Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 3, août 1989

Satellite : Famille et communautés culturelles

Les familles immigrantes

Madame Deirdre Meintel
Professeure agrée
Université de Montréal

Compte-rendu des recherches de madame Deirdre Meintel, sur les familles immigrantes.

Deirdre Meintel se félicite de l'occasion, qui lui est offerte de pouvoir faire circuler de l'information sur un sujet qui lui tient à coeur, en effet, depuis plusieurs années elle consacre ses études aux rapports familiaux chez plusieurs ethnies installées au Québec. Sa première recherche traitait de la vie familiale et des rapports de couple chez les femmes immigrées ouvrières. Cette étude comparative sur les femmes immigrantes a aboutit à la publication du livre “ Histoire d'immigrées”* écrit par Micheline Labelle.

Sa seconde recherche portait sur les jeunes en milieu immigré et le rôle de l'entourage familial dans les communautés salvadoriennes, chiliennes, portugaises et grecques.

* Histoires d'immigrées. Itinéraires d'ouvrières colombiennes, grecques, haïtiennes et portugaises de la région de Montréal.

Les femmes immigrées ouvrières

Dans ce projet, madame Meintel a travaillé en tant que directrice avec madame Micheline Labelle, investigatrice principale, rattachée à l'Université du Québec à Montréal.

Les thèmes abordés dans ce projet ont été : la vie familiale, de couple et de travail. Madame Meintel a directement contribué aux deux premiers thèmes.

Les groupes de femmes étudiées dans ce projet étaient originaires d'Haïti, du Portugal, de la Grèce et de la Colombie.

Les jeunes en milieu immigré

Ici il s'agit des jeunes dans la vingtaine d'origine portugaise, grecque, chilienne, salvadorienne, ainsi que d'un groupe de comparaison (“groupe témoin” de jeunes Québécois francophones).

Au début les recherches ont été centrées sur le rôle de l'entourage familiale dans les décisions et les démarches pertinentes à l'insertion sociale du jeune au Québec; cela par rapport aux études, à l'emploi, aux fréquentations et au mariage.

Le thème de l'identité s'est révélé important. Les chercheuses ont aussi approfondi d'autres thèmes tels que l'importance symbolique du pays d'origine des parents ainsi que des motivations telles le respect, le devoir et l'obligation en ce qui concerne la famille.

Voir l'article qui paraîtra dans un numéro spécial de la Revue internationale de l'action communautaire sur la société pluri-ethnique (pour l'automne 1989).

Ce projet est toujours en cours; toutefois, une partie des données a déjà été analysée.

Un nouveau projet qui traitera des femmes immigrées âgées.

Il s'agit des femmes Portugaises et Italiennes ainsi que d'un groupe de comparaison de Québécoises francophones.

Ces recherches sont centrées sur les thèmes de l'autonomie sociale et spatiale, sur le rôle de la famille et les services offerts par les organismes aux communautés ethniques ainsi que par les ressources disponibles parmi les membres de ces communautés en ce qui a trait à l'autonomie des femmes.

Cette recherche est au stade préliminaire. Le gros de la recherche sur le terrain se déroulera à l'automne; une partie des résultats sera publiée dans un manuel pour les études de gérontologie sur la vieillesse en milieu ethnique et immigré, qui doit être publié à l'Université Laval en 1991, édité par Renaud Santerre (anthropologue, Université Laval) et elle-même.

Pour les fins de ces recherches ont été engagés des enquêteurs / enquêteuses de la même origine ethnique que les gens interviewés. Et ce, aussi bien auprès des jeunes Québécois / Québécoises de souche française qui parlaient couramment la langue du groupe en question.

Madame Meintel ne vise pas à nous transmettre l'ensemble des résultats de ses recherches, mais désire plutôt soulever certains points.

Dans les enquêtes, madame Meintel ne définie pas d'avance la clientèle cible comme ayant des problèmes psychologiques, familiaux, etc. Son approche diffère, considère-t-elle, de celle adoptée par les intervenants sociaux.

Elle ne prétend pas affirmer que la clientèle cible n'avait pas de problèmes. Au contraire, elle a relevé un certain nombre de cas où l'on sentait la présence d'une sorte de pathologie traduisant des rapports familiaux déficients. Il ne s'agissait pas de “difficultés de parcours”.

Madame Meintel étudie chaque famille en tant qu'entité particulière, tout en évitant les généralisations. Ceci s'inscrit dans l'approche anthropologique adoptée par l'auteur.

On devrait éviter les généralisations au sujet de la “famille migrante”

Les modèles de rapports familiaux diffèrent beaucoup d'un groupe à l'autre. Le patriarcat, par exemple, est beaucoup plus présent chez les Grecs que chez les Portugais. Les Haïtiens de classe ouvrière viennent d'un milieu social où la matrifocalité (ménages monoparentaux de plusieurs générations où se retrouvent plusieurs femmes adultes : la mère, la grand-mère, les soeurs de la mère) et l'instabilité conjugale sont courantes. Il faut noter cependant que ces phénomènes ne sont pas très courants dans les couches supérieures de la société haïtienne.

Ce n'est pas n'importe quel secteur de la société qui est touché par la migration orientée au Québec, c'est-à-dire les particularités de classe, le milieu rural ou urbain ainsi que les modèles familiaux.

Les Colombiennes que madame Meintel a étudiées sont d'origine urbaine. Elles proviennent d'une couche économique assez fragile, sans être la plus pauvre. On y retrouve de l'instabilité conjugale et de la monoparentalité, situation différente de la classe moyenne ou des paysans.

Les Haïtiens à Montréal représentent une migration bipolaire composée, d'une part, de gens d'origine pauvre et, d'autre part, de personnes très scolarisées. Ils proviennent d'au moins deux types de milieu différents d'Haïti.

Éviter d'exagérer la problématique concernant les familles migrantes

Dans la majorité des cas, on remarque surtout la force et les atouts de ces familles. Pour les intervenants, il est important de saisir et les forces et les faiblesses du système familial en question.

Dans nos recherches sur les femmes et sur les jeunes, nous avons trouvé - du point de vue des personnes impliquées - un certain nombre de signes plutôt positifs en ce qui concerne la vie familiale.

Deux exemples illustrent ce propos :

a. Chez les Portugaises ouvrières, il existe une grande stabilité des modèles familiaux et aussi une grande satisfaction.

b. Chez les Colombiennes, il existe beaucoup moins de stabilité mais aussi de la satisfaction. La possibilité de changer les rapports de pouvoir dans le couple ou d'établir de nouveaux modes de vie plus satisfaisants y est présent.

L'évolution se passe différemment dans les deux groupes, et pas forcément vers un modèle typiquement québécois ni dans l'un ni dans l'autre.

La transmission d'une identité valorisée

L'oeuvre de la famille est en partie due à la société environnante (grand nombre de minorités, politique officielle sur le multi-culturalisme).

L'enquête révèle que les jeunes sont fiers de leur identité, d'être trilingue, etc. L'âge en est pour beaucoup. La fierté de leur identité n'est pas forcément présente chez les jeunes de 14 ans. Il existe une volonté d'assimilation à l'âge du secondaire, mais vers 17 ans, on observe un changement.

Consensus des jeunes face aux valeurs attribuées aux parents

L'âge semble, encore une fois, influencer le consensus. Fait à noter, les jeunes migrants se sont plaints d'un “manque de communication” avec leurs parents, mais encore moins que les jeunes Québécois.

Dans le cas des immigrés, il s'agit de problèmes de compréhension reliés à certaines questions concrètes - sorties, départ de la maison des parents - mais non d'un manque de chaleur dans les relations. Chez les jeunes d'origine québécoises, il s'agit de manque de contacts et de chaleur.

Il existe des problèmes spécifiques dans chacun des groupes. Ces problèmes ne découlent pas seulement d'un fossé entre les générations mais surtout des conséquences de la migration.

Les habitudes d'entraide - affaiblies par les nouvelles circonstances, telles que la double journée des femmes immigrées où le travail salarié gouverne les rythmes de la vie familiale sont néanmoins, la force de ces familles.

L'apport du réseau communautaire n'arrive pas à subvenir aux nouveaux besoins des femmes, des personnes âgées, etc.

Différences entre réfugiés et immigrés au niveau des rapports familiaux.

Le projet migratoire n'a pas eu une longue évolution chez les réfugiés. Chez les Chiliens, par exemple, les parents sont très valorisés. Les jeunes Chiliens se sentent, concrètement ou au moins affectivement, solidaires avec leurs parents. Chez les réfugiés, l'absence du réseau familial est marquante.

Le divorce est courant chez certains groupes de réfugiés. Cependant, il est difficile de savoir à quel point ce changement diffère de leur milieu d'origine. Le divorce n'est pas vécu négativement dans tous les cas. Il entraîne des changements dans les rôles traditionnels hommes / femmes.

Madame Meintel a exprimé la complexité de la question et l'état embryonnaire des connaissance sur le sujet.

Il existe déjà un certain nombre de mémoires sur ces thèmes. Madame Meintel cherche un moyen de faire circuler cette documentation. 

 

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