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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 4, numéro 28, décembre 1992 |
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Monsieur Claude Champagne
Secteur des communications
Centre Saint-Pierre
Les mesures de promotion de comportements pacifiques, prévues au chapitre 1 du 2e plan d'action en matière de politique familiale du gouvernement du Québec, sont peu nombreuses et timides. Quelques bons voeux, l'organisation d'un colloque international et d'un sympo-sium : cela ne fait pas grand-chose à se mettre sous la dent. En quoi les parents vont-ils pouvoir se sentir plus soutenus dans leur rôle d'éducateur, une fois ces événements terminés ?
En se référant au débat actuel qui a cours autour de la violence véhiculée au petit écran, et à la pétition de Virginie Larivière en particulier, je lance un cri du coeur à titre de parent. Les familles ont-elles un mot à dire face à la télé qui nous présente un menu comportant de plus en plus de scènes de violence ? Nos préoccupations légitimes peuvent-elles être entendues sans que l'on nous étiquette de "politically correct", sans que l'on nous juge comme des "capotés", des frileux" qui jouent aux censeurs et s'opposent à la liberté d'expression?
Tout en nous mettant en garde de faire de la télévision un bouc émissaire facile pour tous les maux provoqués par la violence réelle et présente dans notre société, j'invite les télédiffuseurs et l'État à prendre aussi leurs responsabilités. Combattre la violence réelle et culturelle; c'est une responsabilité sociale à partager qui n'incombe pas qu'aux parents à qui l'on suggère trop souvent et simplement de fermer le bouton du petit écran.
Le gouvernement québécois ne joue pas son rôle quand il coupe les vivres des organismes familiaux et communautaires en matière d'éducation populaire ou lorsqu'il diminue les subventions à des organismes comme l'Association nationale des téléspectateurs ou le Centre Saint-Pierre pour la tenue d'ateliers de formation et d'éveil critique face à la télévision. Le Premier Ministre Mulroney peut bien signer la pétition de Virginie Larivière. Pendant ce temps, il refuse d'accorder à Pacijou un numéro de charité lui permettant d'organiser une souscription publique, sous prétexte que ce groupe fait des pressions et a déjà fait circuler une pétition condamnant la violence à la télé.
On en est pas à une incohérence près. Entre les parents indignés et les producteurs qui font du fric facile grâce à la culture violente des Rambo, Robocop et G.I. Joe, le match est inégal. La compagnie de jouets Hasbro fournit gratuitement des épisodes de G.I. Joe à Télé-Métropole avant la période des Fêtes. Une belle façon de contourner la loi interdisant la publicité destinée aux enfants et de faire rager Radio-Québec qui investit, à même nos taxes, des centaines de milliers de dollars pour la production du "Club des 100 watts!" De plus, comment se fait-il qu'un film comme "Le cauchemar de Freddy", classé "adulte" par la régie du cinéma, soit accessible aux jeunes enfants dans les clubs vidéos ou aux heures de grande écoute à la télé, sans que personne n'intervienne ?
Votre Regroupement doit bonifier et enrichir, par des mesures plus concrètes, une politique familiale qui se respecte et se veut préventive. Cependant, il ne faudrait pas imiter l'expérience néfaste du ministère de l'Éducation du Québec qui, dans le but louable de combattre certains stéréotypes, a rendu nos manuels scolaires complètement puérils en ne retenant que des modèles positifs, coupés du réel, tout en étouffant l'imaginaire des créateurs.
Permettez moi de suggérer quelques moyens concrets et me semble-t-il, vraiment utiles afin de combattre plus efficacement la violence :
- que le ministère de l'Éducation revienne sur sa décision de couper les budgets prévus au Programme de soutien en éducation populaire, tout en songeant sérieusement à privilégier l'éducation critique aux médias dans les écoles et dans les émissions de télévision. Ceci pourrait se faire à l'aide des organismes populaires, des professionnels et des outils originaux développés au Québec et qui constituent une précieuse expertise;
- que l'État oblige les propriétaires de vidéo-club :
- que soit favorisé la production d'émissions originales faites par des artisans d'ici, et qui représentent mieux les valeurs chères à notre société, en redonnant, par exemple, les moyens aux télédiffuseurs publics (Radio-Canada, Radio-Québec) de produire des bonnes émissions-jeunesse;
- que soit encourager la mise sur pied d'un fonds à la création télévisuelle qui pourrait être constitué :
- qu'on donne le mandat à Communication-Québec de rassembler et de divulguer toute information pertinente qui permettrait au citoyen et au consommateur de médias de faire entendre sa voix au CRTC, à la Régie des services publics, à la Régie du cinéma, au Conseil de presse du Québec. Dans cette veine, je vous informe que l'Institut canadien d'éducation des adultes doit publier d'ici peu, chez VLB, un livre intitulé: "La population face aux médias";
- que l'on demande au ministère des Communications de songer sérieusement à la mise sur pied de conseils populaires des communications dans les diverses régions du Québec. Ceux-ci permettraient au public et aux médias, en général, d'avoir des rapports plus étroits et des relations qualitatives quant aux attentes et aux besoins à mieux desservir.
Voilà tout un programme imaginatif qui reste à préciser substan-tiellement. Un peu de bonne volonté et beaucoup plus de concertation sera de mise.