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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 4, numéro 30, avril 1993 |
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Monsieur Jean-Ernest Pierre
Avocat, président de
l'Union des Haïtiens du Québec
Les jeunes des communautés culturelles et le Québec
Quand j'ai été abordé par le Regroupement pour participer à cette journée interculturelle dans le cadre de la Semaine interculturelle nationale, je n'ai pas hésité une minute à répondre positivement. En somme, je me sentais honoré d'avoir été choisi pour faire partie de cette belle brochette d'animatrices et d'animateurs qui, pour la plupart, ont consacré une bonne tranche de leur vie à implanter la communauté haïtienne au Québec. Et par voie de conséquence, ils ont permis l'intégration de la communauté haïtienne à la communauté d'accueil. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'hésite pas à leur en féliciter chaque fois que l'occasion se présente. Car aujourd'hui la communauté haïtienne, en dépit de tout, n'est plus au stade difficile du défrichage.
Cependant, quelques jours après, j'ai reçu la directive du Regroupement qui consiste à animer l'atelier portant sur les jeunes des communautés culturelles et le Québec, de façon "positive et ouverte et non comme une problématique". Alors, je vous avouerai que j'ai eu un peu de difficulté car justement la jeunesse haïtienne a toujours été considérée comme un cas problème.
Il m'a fallu consulter plusieurs groupes de jeunes pour me convaincre qu'on peut aborder le sujet avec, à la fois, réalisme et optimisme.
Prenons, par exemple, la question de l'intégration des jeunes haïtiens. Aujourd'hui, cette question ne se pose plus avec autant d'acuité pour nous que pour certaines autres communautés. En somme, après plus de trente années d'existence au Québec, la communauté haïtienne a, comme je le disais plus haut, dépassé la phase de son implantation. Et les jeunes de la deuxième et de la troisième génération ont naturellement bénéficié des sacrifices des aînés de notre communauté.
Aujourd'hui, parce que nous vivons dans un monde de plus en plus compétitif, nous leur demandons un autre type de sacrifice, nous leur demandons de trouver par eux-mêmes l'équation de la réussite de manière à paver la voie à ceux qui vont suivre. En un mot, nous leur demandons d'être de dignes ambassadeurs de leur communauté.
Dans ce contexte, nous ne devons pas nous gêner de parler des difficultés que vivent nos jeunes, comme du reste, tous les jeunes de notre société.
Aussi, à notre atelier, tout en ayant à l'esprit la directive du Regroupement, nous comptons bien nous attarder quelque peu sur des thèmes comme les jeunes et l'emploi, les jeunes et le système judiciaire, les jeunes et le système social.
En terminant, comme je vous ai dit au début que l'intégration des jeunes haïtiens n'est pas un problème très aigu, je me dois aussitôt de vous signaler une constatation très importante : les jeunes haïtiens qui s'adaptent le mieux à la société québécoise sont ceux qui n'ont pas de doute quand à leur identité d'origine. Les autres doivent toujours lutter pour se faire accepter, pour se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. Et comme c'est une entreprise vouée dès le départ à l'échec, ils reviennent fatalement, une fois leur prise de conscience faite, à la communauté de base pour travailler à son essor et à son épanouissement. Et c'est là, à notre avis, un signe encourageant pour la communauté haïtienne.