Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 5, numéro 32, septembre 1993

La conciliation du travail et de la vie de famille
au centre de la question des droits économiques des familles

Pour faire suite à notre bulletin "Pensons famille", volume 4, numéro 31, voici quelques textes qui ont été envoyés par des personnes intéressées à cette problématique.

Un point de vue canadien. 1

Au Canada, la participation des membres de la famille au monde du travail a beaucoup changé au cours des dernières décennies.

La question de la conciliation entre le travail, la vie familiale et le développement des enfants est préoccupante. 2

L'augmentation importante et irréversible de la participation des femmes au monde du travail nous oblige à repenser l'organisation du travail. La proportion des mères sur le marché du travail ne cesse d'augmenter et, dans la majorité des familles bi-parentales, les deux parents travaillent ou se cherchent un travail rémunéré.

La participation au marché du travail atteint également les adolescents, de plus en plus nombreux à travailler après l'école (obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans) et pendant les vacances.

Il faut que le monde du travail reconnaisse qu'une bonne partie des travailleuses et travailleurs sont également des parents. On n'arrête pas de dire que les enfants sont importants, mais cela se traduit trop rarement en action en leur faveur. On calcul que les garderies coûtent trop chers, mais on fait, en même temps, grise mine aux parents qui doivent s'absenter temporairement de leur travail ou modifier les heures de travail pour s'occuper de leurs enfants ou prendre soin d'autres membres de la famille.

Comment faire en sorte que l'organisation du travail reconnaisse et respecte la réalité des travailleuses et travailleurs qui ont charge de famille, y compris celles et ceux qui ont charge de jeunes enfants et de parents malades ou handicapés ? N'est-ce pas là une responsabilité qui concerne également tout le monde ?

Tel est le sens de la Convention numéro 156 de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur les travailleurs ayant des responsabilités familiales et de la Recommandation numéro 165 qui l'accompagne.

La Convention numéro 156 de l'OIT vise à créer une véritable égalité de chances et de traitements pour les travailleurs des deux sexes. Elle prévoit que toutes les mesures compatibles avec les conditions et possibilités nationales doivent être prises :

La Recommandation numéro 165 qui l'accompagne, décrit les mesures à prendre pour s'attaquer aux problèmes auxquels font face les travailleurs ayant des responsabilités familiales. Ainsi, on exige qu'une attention soit accordée à une réduction générale et progressive de la durée du travail journalier et des heures supplémentaires, ainsi que des aménagements plus souples concernant les horaires de travail, les périodes de repos et les jours de congé. Un congé parental devrait être accessible à l'un ou l'autre parent, au cours d'une période suivant immédiatement le congé de maternité, sans risque pour l'emploi ni pour les droits afférents à celui-ci. On prévoit également que lorsqu'un membre de la famille à charge est malade, le travailleur ou la travailleuse devrait pouvoir obtenir un congé.

Au Canada, nous n'avons pas encore ratifié cette Convention de l'OIT, principalement pour des raisons de juridiction interne. On cherche cependant à en appliquer les principes dans le droit au travail et plusieurs propositions de la Recommandation qui l'accompagne sont déjà appliquées par des employeurs canadiens, incluant les gouvernements fédéral et provinciaux. La souplesse en milieu de travail devient la règle, qu'il s'agisse d'emploi à temps partiel, de partage de travail, d'heures de travail flexibles, de la semaine de travail variable ou du travail à domicile.

Un autre aspect de l'évolution de la situation des familles dans la société nord-américaine est la généralisation du travail chez les adolescents. Ils sont de plus en plus nombreux à travailler à temps partiel, et parfois encore plus, pour leur propre compte ou pour contribuer au revenu familial.

La situation des travailleurs adolescents a fait récemment l'objet d'études et de consultations de la part du Conseil de la famille du Québec 3 , un organisme chargé de conseiller le Gouvernement de la province de Québec sur les questions familiales. Il ressort que le travail des adolescents a pris beaucoup d'ampleur ces dernières années, au point de nuire à des activités qui devraient être plus importantes pour eux, particulièrement l'apprentissage scolaire. Bien que le phénomène ne provoque pas nécessairement le décrochage scolaire, celui-ci progresse parce que l'école ne semble pas intéresser suffisamment les adolescents qui n'y trouvent pas toute "la nourriture" nécessaire à leur développement.

Le Conseil invite la société à appuyer les parents et à s'interroger sur le sens de l'action éducative et le rôle de l'école. Il sollicite aussi le Gouvernement, les employeurs et les différents intervenants auprès des jeunes pour qu'ils apportent leur concours à la réalisation d'un véritable partenariat avec les familles de manière à faciliter l'exercice de leurs responsabilités.

Selon nous, dans le domaine de l'emploi des adolescents comme dans bien d'autres domaines liés à leur bien-être, la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant nous propose des principes fort appropriés.

Dans le débat sur la conciliation du travail et de la vie familiale et sur tout ce qu'on pourrait encore évoquer (comme le partage du travail entre les membres de la famille, le juste salaire et l'équité en matière d'emploi), il y a ici plus qu'une question de loi ou de droit et plus qu'une question de moyens matériels. La conciliation du travail, de la vie familiale et du développement des enfants est aussi une question d'attitudes.

Pouvons-nous énumérer les difficultés vécues par les mères au travail et proposer des solutions qui nous impliquent personnellement ? Pouvons-nous préciser ce qui pourrait inciter les employeurs à adapter des conditions de travail permettant aux travailleurs des deux sexes de mieux exercer leur rôle parental ? Et à la base, entre voisins, quelles formes de solidarité donneraient aux enfants et aux parents des conditions de vie plus heureuses ?

Dans le cadre des délibérations à cette Conférence mondiale de l'UIOF sur le travail et la situation économique des familles, il vaut la peine de noter la convocation dans trois ans d'ici, en 1995, à l'occasion du 50e anniversaire des Nations Unies, d'une rencontre spéciale des chefs d'État et de Gouvernements du monde entier. Il s'agira du Sommet mondial pour le développement social.

Selon le rapport de consultation produit par l'ONU à ce sujet 4 , au delà des divergences culturelles, religieuses, historiques, éthiques et socio-économiques, toutes les sociétés partagent certaines valeurs humaines fondamentales et ont de nombreuses conceptions en commun. Celles-ci se ramèneraient essentiellement à la conviction que l'objectif du gouvernement et de la coopération internationale est d'améliorer les conditions de vie de chaque être humain. La sécurité ou l'insécurité des individus est, en fin de compte, ce qui permet de juger du succès ou de l'échec de leurs entreprises. Les gens sont la principale richesse des nations. Le développement durable doit favoriser leur mieux-être, en harmonie avec la nature.

L'un des résultats du sommet mondial pourrait être une déclaration politique qui mettrait en lumière la nécessité d'équilibrer la rentabilité économique et l'efficacité sociale, les liens qui existent entre la stabilité politique et sociale au niveau national et la paix et la sécurité au niveau international, l'importance de mettre l'accent sur la dimension humaine du développement économique et la priorité à accorder aux secteurs les plus défavorisés de la société.

Un plan d'action adopté également à ce sommet pourrait définir les domaines d'action prioritaires ainsi que les mesures propres à atteindre les objectifs fixés dans ces domaines. Le facteur clef, selon le document de l'ONU, serait la nécessité d'assurer la satisfaction des besoins fondamentaux et l'amélioration de la qualité de vie des gens de tous les pays et sociétés grâce à des mesures bien choisies en vue d'atténuer et de réduire la pauvreté, et grâce à la promotion politique favorisant la création d'emplois, valorisant les ressources humaines et encourageant la cohésion sociale.

C'est un chef d'État qui a le mieux résumé l'esprit des opinions favorables au sommet mondial, en citant le discours de réception du prix Nobel de la paix Ralph J. Bunche, en 1950 : "La paix est autre chose que l'absence ou la présence de combat. La paix ne peut avoir de sens pour tous ceux qui n'ont connu que la souffrance en temps de paix comme en temps de guerre que si elle se traduit par du pain et de riz, un toit, la santé et l'éducation, ainsi que par la liberté et la dignité humaine et une vie toujours meilleure. Pour que la paix soit durable, les peuples oubliés de la Terre, souffrants et affamés depuis longtemps, les défavorisés et les sous-alimentés doivent commencer à réaliser sans tarder la promesse d'un jour nouveau et d'une vie nouvelle".


Références

1. Document préparé par le Comité canadien "Familles : Horizon 1994", pour la Conférence mondiale de l'UIOF sur les droits économiques des familles, Curitiba, Brésil, 22-26 novembre 1992.

2. Développement inspiré du dossier thématique intitulé "Familles Atout", produit par le Comité québécois de la Semaine nationale de la famille, du 5 au 11 octobre 1992.

3. Conseil de la famille du Québec, "Quinze ans et déjà au travail! Le travail des adolescents : une responsabilité parentale et collective", Québec, 1992, 25 pages (ISBN : 2-550-26969-1).

4. "Rapport sur les consultations menées par le représentant spécial du Secrétaire général sur la possibilité de convoquer un sommet mondial pour le développement social", Conseil économique et social des nations Unies, E/1992/80, 1er juillet 1992.

 

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