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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 3, août 1989 |
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La situation de l'immigration au Québec
Monsieur Julien Harvey
Ancien membre du Conseil des communautés culturelles et de
l'immigration
Revue Relations.
Dans son exposé d'introduction, monsieur Julien Harvey brosse un tableau de la situation de l'immigration au Québec. Après un bref rappel historique, il situe les mouvements migratoires dans leurs contextes institutionnels, culturels et socio-économiques. Puis pose la question : la dénatalité trouve-t-elle sa solution dans l'immigration au Québec ? Et conclue sa présentation par le constat : la responsabilité de l'intégration des familles immigrantes doit être partagée par les représentants des minorités et ceux du pays d'accueil le succès ou l'échec sera imputable aux deux parties.
Le Québec est un des rares pays qui désire l'immigration dans le monde, pas plus d'une demi-douzaine de pays sont dans ce cas. Par exemple, quand on parle de pays favorisant l'apport d'étrangers, on constate que les États-Unis en acceptent 600,000 pour 130,000 au Canada. En Europe, certains pays ont été même jusqu'à fermer leur frontière depuis 1974. Quand au Québec, il se distingue des autres pays en étudiant et analysant les composantes de son immigration.
Québec terre d'accueil
Ce phénomène au Québec est ancien et au cours de l'histoire a toujours été associé à la famille. Le Québec a toujours été une terre d'accueil où, par contre, l'immigration y est plus faible qu'ailleurs au pays et la moitié des immigrants, qui y viennent , le quittent par la suite. Cependant, depuis trois ans, nous connaissons au Québec un solde migratoire positif où s'ébauche un nouveau modèle d'immigration.
Avant 1968, date de la création du ministère québécois de l'Immigration, le Québec n'avait aucun pouvoir décisionnel sur son immigration entièrement contrôlé par Ottawa. L'immigration au Québec, historiquement, a été bipolaire, fortement alimentée par les deux peuples fondateurs anglais et français, avec néanmoins une plus forte concentration anglophone.
On constate, depuis 1968, un changement dans la nature de la composition des populations migrantes et l'émergence de phénomènes plus complexes et visibles. On assiste a une immigration bigarrée non plus liée à la langue où à la religion, où il faut tenir compte de la disparité culturelle, linguistique et religieuse, de la mosaïque des groupes ethniques.
Auparavant l'immigration était plus facile, car les populations étaient issues de pays de culture et de langue proche, on assistait alors à une immigration plus civilisée. Cependant , aujourd'hui , on subit les conséquences de l'accueil de nouveaux arrivants issus de milieux différents et on observe des chocs culturels. Comme tous les phénomènes sociaux, rapporte monsieur Harvey, l'immigration est un phénomène complexe avec des aspects positifs et négatifs.
Les lois et la famille
- Les lois canadiennes favorisent la réunification des familles et préconisent une immigration des familles plutôt que des travailleurs comme on le pratique en Allemagne;
- Les lois sont favorables à la famille, cependant on observe certaines lacunes, surtout en ce qui concerne le parrainage.
Voir les études réalisées, relatives à la question de parrainage de la femme de la catégorie famille
Monsieur Harvey a oeuvré pendant quatre ans au sein du Conseil des communautés culturelles et de l'immigration, il a cependant des réserves quand au procédé des frontières ouvertes, car n'importe quel document pour un immigrant reçu prouvant l'existence d'une famille est accepté, les autres membres de la famille qu'il parraine échappant aux grilles du ministère.
L'amélioration des lois n'indique pas une mise en tutelle des acquis, mais une plus grande vigilance et diligence dans les cas nécessitants, accompagnée d'une nouvelle définition du parrainage.
La dénatalité au Québec trouve-t-elle sa solution dans l'immigration ?
À la suite du rapport French, on a constaté avec stupeur que la natalité au Québec chutait et que l'immigration apparaissait comme une avenue à explorer pour palier à cette situation.
L'immigration, selon l'auteur, peut remplacer la naissance, mais la natalité même chez les néo-québécois ne naît que dans une famille stable à l'intérieur d'un couple stable, et si on veut un renouvellement, il faut penser à une aide aussi forte pour les familles immigrantes qu'aux familles québécoises, d'où la nécessité de structurer l'accueil, l'intégration et l'emploi pour assurer la stabilité économique et le respect des valeurs culturelles de ces familles.
La famille immigrante lorsqu'elle vient d'une autre culture subit des chocs durs; la relation travail domestique/travail à l'extérieur n'est pas la même, pas plus que les relations hommes/femmes, parents/enfants, école / famille. Comme le souligne, monsieur Harvey, la dénatalité peut être partiellement réglée par l'immigration, mais il faut aider les familles.
Les choix à faire
Depuis une dizaine d'années, des études intéressantes exposent la problématique des familles immigrantes au Québec. La famille immigrante qui doit s'identifier à de nouveaux modèles; a des choix à faire en effet : La famille éprouve des difficultés au niveau de ses options de base culturelle et linguistique. Il cite l'ouvrage de Peggy Shorick Pelletier* sur l'adaptation des minorités ethniques. Dans son ouvrage, elle parle de la facilité ou de la difficulté qu'éprouve les jeunes à s'intégrer à la culture qui passe par le fait que la famille a fait le choix d'une culture ou d'une langue, car d'avoir une langue différente à la maison, à l'école, dans la rue, pose plus de problèmes d'intégration , de compétition et rend les contacts plus difficiles. Elle constate aussi que les relations culturelles d'origine sont plus fortes que la pensée courante, qu'il n'y a pas de lois communes et que chaque groupe ethnique a sa façon de voir la famille, de la refaire , de l'adapter ou de la dissoudre dans le cadre du milieu québécois. L'intégration des familles issues de cultures différentes passe par le choix linguistique des familles.
La situation socio-économique des familles.
La famille québécoise a toujours été brisée par le chômage, maladie endémique chez nous , de 15 à 20 %, qui a eu comme conséquence les migrations internes et les bris de liens familiaux. Le chômage dans les minorités grimpe jusqu'à 40 % et cause un grave problème de paupérisation chez les gens issus de communautés culturelles. C'est pourquoi, il faut assurer à la société un minimum de sécurité d'emploi pour tous ses membres pour que les néo-québécois ne viennent pas grossir les rangs des chômeurs pour le simple désir de palier à la dénatalité.
La responsabilité de l'intégration des minorités doit être partagée des deux côtés, le succès ou l'échec sera imputable aux deux parties. Monsieur Harvey insiste sur la responsabilité partagée des leaders des communautés, des responsables de groupes d'accueil des politiques et des institutions concernées. Il regrette aussi le manque de ressources des organismes et des bénévoles pour assurer une meilleure intégration de ces communautés.
* L'adaptation des minorités ethniques. Étude réalisée au CEGEP Saint-Laurent, 1989. Peggy Tchonyk-Pelletier