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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 4, numéro 28, décembre 1992 |
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Monsieur Claude Champagne
"La Presse" le 19 juillet 1992
Le Regroupement considérant l'immense intérêt que soulève la question de la violence véhiculée dans les films, reproduit ci-après, la quasi-totalité d'un texte écrit par monsieur Claude Champagne, et paru dans "La Presse" le 19 juillet 1992.
On peut toujours nier l'influence néfaste de la violence présentée au petit comme au grand écran en lui conférant un pouvoir "catharsis", cette espèce de libération de la violence refoulée au fond de chacun de nous. Même contesté après 35 ans de recherche sur les effets de la télévision, cet argument sécurise sans doute beaucoup de parents et ... surtout les producteurs hollywoodiens (ou autres) avides de recettes faciles.
Alors que les enfants d'aujourd'hui passent bien plus de temps à regarder la télé, à visionner des films et des vidéos, à jouer au Nitendo qu'à vaquer à d'autres activités, l'industrie du cinéma, de la télévision et des jeux électroniques offre en quantité phénoménale des productions violentes. Pensons seulement aux cassettes disponibles sur les rayons des clubs vidéo. Vous y trouverez aisément dix cassettes d'un "Freddy", d'un "Robocop" et d'un "Terminator" pour deux exemplaires d'un conte des "Contes pour tous" de Rock Demers, par exemple. Rappelons également que l'Office des communications sociales qui publie le recueil "Films à l'écran" et produit les fiches-résumés des films dans les téléhoraires, constatait en décembre 1990, que plus d'un film sur quatre faisait l'objet d'indications sur la présence de scènes de violence. Dix ans auparavant, seul un film sur dix faisait l'objet d'une telle mention.
Le plus troublant dans tout cela c'est qu'il est de plus en plus difficile d'éviter et de résister à tout ce battage publicitaire qui entoure la sortie de tels films, en partant des produits dérivés (figurines, chandails, verres offerts dans la chaîne des McDonald's) en passant par les annonces télévisées et les pages culturelles des grands journaux.
Les héros jouent sans doute un rôle important dans l'imaginaire des enfants. Mais quand c'est d'Hollywood ou d'ailleurs que l'on nous bombarde sans cesse de tels héros stéréotypés, simples et brutes, on peut bien se demander ce qu'il leur reste à imaginer. Qui est plus instructif ou dictateur ? Qui fait le plus insulte à l'intelligence des enfants ? Cette industrie ou les parents inquiets d'une certaine désensibilisation face à cette violence ?
Entendons-nous bien. Il ne s'agit pas d'hyper-protéger les enfants dans de la "ouate" en escamotant de l'écran la violence réelle qui fait partie intégrante du quotidien (guerres, inceste, violence conjugale, effets dévastateurs de la drogue, oppression des peuples et racisme).
Il faut plutôt, à notre humble avis, se demander : pourquoi n'y a-t-il pas plus d'autres ingrédients aux menus télévisuel et cinématographique ? Comment être certains, dans un tel contexte, que les enfants sont en mesure de dissocier la réalité de la fiction ?
Que voulez-vous ? Ce n'est pas en visionnant depuis leur tendre enfance des milliers d'heures d'explosions, de meurtres et de bain de sang, de têtes et de bras arrachés, de corps et de cerveaux perforés sous les tirs nourris d'armes de plus en plus lourdes et sophistiquées, mettant aux prises des truands dégoûtants et pervers, que nos jeunes cinéphiles vont s'émouvoir avec les contes de Perrault et de Grimm.
À force de voir et de banaliser de tels actes d'une rare violence, cela ne nous prend-il pas de plus en plus pour nous émouvoir et nous indigner ? Face à de telles scènes, les enfants ne se plaisent-ils pas à clamer couramment :"voyons, y a rien là!" devant des yeux d'adultes effarouchés qui n'en avaient pas autant vu dans leur enfance télévisuelle ? Cette désensibilisation est d'autant plus inquiétante quand nous observons une certaine passivité et notre total indifférence face aux famines dans le monde qui nous sont présentées régulièrement au téléjournal . Durant la guerre du Golfe "Nitendo ou chirurgicale" simulée au petit écran, n'étions-nous pas devenus des téléspectateurs anesthésiés, au point de croire que la guerre est un jeu de boutons qui ne fait plus de victimes ?
Les enfants ont certes besoin de jouer librement. Mais, on ne doit pas oublier qu'ils ont surtout besoin de balises et de guides, même s'ils sauront bien discerner la réalité de la fiction en grandissant en âge et en expérience tout en étant entourés d'amour. Ils sauront juger et agir devant la violence si on leur démontre d'autres façons d'y faire face et s'ils ne sont pas seulement inondés de produits industriels de masse, de plus en plus de mauvais goût par leur étalage de violence gratuite.
Il sera toujours possible de répondre : "éteignez la télé et envoyez vos enfants jouer dehors". Et voilà, tout le monde est content. La solution est bien simple, fallait y songer!
Ce que nous désirons démontrer ici c'est que la pression sociale est déjà assez grande pour tous les parents (entre le travail ou les études, le sommeil, les responsabilités sociales et les loisirs), pour accompagner les enfants, discuter avec eux, les inviter à faire des choix et à faire preuve de discernement, sans que des professionnels et des intellectuels viennent pointer du doigt ceux qui s'inquiètent, à juste titre, de cette banalisation et de cette montée de violence dans les films.
Nous lançons ce cri du coeur pour nous sentir davantage soutenus dans l'éducation de nos enfants. Nous ne pouvions passer sous silence la contradiction profonde qui prévaut entre les valeurs que nous prônons dans notre famille et celles vénérées et valorisées par l'industrie du cinéma et de la télé. Nous invitons plutôt les "défenseurs" de Batman à se faire les promoteurs d'une industrie culturelle qui nous soit propre et ne succombe pas à de telles recettes faciles. De surcroît, notre imaginaire collectif s'épanouira sans doute davantage avec d'autres valeurs de paix, d'entraide, de justice et de plus grande solidarité.