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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 5, numéro 35, janvier 1994 |
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Madame Renée Condé Icart
Centre haïtien d'action familiale
et membre du C.A. du Regroupement
Pour ce nouvel an, que souhaiter sinon une meilleure année ? Que dire sinon que le moment est, aussi, un instant de bilan.
II y a bien sûr des échos passifs : nous avons tendance à placer le focus sur ce qui ne va pas et qui saute aux yeux. Pourtant le bien dit-on ne fait pas de bruit. Nous avons tendance à trouver un bouc émissaire à nos errements : les parents, les jeunes, les gran moun, les responsables de la communauté , pardon, les responsables d'organismes communautaires, les journalistes, bref tout y passe !
Mais il y a également bien sûr des échos actifs qui témoignent de notre vitalité en tant que communauté. Il y a des parents qui, sans tambour ni trompettes font de leur mieux auprès de leurs enfants tout en se dotant d'outils pour améliorer leur compétence parentale. II y a des jeunes qui, de concert avec des parents et des centres communautaires construisent des réseaux de solidarité positive, etc.
En ce nouvel an dédié à la famille. il est bon de resituer la réflexion et de chercher où est le problème : empruntons pour cela les propos de Tony Anatrella, psychanalyste et de Michelle Perrot, historienne : le vrai drame, disent-ils. c'est l'absence d'idéal. Comment tisser des liens familiaux sans idéal ? Autrefois, la société le fournissait. Aujourd'hui, c'est l'individu qui doit s'en charger.
Ce n'est donc pas le manque de modèle qui fait problème. mais la multiplication de modèles. À la limite chaque individu se retrouverait créateur de son propre modèle. créateur de loi. chacun sa loi !
Or si chaque humain devient une totalité, le lien social n'a plus de sens... il y a rupture de toutes les formes de transmission de capital, qu'il soit économique, social, culturel ou symbolique. On ne transmet presque plus rien à ses enfants : ni fortune, ni métier, ni croyances, ni savoir. On est passé d'une relation fondée sur l'héritage à une relation basée sur l'affection, ce qui est à la fois formidable mais difficile.
La mutation la plus profonde est celle des relations homme-femme, sous-tendant, le féminisme, les nouvelles technologies de reproduction, les défis d'amour et de santé, l'apprentissage de la compassion face aux maladies de mort, les nouvelles représentations sociales.
Les choses ne sont pas roses. Nous avons des familles à consolider dans un pays nouveau. Nous vivons dans la souffrance de la détérioration de notre pays d'origine et nous pensons à nos familles vivant en Haïti. Acculés à l'impuissance, nous nous tournons vers nos proches pour chercher les causes de nos problèmes et souvent, sans vérifier si vraiment, ils disposent des voies et moyens de changer ce qui doit être changé. Encore faut-il savoir que le vrai changement commence à l'intérieur de soi.
Nous savons que nous avons peur de ce que nous voyons, peur de cette incertitude qui nous divise avec nous-mêmes, nous fait perdre notre identité sociale et politique. Et nous nommons nos peurs : honte, impuissance, égoïsme, manque d'estime de soi, haine de l'autre. etc.
En ce nouvel an, si nous regardions chacun, chacune ce sur quoi nous avons un certain contrôle : contrôlons-nous nos émotions, nos paroles, nos préjugés ? Contrôlons-nous notre mémoire historiqueÊ? Que disons-nous à nos enfants ?Que savons-nous de nos luttes, des sueurs et des désespoirs qui ont construit le peu que nous avons et que nous prenons pour acquis, que ce soit au niveau des instances communautaires ou à l'échelle de la société d'accueil. Nous avons des droits mais aussi des devoirs.
Nous sommes tous, qui que nous soyons, sur le même bateau de la famille. La famille, le lieu privilégié d'éveil et d'éducation. La famille, modèle de référence qui permet à chacun de se développer et d'apprendre chaque jour à mieux respecter l'autre. Et l'autre peut être, père, mère, enfant, grand-mère ou tout autre. L'Année de la famille est le moment privilégié pour réfléchir sur ce que nous mettons en place, sans trop le savoir... la famille.
Konesans fanmi, se lespwa ti moun...
Meilleure année
pour nos familles en 1994