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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 3, août 1989 |
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La maternité, une étude comparative de trois cultures
Madame Colette Sabatier
Psychologue Laboratoire d'études du nourrisson
Université du Québec à Montréal
L'intérêt de madame Colette Sabatier pour cette problématique, coïncide avec la constatation que de plus en plus d'enfants issus de communautés culturelles ont recours aux services des professionnels de la santé mentale, et qu'il existe certains facteurs culturels qui distinguent ces enfants des autres. C'est pourquoi madame Sabatier et certain de ses collègues ont décidé d'étudier le cas de ces enfants en se posant un certain nombre de questions concernant l'émergence de ce nouveau phénomène. Ils en sont venus à quelques conclusions notamment que l'augmentation du pourcentage d'enfant d'immigrants en consultations n'est pas dû au fait qu'ils ont plus de problèmes que les enfants québécois de souche. Ils consultent pour les mêmes motifs; les chercheurs ont noté l'absence de biais pathologique et que l'augmentation des consultations est la conséquence de la montée du cosmopolitisme dans les grandes villes. C'est pour quoi ils poursuivent leur démarche dans le but de fournir des informations utiles aux intervenants et d'améliorer leurs connaissances sur les conditions de développement des enfants des minorités culturelles.
La maternité, une étude comparative de trois cultures
Apprendre à dialoguer
Un des plus graves problèmes rencontré par les cliniciens est certainement la difficulté de communication entre eux et les parents immigrants. En effet, ceux-ci sont assez réticents devant le traitement et souvent ils y ont été contraints par les intervenants du milieu scolaire qu'ils n'osent pas contrarier. Souvent un dialogue de sourd s'inscrit entre les protagonistes car les thérapeutes ne sont pas informés des particularismes socio-culturelles de ces communautés. La littérature occidentale à date ne s'est pas, ou peu penchée, sur l'étude de ces phénomènes et on constate que les parents ont d'autres repères au niveau du développement que ceux qu'on identifie dans la société québécoise et les intervenants se heurtent au niveau des valeurs.
Trois observations
L'autorité du père et le pouvoir parentale sont plus valorisés chez les familles d'origine ethnique que chez les Québécoises qui préconisent plutôt la négociation dans les rapports parents/enfants. Cette négociation pour les parents immigrés est un mode d'intervention qu'ils jugent incongru et incompatible avec leurs valeurs .
Les mères québécoises considèrent la pratique du jeu comme une source d'apprentissage ou un mode de rééducation. Par contre les mères néo-québécoises ne le perçoivent que comme un divertissement et lorsqu'il est question de régler un problème d'apprentissage, l'école est pour elles la seule ressource valable.
On observe aussi des différences notables dans les normes de développement chez les enfants.
Constater des différences
Ils ont mené une recherche comparative auprès des mères québécoises, haïtiennes et vietnamiennes. Le questionnaires portant sur les mères de nourrissons de neuf mois voici quelques constats auxquels sont arrivés les chercheurs .
Ces constatations touchent la conception de l'éducation, la perception du caractères de l'enfant, l'évaluation de ces performances, l'organisation de son environnement, la stimulation du développement et les interactions mère / enfant, les modèles d'apprentissage et les sources d'informations.
Un premier constat : les différences entre les groupes d'immigrantes sont moins marquées malgré leur appartenance culturelle très différente. En effet, sur toutes les mesures, une très grande convergence existe entre les comportements des mères haïtiennes et vietnamiennes en contraste avec ceux des mères québécoises. La raison de ces différences vient du fait que les mères néo-québécoises viennent de pays où la mortalité infantile existe et où la première préoccupation des mères est la lutte pour la survie de sa progéniture. Par exemple, les enfants de ces mères dorment encore dans la chambre de leurs parents à neuf mois contrairement aux enfant québécois de souche ou venant de pays occidentaux, qui pensent qu'il est néfaste pour un nourrisson de dormir dans la chambre de ses parents; cette constatation relève d'un système de valeur totalement différent.
Deuxième constat : les valeurs dominantes sont chez les mères québécoises, le développement social de l'enfant, le sentiment d'acceptation par son entourage, la découverte de l'autonomie et de toute une kyrielle de valeurs faisant appel à l'individualisme. En ce qui concerne le développement cognitif, c'est l'apprentissage d'habilité et de curiosité qui prédomine.
Les mères immigrantes cherchent à développer tout ce qui fait appel à la conformité sociale, à l'adaptation au groupe, à la notion d'appartenance. Elles cultivent la notion d'amabilité, de sociabilité et de conformité aux règles établies. Concernant le développement cognitif, elles manifestent un intérêt plus grand pour l'acquisition formelle du savoir, à la réussite, contrairement aux mères québécoises qui font peu cas de la performance scolaire.
On distingue donc deux conceptions diamétralement opposées; d'un côté l'individualisme et le développement personnel de l'autre, la convivialité qui sans nécessairement impliquer un conformisme social rigoureux préconise une adaptation et un apprentissage des règles sociales.
Conclusion
L'opposition qui existe entre les groupes immigrants et québécois semble reliée principalement au niveau du développement économique des sociétés et aux taux de mortalité et de morbidité infantiles, le deuxième est relié à la culture. Une première constatation est que les mères immigrantes contrairement à ce qu'on pense sont ouvertes aux sources officielles d'information et ne sont pas plus difficile à rejoindre, mais qu'il faut élaborer des interventions adaptées à leurs besoins particuliers et ajustées aux contraintes familiales et économiques.