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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 3, numéro 25, mai 1992 |
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Madame Madeleine Carle
Conseillère en milieu de vie
Résidence Yvon Brunet
Une résidence bien spéciale
Dans ce langage courant quand on parle des personnes âgées ou des aînés, on parle des personnes de l'âge d'or, c'est-à-dire de personnes en pleine force de leur âge; de personnes capables de penser et d'agir dans une société qui accepte leur expérience et en profite.
Cependant, aujourd'hui, mon propos ira au-delà des liens entre jeunesse et vieillesse tels que vus par les panelistes pour toucher une autre catégorie de personnes âgées. Celle qu'on nomme rarement. Celle, qui ne peut aller vers les autres, mais vers qui la société se doit d'aller pour lui permettre de vivre jusqu'au bout de son âge. Je parle de la très grande vieillesse. Celle des centres d'accueil où si, on n'y prend garde, les vieillards sont isolés loin de toute vie normale. Pourtant que de leçons nous pouvons recevoir d'eux si on va vers eux.
Depuis son ouverture, il y a presque dix ans, la Résidence Yvon Brunet a proposé a ses résidents un environnement le plus conforme possible à celui de la société dans laquelle ils ont toujours vécu : la société québécoise. La Résidence est l'antithèse d'un milieu hospitalier blanc, aseptisé, médicalisé où l'on va quand on est malade. Les résidents d'Yvon Brunet vont à l'hôpital comme tout citoyen quand ils sont malades. Puis ils reviennent "chez eux" où on les considère comme des citoyens à part entière. À Yvon Brunet, les résidents ne sont pas malades, ils sont vieux. Ils peuvent être vieux et malades mais d'abord ils sont très âgés et ont besoin d'aide pour vivre.
Offrir un milieu de vie le plus conforme possible à la société québécoise ça a d'abord voulu dire : considérer le résident comme un citoyen ordinaire pas plus, ni moins. Avec ses valeurs, quelles qu'elles soient, avec son mode de vie, avec ses habitudes, etc. Une charte des droits et libertés des personnes âgées à Yvon Brunet garantie à ses résidents qu'ils sont encore "maîtres chez eux" Et évidemment un des grands droits de la société, c'est celui de pouvoir côtoyer des gens de tous les âges. Il en est ainsi à Yvon Brunet et sa micro-société.
Yvon Brunet a été conçue pour que les personnes âgées se sentent chez elles. Libres de faire ce qu'elles veulent, quand elles le veulent et avec qui elles le veulent. Elles sont chez elles, le décor en est le témoin. Ainsi, gàYvon Brunet, chaque espace reproduit la "maison privée". Le climat est donc familial. Les personnes âgées vivent seules (ou selon leur désir) dans des chambres qu'elles décorent à leur goût, comme elles le faisaient chez elles. Trente personnes vivent dans une unité de vie. Trente décors différents ! La Résidence comprend six unités de trente personnes chacune. Six unités décorées différemment, il va sans dire.
À Yvon Brunet, vous vous promènerez donc d'une unité à l'autre comme vous le feriez dans une rue de votre quartier. Chaque maison étant différente des autres.
L'entrée principale de la Résidence reproduit aussi un climat familial avec son papier peint à fleurs, ses fauteuils confortables, sa table où on peut jouer aux cartes, son foyer et son horloge grand-père.
Si vous venez a Yvon Brunet, vous verrez une immense salle à manger
chaleureuse et haute en couleur. Toujours habitée, puisque les personnes âgées ont droit d'y venir ou d'y recevoir des visiteurs nuit et jour. Vous pourrez vous promener sur la "rue Principale", et vous reconnaîtrez l'atmosphère d'une rue commerciale de votre quartier avec ses affiches, ses néons, ses façades colorées, etc. Vous pourrez vous attabler au café-terrasse situé au centre de la rue. Tout à côté, vous apercevrez un bureau de poste ancien où chaque résident a son casier. Si vous êtes un homme, vous pourrez prendre un verre à la taverne. Une garderie avec ses tout-petits a aussi pignon sur la rue principale.
La Caisse populaire offre le même service que n'importe quelle Caisse populaire au Québec. La serre attire l'oeil avec ses plantes vertes qui poussent en beauté. La vitrine de la boutique de vêtements offre les dernières nouveautés. À l'autre bout de la rue, vous trouverez une cuisine ancienne et une boulangerie où il se fait du bon pain.
Les commerces de la rue principale à Yvon Brunet sont ouverts aux gens du quartier...
Je peux ici décrire les lieux, les décors mais ce qui est plus difficile, c'est de décrire la vie. Partout il y a des gens : personnes âgées, gens du quartier, enfants de la garderie qui jasent, font des activités, s'assoient au café, se promènent sur la rue Principale ou dans les unités.
Tout visiteur entrant à Yvon Brunet se dit surpris par la vie qu'il y trouve. Par les nombreuses allées et venues dans les unités et sur la rue Principale, Yvon Brunet n'est pas un ghetto même si ses personnes ne sont plus capables de se déplacer vers I'extérieur car l'intérieur a été conçu pour y accueillir le monde entier comme dans la vraie vie !