres facteurs de risques personnels, risques familiaux (antécédents de vécu de violence).
Toutefois, cette première recommandation devrait être en deuxième positon après les services d'accompagnement et de soutien aux parents. En effet, ici je fais référence à notre expérience de deux ans d'intervention auprès des familles identifiées négligentes par les professionnels du réseau. Ce travail se situe dans le cadre d'une recherche-action financée par Santé et Bien-être social Canada. À notre projet, la grande majorité des familles vivent de l'aide sociale. Par ailleurs, il n'est pas assuré qu'une famille au revenu annuel de 75000.$ ne puisse pas être accusée de négligence affective.
Ce n'est pas qu'un problème économique, c'est surtout relié à des problèmes des individus. Notre intervention auprès de ces familles mettent exactement en pratique les éléments de réussite décrits dans le rapport (pages 58-63). Il s'agit d'établir des liens de confiance avec les parents (nos intervenantes deviennent les confidentes des parents), d'assurer une continuité (nous avons la même équipe d'intervenantes depuis le début, décembre 1989), une intensité (les intervenantes sont présentes une par semaine, pour un minimum de trois à cinq heures), une gestion de soutien et de formation à l'action. Il y a un cadre de travail permettant à tous les jours le soutien nécessaire aux intervenantes; une attitude de la part des intervenantes de respect des personnes, de leur culture et surtout de croire au potentiel des parents; la formation est continue; nous avons recours une journée par semaine à un professionnel en travail social qui soutient l'intervention; nous nous concertons avec les institutions référentes ( CSS., CLSC., CH., pédopsychiâtrie) et Commission scolaire (service en psychologie); pour ce projet-pilote nous avons le financement nécessaire qui permet aussi de l'évaluer. Notre intervention est basée sur le rapport affectif, informatif, "c'est un échange" disent les intervenantes; "les familles leur apportent beaucoup aussi".
En terminant, j'aimerais reprendre l'exemple de Patrick, cité par madame Ouellette: sa mère lui reproche ''de la faire mourir d'inquiétude" n'est-ce pas plutôt un abus psychologique et non simplement un problème d'ordre économique ? "Les mots qui tuent" prennent ici toute leur signification.