Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 3, numéro 25, mai1992

Monsieur Jean-Guy Bruno
Psychologue, Centre d'accueil
Vert-pré d'Huberdeau

On a besoin de nos aînés

Je m'adresse à vous tous qui avez été des créateurs. Vous rendez-vous compte que vous avez changé le cours de l'histoire. Oui, si vous n'aviez pas été là... l'histoire de votre région n'aurait pas été la même : la naissance de vos enfants a changé et change encore ... Vos réalisations dans les différents domaines : construction, agriculture, affaires sociales, politiques, sports.

Vous savez tous que les problèmes de la jeunesse vont croissant ... et ceci n'est pas propre au Québec, mais se voit dans tous les pays : difficulté à trouver de l'emploi, décrochage scolaire, marginalité des enfants des rues de plus en plus nombreux, suicide en hausse...

Les familles sont en difficulté, inquiètes de ne pas joindre les deux bouts pour payer l'endettement. Il y a de moins en moins de temps pour vivre avec les jeunes, pour parler avec eux.

Par contre, on a des aînés(es), qui comme vous sont mis trop tôt à la retraite, qui ont beaucoup d'habiletés non utilisées.

De plus, ces aînés veulent aider leurs petits-enfants mais ils réalisent que leurs jeunes sont pris dans l'ensemble de la situation actuelle des jeunes . Qu'ils ne pourront s'en sortir d'une façon isolée.

Le point de vue des jeunes :

Je rencontre beaucoup de jeunes et je sais que pour beaucoup d'entre-eux les grands-parents sont des personnes importantes.

Rencontre avec quinze (15) jeunes :

Les jeunes sont désireux de contacts avec les personnes âgées : il faut prendre le temps de se connaître ... de laisser tomber les préjugés ... et essayer de comprendre les jeunes. Laisser tomber les mauvaises expériences vécues avec d'autres jeunes et apprendre à nous connaître nous. On sait que parfois, ils ont peur de nous mais on s'aperçoit que lorsqu'on se connait les choses changent. Alors, on constate que l'on s'attache beaucoup plus rapidement aux personnes âgées. Et les liens que l'on bâtit avec eux sont très forts.

"Ils nous ressemblent car ils sont souvent seuls. Mais eux, c'est plus à la fin de leur vie, tandis que nous on vit la solitude quand on est jeune.

Dans leur temps, la famille était importante. On se soutenait à cette époque. Aussi, ils n'avaient pas besoin de se tenir en gang. Nous, dans nos familles on est que deux ou trois et si l'on ne s'entend pas avec notre soeur, on ne peut pas aller voir l'autre, on est fait... Faut aller en dehors de la famille pour trouver à qui parler.

C'est surprenant de voir comment ils arrivent à s'émerveiller des petites choses de la vie. Ils sont capables de transmettre la joie de vivre. Chez les jeunes d'aujourd'hui, le suicide est courant... Peut-être qu'ils pourraient nous montrer comment aimer la vie ?

Dans nos rencontres, on a remarqué qu'ils faisaient contact facilement alors que nous on est plutôt craintifs.

D'un autre côté, c'est très différent. Eux ils aimaient le travail, ils se levaient très tôt, ils ne lâchaient pas. Nous, on veut les choses tout de suite et on veut toujours plus. On laisse traîner et on remet à demain... Ils pourraient nous apprendre le goût du travail, du futur.

Eux ils sont plus logiques que nous. Nous, on ne pense pas toujours avant d'agir.

Si les aînés étaient au pouvoir ils feraient les choses de façon différente, ils ont du pouvoir.

Ils pourraient être un soutien et une communication qui nous manque. Ils ne disent pas comme nos parents : "faut pas que tu fasses ceci ou cela.." ¨ils approfondissent. Ils disent simplement leur expérience, ce qu'ils ont vécu.

La sexualité a beaucoup changé. On ne voudrait pas revenir dans leur temps. Ils étaient pas informés. Mais on se demande comment ils faisaient pour se respecter comme ça. Ils prenaient le temps de se connaître avant... Nous, après une semaine ou deux on est dans le même lit...

Faudrait faire des rencontres dans chaque ville. Faire de nouveaux projets avec eux : repas, activités internes, sportives. Ils ont l'expérience de la vie. On apprend beaucoup avec eux. Il est intéressant de mettre leur vécu à côté du nôtre.

"On a besoin d'eux dans les années qui viennent".

 

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