Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 3, août 1989

Satellite : Famille et communautés culturelles

L'avenir du Québec et la politique familiale

Monsieur Marc Tremblay
Analyste-conseil
Conseil de la famille

Monsieur Marc Tremblay est analyste conseil au Conseil de la famille, nous avons sollicité sa participation pour qu'il nous expose les grandes lignes du rapport du Conseil des affaires sociales : “ Deux Québec dans un ”* et pour qu'il fasse le parallèle entre la situation des familles migrantes à l'intérieur du Québec, qui a des incidences sur la composition et la définition des familles, et celle des familles immigrantes.

L'avenir du Québec et la politique familiale

Le Conseil des affaires sociales a produit récemment un rapport sur le développement social et économique intitulé “Deux Québec dans un”.

Le concept illustrant le Québec coupé, divisé en deux et que l'on retrouve dans le titre du rapport révèle qu'il existe deux types de communautés au Québec.

Il y a d'abord les communautés situées en milieu rural et dans les centres - villes des grandes agglomérations dont la population est en décroissance démographique et où l'on retrouve une plus grande concentration qu'ailleurs d'assistés sociaux, de chômeurs, de malades chroniques et de dépendants en général.

Les autres communautés sont situées dans les banlieues des grandes villes et dans les capitales régionales et sous-régionales; la croissance démographique de ces communautés est plus rapide que les premières. De plus, on y retrouve moins de chômeurs, d'assistés sociaux, de malades chroniques et de dépendants que dans celles en croissance démographique.

Être ou avoir

Le “Québec coupé en deux” pourrait être pris dans un autre sens. Bien qu'il ne soit pas fondamentalement différent du sens que lui ont donné les auteurs du rapport du Conseil, cet autre sens indique que le “Québec coupé en deux”, avant d'avoir une signification régionale, prend d'abord sa source dans la mentalité d'une société dont les valeurs sont basées sur l'avoir plutôt que sur l'être.

En effet, dans notre société social-démocrate (sic), on accorde davantage d'importance aux gens pour ce qu'ils font - ce qui leur permet d'avoir - que sur ce qu'ils sont.

Cette mentalité signifie que notre société est divisée en deux groupes de personnes. Il y a d'abord ceux qui produisent des biens et des services et qui sont rémunérés pour le faire. Il y a les autres qui sont considérés comme non-productifs.

On retrouve dans cette seconde catégorie les personnes âgées, les assistés sociaux et les jeunes qui ne travaillent pas, soit par manque d'emploi, soit parce qu'ils sont aux études ou encore parce qu'ils sont d'âge préscolaire; on y retrouve également les handicapés mentaux, physiques et intellectuels.

Toutes ces personnes sont considérées, certes comme des gens à qui il faut fournir des services, mais on insiste pas encore assez sur la contribution qu'elles peuvent apporter à la société.

Par ailleurs, les parents ne reçoivent pas encore tous les égards auxquels ils ont droits de la part de la société pour le rôle fondamental qu'ils jouent pour le présent et l'avenir du Québec.

Se concentrer sur l'être humain pour “penser et agir famille”

La problématique est donc reliée à la reconnaissance des personnes considérées non productives ou dont la tâche n'est pas suffisamment valorisée; elle est également reliée à leur intégration à part entière au fonctionnement de notre société, ce qui commande une remise en question individuelle et collective de la mentalité qui prévaut dans la société québécoise et occidentale.

Cette remise en question pourrait déboucher sur une véritable reconnaissance des personnes qui, comme les parents, par exemple, apportent énormément à la société, même si leurs tâches ne sont pas rémunérées. Reconnaître la contribution de la famille à la formation des citoyens-adultes de demain et au renouvellement de notre première richesse naturelles que sont les êtres humains constituerait un énorme pas en avant ; cela permettrait ensuite de mieux “penser et agir famille”. Ce nouveau mode de pensée et d'action serait susceptible de favoriser l'intégration de la famille en tant que partenaire socio-économique majeur du développement du Québec.

Un préalable à cette intégration de la famille est de considérer toute personne, peu importe son occupation, comme un être humain doté d'une valeur intrinsèque. Cette nouvelle approche de l'être humain est la plus susceptible d'amener celui-ci ainsi que la famille à contribuer au développement global, intégré de la société.

* Conseil des affaires sociales. Deux Québec dans un.

Rapport sur le développement social et démographique.

Morin, Gaétan. Éditeur 

L'impact socio-économique des migrations

Plus de la moitié de la société québécoise vit dans des sociétés en déclin où la décroissance démographique est associée à des problèmes sociaux consécutifs à l'appauvrissement. D'un côté la population jeune et active que constituent les jeunes familles quitte les centres urbains des métropoles comme Montréal et Québec et déserte les villages pour aller s'installer en banlieue où dans les villes moyennes. De l'autre, on assiste a une forte concentration, dans les centres villes et les villages abandonnés par leurs forces vives, de “laissés pour compte”, d'assistés sociaux, de chômeurs, des malades chroniques, de dépendants, d'enfants pris en charge par les pouvoirs publics et de familles monoparentales. On y retrouve plus d'enfants présentant des handicaps socio-pédagogiques. Il se forme deux types de population. C'est à Montréal, que l'on trouve le plus grand bastion d'immigrants qui ont tendance à se concentrer en quartier et à vivre entre eux.

Le phénomène des communautés en déclin a des conséquences sur la vie des familles. En effet, quand les jeunes, en bloc, quittent leur communauté, la famille se trouve dispersée. Les personnes âgées sont seules, les liens sont relâchés, les adolescents laissés à eux-mêmes; “il manque un maillon à la chaîne, les enfants ne voient plus leurs parents et les parents ne peuvent plus compter sur leurs enfants.” De la même façon que les familles de migrants de la Beauce ou de la Gaspésie, les familles immigrantes vivent un traumatisme, lorsqu'ils arrivent en ville, ils doivent s'ajuster à un autre type de famille nucléaire ou monoparentale et même s'ils désirent faire venir leur famille, celle-ci est disloquée et ils sont confrontés quotidiennement à d'autres valeurs. Ils doivent imiter le modèle de la ville pour pouvoir fonctionner dans la société et doivent se conformer à un concept différent que s'ils étaient restés dans leur pays d'origine.

On remarque que le taux de natalité des familles s'adapte à celui du pays d'accueil, en prenant le rythme de vie et en vivant dans des conditions qui ne sont pas nécessairement adéquates pour avoir plusieurs enfants. Les femmes immigrantes à cause du manque d'entraide familiale et des contraintes du travail à l'extérieur en viennent à contrôler leur fertilité. Les familles immigrantes, ont tendance à se concentrer dans les grands centres urbains où ils auront plus de chance de vivre avec leurs congénères. Ils se regroupent dans des quartiers spécifiques à haute concentration ethnique.

Au niveau des instances gouvernementales

Les incidences sur les familles des déplacements migratoires n'ont pas fini de donner du fil à retordre au gouvernement, car au désir des gouvernements de désinstitutionnaliser et de se retirer en laissant aux familles la charge de ces individus, on se trouve dans la situation où la moitié de ces gens qui vivent dans les grandes villes n'ont plus de famille car issus de familles bouleversées par les migrations, et les autorités ne savent plus à qui les confier.

L'impact démographique des migrations

Le premier signe de vitalité d'une communauté est la présence dans ses rangs d'une forte majorité d'enfants.

Au Québec, on assiste a une décroissance de la natalité et au vieillissement de la population. “Il faut inverser la tendance sinon nous allons périr”. Il faut à la fois, des politiques d'aide pour assurer un renouvellement de la population et aussi compter sur un apport migratoire additionnel pour combler le déficit de la natalité.

L'image qu'a le migrant de Montréal n'est pas réjouissant, et il y constate la forte concentration d'une couche de la population pauvre et à problème. Un autre phénomène, remarquable à Montréal, est l'augmentation croissante des membres des communautés ethniques comparée à la diminution des québécois d'origine. “On ne peut pas demander à des gens de s'intégrer à quelque chose qui n'existe pas”. Quel modèle offre-t-on à ses migrants: une ville peuplée de moins de 25% de ménage avec enfants de moins de 18 ans, où on parle de moins en moins français, à qui on demande de s'intégrer “à des valeurs qui nous mènent à l'extinction”?

La société québécoise doit cesser de prendre l'immigration comme moyen de régler son problème de dénatalité, mais voir “les immigrants comme des personnes avec un potentiel et faire venir les immigrants pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils font.”

De faire de Montréal un îlot de concentration d'immigrants n'est pas souhaitable ni pour les néo-Québécois ni pour les Québécois, car ces nouveaux migrants ne viennent pas pour former une nouvelle communauté, mais pour s'intégrer à une société déjà existante.

L'apport d'immigrant est un enrichissement pour la société tant que la volonté collective a pour but la construction d'une société commune et distincte.

 

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