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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 5, numéro 32, septembre 1993 |
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Rentabilité des valeurs familiales :
les travailleurs qui utilisent leurs bénéfices "familiaux" sont des meilleurs employés
La récession au pays et la compétition à l'étranger ont encouragé bien des employeurs à réduire leurs coûts de production et, en même temps, à réduire les bénéfices de leurs employés.
Une recherche menée à l'Université de Chicago par l'école d'administration des services sociaux et le Graduate School of Business suggère que la meilleure façon pour une entreprise de rester compétitive, c'est d'augmenter les bénéfices des employés, non de les réduire.
Susan Lambert, assistante profes-seure et directrice du projet, a choisi comme objet de recherche une manufacture de Skokie, Illinois. Cette usine appartient à un grand manufacturier de l'Illinois, spécialisé dans la production de pièces d'automobiles. Fel-Pro est une entreprise familiale en existence depuis 75 ans dont les ventes, en 1991, atteignaient 285 millions. La compagnie compte près de 2000 employés à qui elle offre des assurances sur la vie, la santé, les soins dentaires et, en plus, des primes et le partage des profits.
Fel-Pro offre aussi un ensemble de bénéfices qui répondent aux besoins des familles: garderie sur les lieux de travail, référence et consultation pour l'aide aux personnes âgées, service pour les parents d'enfants malades; services d'urgence pour adultes; subsides pour tutorat, bourses d'études (au collégial) et, pendant l'été, camp de jour pour les enfants des employés; aide pour préparer les rapports d'impôt; service d'information juridique; service de counselling; enfin, un centre de conditionnement physique.
Cet ensemble de bénéfices familiaux coûte en moyenne à Fel-Pro 700$ par employé, par année. En échange, la compagnie se mérite, d'après Susan Lambert, des employés mieux motivés et plus coopératifs. "Quand les employés sont aidés par leur employeur, dit-elle, les employés, à leur tour, aident l'employeur". Un employé qui compte 20 années de service pour Fel-Pro, s'est confié au groupe d'universitaires: "Mon travail à Fel-Pro et les bénéfices que j'en tire sont la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. D'où ma loyauté et mon engagement les plus complets pour la compagnie".
Susan Lambert a observé un lien direct entre l'utilisation par les employés de leurs bénéfices "familiaux" et leur performance au travail. La recherche a mis en évidence le fait que les plus grands utilisateurs (ceux qui avaient bénéficié de 5 à 10 services par année) avaient reçu les meilleures notes pour l'évaluation de leur performance et affichaient très peu d'intérêt pour quitter leur travail. De plus, les mesures disciplinaires n'avaient affecté qu'un petit nombre d'entre eux.
En retour des bénéfices offerts par Fel-Pro, la plus grosse "remise" faite par ses employés consiste en leurs efforts volontaires. "Plus les travailleurs profitent de leurs bénéfices, plus grand est leur civisme au travail, c'est-à-dire, plus ils aident leurs camarades de travail et leur surveillant, plus ils acceptent de se porter volontaires et plus ils font preuve d'initiative". Précisément, dit encore Susan Lambert, ces travailleurs participent davantage à la solution de problèmes en équipe et soumettent presque deux fois plus de suggestions pour l'amélioration soit des produits, soit des méthodes de production.
Les chercheurs reconnaissent les limites de cette étude qui a porté sur une seule compagnie. L'Université de Chicago, toutefois, se propose d'étendre ses recherches à d'autres compagnies. Entre temps, les conclusions du projet Fel-Pro semblent confirmées par les résultats d'une étude publiée au printemps de 1993. Ce projet, entrepris par un organisme à but non lucratif, l'Institut des familles et du travail, visait la Compagnie Johnson et Johnson. Une première enquête faite en 1990, peu après l'instauration des bénéfices dits familiaux, a été suivie par une seconde, en 1992. Après avoir pu bénéficier des nouvelles mesures, les employés ont dit se sentir moins stressés, être plus capables de garder l'équilibre entre famille et travail, être aussi plus loyaux envers la compagnie et trouver plus de satisfaction dans leur travail.
Ellen Galinsky, co-présidente de l'Institut des familles et du travail, remarque: "En période de difficultés économiques - heures plus longues, travail plus exigent, réduction des effectifs, perte de foi dans le "système" - la recherche révèle que les programmes qui prévoient des services aux familles peuvent minimiser les conséquences de ces difficultés, tant pour le entreprises que pour les familles".
On s'est habitué à rattacher les bénéfices familiaux au plus grand nombre de femmes sur le marché du travail. Mais il y a plus, dit Susan Lambert. Le cas de Fel-Pro suggère que ces bénéfices sont à la source de l'enthousiasme et de la collaboration des employés, attitude et comportement dont les compagnies qui veulent s'adapter à des changements globaux rapides pourraient bien ne pas pouvoir se passer.
Attitude et comportement très importants, en effet, parce que selon Lambert encore, "il faut la collaboration volontaire des employés pour réussir à améliorer vraiment la qualité et pour mettre en oeuvre des programmes nouveaux".
Finalement, l'entreprise pourra obtenir tous les effets bénéfiques signalés seulement si " les bénéfices offerts aux employés couvrent tout le cycle de la vie" et non seulement quelques situations particulières. Il ne faut pas oublier, non plus, que les meilleures politiques d'aide aux employés ne pourront pas compenser pour des tâches stressantes et non stimulantes, pour le manque de sensibilité des superviseurs et le manque de soutien social de la part des autres travailleurs.
En conclusion, "les tendances démographiques et économiques indiquent qu'il est temps, pour le monde des affaires en Amérique, d'apprendre à utiliser au mieux le vaste réservoir des ressources humaines dont il dispose. La présente recherche suggère qu'une bonne façon d'atteindre ce but c'est de mettre en oeuvre sur le marché du travail, des politique répondant aux besoins des familles".