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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 5, numéro 36, mars 1994 |
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Monsieur Claudel Harrison
Agent de développement
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au
Québec
Les 15-30 ans et leur vision de la famille
Désirant connnaître les idées des jeunes sur la famille et son avenir, le Regroupement a organisé des rencontres avec trois (3) groupes de 15-30 ans au moyen d'un questionnaire distribué lors de rencontres dans les Maisons de Jeunes suivantes:
Réseau Contact
Carrefour Jeunesse
Projet TRIP
Les textes qui suivent résument les réponses au questionnaire, de même que les discussions qui suivirent. Ces rencontres regroupèrent en tout une trentaine de jeunes de 3 quartiers de Montréal. Notez bien que ce questionnaire était uniquement destiné à prendre le pouls de la jeunesse et ne constitue nullement un sondage au sens scientifique du terme.
Les jeunes rencontrés se divisaient en 4 groupes d'âge, soit 15 ans et moins, 16-18 ans, 18-20 ans et 20 ans et plus, avec une nette majorité (14) pour cette dernière catégorie. Les réponses furent fournies par un nombre égal de gars et de filles ainsi que d'étudiants et de non-étudiants. Parmi les étudiants, la grande majorité (4/5) appartenait au niveau Secondaire. La situation familiale des jeunes interrogés était traditionnelle ou monoparentale, cette dernière en très légère majorité et presque 2 fois plus de ces jeunes habitaient encore chez leurs parents. Les 2/3 des jeunes rejoints ont affirmé travailler, surtout à temps partiel vu l'école. Quant à leurs raisons de travailler, elles variaient du bénévolat social à la simple survie mais se concentraient principalement dans les catégories "se payer un peu de luxe" et "arrondir ses fins de mois". Notons que plusieurs répondants ont indiqué plus d'une catégorie de réponse. À la question "Désirez-vous éventuellement fonder une famille?", les jeunes ont répondu par un "oui" nettement majoritaire (3/4).
Jetons maintenant un regard sur les réponses aux questions à développement. Elles étaient au nombre de 3 et nous allons examiner les réponses par question et par groupes d'âge.
À la question "Donnez-nous en quelques mots votre vision de la famille actuelle", les moins de 16 ans, en majorité des filles, ont souligné le manque de communication parents-enfants, l'incompréhension parentale face aux problèmes des jeunes, la trop grande présence du divorce et le rejet des valeurs familiales traditionnelles. Certains par ailleurs, voient les familles comme plus ouvertes qu'avant, en précisant que les familles unies sont celles qui fonctionnent le mieux.
Les 16-18 ans, en majorité des gars, ont presque unanimement déploré l'éclatement de la famille, le déclin de ses valeurs et les nombreuses séparations. Selon eux, une nette amélioration est souhaitable, au niveau du dialogue familial.
Les 18-20 ans, en nombre égal de gars et de filles, ont parlé d'une diversification rendant les types de familles difficiles à cerner et ont aussi relevé un manque de compréhension. L'un des jeunes voyait même la famille comme n'existant presque plus.
Les 20 ans et plus , groupe le plus important au point de vue numérique (pour une représentation équivalente gars-filles), relevèrent maintes problématiques auxquelles la famille actuelle est confrontée: nouvelles technologies de reproduction, violence, criminalité, isolement, manque de ressources, abandon, itinérance, précarité du travail, individualisme et insécurité. Certains déplorèrent le peu d'attention des parents envers les enfants et même leur manque de sévérité! D'autres firent remarquer que le manque d'aide de la société envers la famille entraîne l'éclatement du schéma traditionnel et l'expansion de la monoparentalité. "La famille est une valeur importante mais en état de crise", disait l'un des jeunes. D'autres affirmèrent que la famille "est une valeur qui se perd, comme modèle de référence"" ou déplorèrent la disparition des traditions et de la communication, remplacées par le luxe, le laisser-aller et le manque de respect.
Malgré tout, il y a des jeunes qui voient la famille comme donnant un sens à la vie et que si son rôle est aujourd'hui moins éducatif et autoritaire, il demeure vital comme soutien psychologique.
En gros, on pourrait dire que si les 20 ans et plus sont conscients des nombreuses difficultés accablant la famille actuelle et soulignent un besoin de réviser les valeurs familiales, très peu d'entre eux sont portés au découragement ou a croire qu'ils ne peuvent plus espérer en cette institution.
Une autre question portait sur "pourquoi souhaiteriez-vous fonder une famille?". Les moins de 16 ans insistèrent sur l'amour des enfants, le plaisir de les élever, de les voir grandir et de "leur donner une famille stable, avec un couple uni et prêt à s'engager à long terme". "Je veux un mari qui restera (avec moi) et sera (pour nos enfants) le père que je n'ai jamais eu", disait une adolescente.
Les 16-18 ans allèrent un peu plus loin, affirmant désirer "continuer la lignée familiale", vouloir "connaître les bienfaits de la paternité" et apprécier l'amour se dégageant d'une famille unie. Ne doutant de rien, l'un d'eux déclara avoir "l'envie, le potentiel et la patience pour trois enfants au moins". Par contre, un jeune avoua préférer terminer ses études, se faire une place dans la société et voyager, plutôt que de fonder un foyer.
Les 18-20 ans parlèrent d'accomplissement et de l'encouragement à persévérer donné par la famille.
Quant aux 20 ans et plus, ils y allèrent de réponses aussi variées qu'intéressantes. Bien sûr, les sons de cloche ne sont pas toujours au même diapason mais en gros, les commentaires furent plutôt positifs. En voici quelques exemples: "Une étape dans la vie mais les partenaires doivent se connaître et vivre avant de fonder un foyer"
"Vivre les avantages et contraintes de la vie familiale avec sa richesse sur le plan humain, c'est comme un point d'ancrage où on peut évoluer" "C'est un point d'attache pour articuler ma vie et mes passions; le noyau familial permet de se réaliser le plus et d'avoir un certain équilibre".
Ils insistèrent aussi sur l'amour des enfants, le besoin de solidarité et d'entraide, le bonheur et la réussite de vie liée à la stabilité du noyau familial. Toutefois, certains demeurent perplexes, étant donné les difficultés éprouvées dans leur jeune âge, à la suite d'un abandon parental et d'une adoption peu réussie. D'autres se posent des questions sur les problèmes sociaux reliés à la famille. Ils ne désirent pas mettre au monde des enfants destinés au malheur et trouvent que la famille, c'est beaucoup de concessions pour peu de joies. Comme le disait une jeune fille, "comment construire si on passe le temps à débâtir?"
L'autre question à développement était: "Comment percevez-vous l'avenir de la vie familiale?" Là encore, les commentaires allèrent bon train. Les moins de 16 ans parlèrent d'un grand besoin de paix (la violence actuelle effraie), de la nécessité de réunir les familles et que leurs membres soient proches, sensibles l'un à l'autre. On trouve des optimistes, qui voient les futures familles solidement liées, compréhensives, ouvertes aux problèmes des jeunes et capables de calmer leurs peurs. D'autres n'y songent même pas ou prédisent la disparition de la vie familiale, vu le manque de respect des jeunes pour cette institution.
Les 16-18 ans, sans s'enfoncer dans le pessimisme, avertissent que si la tendance se maintient, il y aura de plus en plus de couples éclatés, de difficultés sociales et d'individualisme. Il faut, disent-ils, faire plus de place à l'amour, à la discussion et tenter au moins de faire vivre aux futurs enfants autre chose que ce que vivent les jeunes d'aujourd'hui.
Les 18-20 ans voient l'avenir comme difficile, vu la situation économique et sociale mondiale. La famille apparaît même menacée dans son existence par l'égocentrisme de gens qui ne sont plus disposés aux sacrifices qu'implique la vie familiale. On semble aussi craindre la science, avec ses nouvelles techniques de reproduction et par le fait même, ses nouvelles difficultés.
Quant aux 20 ans et plus, ils envisagent assez favorablement l'avenir familial, avec quelques réserves toutefois et certains d'entre eux sont carrément pessimistes, voyant la famille traditionnelle "sur son lit de mort". Plusieurs prévoient un retour aux valeurs traditionnelles, à un encadrement et un suivi plus stricts, à une amélioration par un rapprochement des personnes, à une recon-struction de la famille, qui doit vivre l'éclatement actuel pour, c'est souhaitable, acquérir plus d'ouverture et de maturité. Plusieurs pensent que les futures familles revêtiront diverses formes, qu'elles seront à la fois traditionnelles et renouvelées, en tenant compte en priorité du bien-être des enfants, qui devraient être consultés pour toute décision importante. Tout cela demandera aide et encouragement de la part de la société pour laquelle, la vie familiale est un défi à relever en commençant par redonner confiance aux jeunes face à l'emploi.
On trouve aussi des réponses teintées de pessimisme, où on ne prévoit aucun espoir, "pas de rêves car on n'a plus les moyens de rêver", une vision résolument sombre de l'avenir. Une adolescente disait même qu'avec les nouvelles avancées en génétique (l'entreposage d'embryons sans doute), comment savoir si "nos frères de plus tard ne seront pas nos maris?".
En plus de répondre au questionnaire, les jeunes furent appelés à élaborer sur certains sujets. Nous tenterons ici de résumer l'ensemble de ces discussions.
Les jeunes rencontrés sont partagés sur ce point. Certains mettent l'accent sur la nécessité de faire preuve d'autonomie et affirment que si on le fait par choix, le travail et les études sont conciliables. D'autres soutiennent que si un jeune travaille, qu'il ne reçoit pas d'aide financière (prêts-bourses) et qu'il doit payer un appartement, il ne peut arriver et doit choisir: le travail ou les études. Travailler 25 heures et en étudier 20-30 par semaine s'avère fort difficile, voire impossible. A la limite, comme le soulignait une jeune fille qui en a fait l'expérience, on peut opter pour des cours à temps partiel, question de se perfectionner dans un domaine. Les prêts-bourses sont difficiles à obtenir car les parents sont censés aider leurs enfants. Pour les délester de cette obligation, il faut qu'ils soient sans travail ou tout au moins, qu'ils gagnent très peu. Même s'ils paient les frais de cours (lesquels sont devenus exorbitants), il reste le loyer, la nourriture, les livres, le linge, etc. A la limite, comme le disaient les jeunes, on peut couper dans les sorties mais c'est tout.
Aussi, ça dépend du travail que le jeune se déniche. La restauration, par exemple, serait à éviter car les heures sont longues, les restaurants ferment tard, le transport manque et la fatigue occasionnée nuit aux études. Par contre, un jeune prétendait qu'il avait travaillé dans un stationnement et qu'il disposait d'assez de temps pour étudier à son lieu de travail.
On déplore le manque de moyens fournis aux jeunes pour étudier. On leur répète en long et en large de ne pas décrocher, mais sans leur donner les moyens concrets de le faire. Tout coûte très cher et les jeunes, comme leurs parents trop souvent, sont pauvres. D'un autre côté, les prêts-bourses aident mais accumuler $12,000.00 de dettes avant même de se trouver un emploi est décourageant.
Certains soutiennent qu'il est normal pour un jeune d'habiter encore chez ses parents à 25 ans car aujourd'hui, "on reste plus longtemps adolescent". "Avoir la chance, disait une jeune fille, je resterais chez mes parents jusqu'à l'âge de 35 ans". D'autres affirment qu'ils partiraient s'ils le pouvaient mais que finan-cièrement, c'est impossible. Certains partent de la maison pour aider des parents qui n'arrivent pas et le prix de cette indépendance nouvelle: les "Kraft dinners"! Certes, pour un jeune qui étudie, vivre chez les parents est avantageux car il dispose de plus de temps pour ses études.
Aussi, vivre chez les parents est surtout intéressant quand on s'entend bien avec eux. Là, les jeunes soulignent l'importance de l'amour, de la communication et de la confiance. Parfois, un jeune s'en va de chez lui vivre avec un(e) ami(e) parce que justement, il se sent plus en confiance. Mais rapidement, d'autres problèmes surgissent, on s'aperçoit qu'on est parti trop vite et il est parfois trop tard pour revenir. Pour une bonne partie des jeunes, l'idéal est de s'entendre avec les parents mais ce n'est ni toujours évident, ni même parfois possible.
À ce sujet, les jeunes sont de l'avis qu'il y a de plus en plus de familles "reconstituées", ce qui n'est pas mauvais en soi, mais que pour les enfants, une famille unie est mieux. D'ailleurs, une jeune fille travaillant en garderie précisait que les enfants de ces familles "refaites" vivent des angoisses, de l'incertitude, sont confrontés à des valeurs différentes et soumis au stress, surtout quand ils proviennent de milieux défavorisés. Il y a, selon elle, des parents que seul le jeune âge des enfants empêche de divorcer et ces enfants vivent une tension familiale difficile à supporter, quand on connaît l'importance pour un très jeune d'habiter un milieu stable et sécurisant.
Selon les jeunes, le couple se dégrade en premier et la famille suit, par un effet d'entraînement. D'après un adolescent qui en a fait l'expérience, être élevé en famille d'accueil ne l'a pas rendu heureux mais lui apportait tout de même une certaine sécurité. Cette situation le força à une difficile prise de conscience et aujourd'hui, il voit la nécessité de construire sa propre base, de se détacher de son passé et des blessures psychologiques subies. Il affirme qu'avant d'entreprendre un projet familial, les gens doivent savoir ce qu'ils veulent et où sont leurs limites. Aussi, ajoutait-il, il faut dire la vérité aux enfants et les impliquer dans la famille car ses problèmes les concernent. Un jeune en famille d'accueil se demande pourquoi il n'est pas avec ses parents biologiques, il pose des questions et reçoit des réponses ambigues. Alors quelle version croire, quand le travailleur social dit une chose et les grands-parents une autre?
Le problème principal, toujours selon les jeunes, c'est que la société n'aide pas les familles, notamment en ce qui concerne les enfants: on leur dit d'en faire mais l'encouragement se limite à des mots. Bien sûr, les gens sont plus individualistes qu'autrefois et choisissent d'avoir des enfants plus tard, pensant d'abord à leur carrière et leur bien-être matériel. Mais certains couples les auraient peut-être plus vite s'ils se sentaient socialement appuyés. Certes, comme le faisait remarquer un autre jeune, on ne doit pas "faire des enfants pour l'argent". Mais avec les années difficiles, les parents ont du mal à arriver et cela se répercute sur leurs relations avec les enfants. "On ne se parle plus dans les familles", disait un autre adolescent qui avouait devoir "se faire chicaner pour avoir de l'attention".
D'autres problèmes familiaux relevés par les jeunes: le décrochage scolaire et la monoparentalité, avec les femmes, souvent cheffes de famille qui doivent travailler et trop souvent, tombent sur l'Aide Sociale, donc dans la pauvreté. Les garderies sont dispendieuses (quand la femme travaille) et elles manquent nettement d'aide gouvernementale. Là aussi, il y aurait place pour de l'amélioration.
Les jeunes à la maison prennent la vie familiale pour acquise mais quand ils partent, ils se rendent compte de ce qu'ils ont perdu et curieusement, ça les rapproche de leurs parents. Donc, partir peut être en quelque sorte révélateur sur soi-même. D'un autre côté, certains parents ne sont pas conscients du tort qu'ils font aux enfants par leur manque de communication, lequel est, toujours selon les jeunes, un des plus gros problèmes de la société actuelle. "Mon père ne me demandait qu'une chose: de bonnes notes", avouait une adolescente.
Les familles sont moins proches. Les difficultés économiques sont à la source de bien des disputes, des colères, des séparations. Autant certains jeunes semblent se foutre de tout, autant des parents oublient qu'ils ont aussi vécu ces crises, à l'adolescence. Pour les jeunes, "ils devraient se souvenir de ce que leur vécu leur a appris".
À ce propos, les jeunes pensent qu'il est important de redéfinir la famille, autant immédiate qu'élargie et qu'il incombe aux parents de s'affirmer et d'imposer des limites pour éviter des conflits familiaux.
Ils croient que la majorité des jeunes (les femmes tout au moins) veulent fonder une famille et élever des enfants mais pour cela, il faudra leur offrir des conditions favorables, leur proposer un avenir intéressant. Tous font état de la nécessité de bien s'établir (travail, moyens matériels) mais soulignent qu'on est "dans l'ère des employés jetables". Il y a des jeunes qui ont un Bac universitaire et qui travaillent comme serveurs dans des bars ou plongeurs dans des retaurants. Une telle situation est décourageante car il y a trop de gens pour le nombre d'emplois intéressants et que même si cela s'améliore en l'an 2000, il sera trop tard pour les jeunes que certains qualifient cyniquement de "génération sacrifiée".
Pour un avenir intéressant, la société doit changer, revenir aux sources et à des valeurs plus traditionnelles, dont le noyau familial stable car aujourd'hui, pensent les jeunes, les couples manquent de patience et se séparent à la moindre peccadille. Le divorce devient presque une mode et il est difficile de faire confiance à quelqu'un pour un projet de vie en commun. Pas question toutefois de trop revenir en arrière et , comme le faisaient certains parents, de s'endurer pendant 25 ans pour les enfants. La conscience, la responsabilité et le discernement sont des qualités à développer pour les parents.
Aussi, la société devra idéaliser la famille et rapidement car si ça continue, elle cessera d'exister, comme le prévoient déjà les plus pessimistes parmi les jeunes interrogés. Mais la plupart sont d'avis que la famille a encore un avenir, si elle se prend en main et si on lui permet d'assumer pleinement son rôle social. Une partie de ce rôle est l'éducation des enfants, partie qui est trop souvent laissée à l'école, pourtant censée s'occuper de l'instruction. Certaines "matières scolaires"" comme la morale et la sexualité devraient redevenir l'apanage des parents.
Aussi, l'accent doit être mis sur l'autorité parentale, car son rejet par les adultes de la génération du "babyboom" a eu comme résultat des enfants plus libres mais manquant de motivation: ils décrochent car ils sont incapables d'efforts. Comme autrefois, les parents devront insister sur la nécessité d'aller à l'école et de réussir les études. Les jeunes prévoient que leur génération sera plus sévère et ne tolérera plus que des enfants soient grossiers et impolis avec les adultes. Ils sont trop gâtés, manquent de respect, d'encadrement, n'ont pas de valeurs... d'où la nécessité d'être plus stricts. Certes, il y a des jeunes qui s'accomodent bien de leur liberté. Ils ont des parents ouverts, qui s'expliquent avec eux sur tous les sujets et leur donnent des faits (sur la drogue et le sexe, par exemple) en attirant l'attention sur les conséquences des choix d'actes posés. Ils font ainsi réfléchir les jeunes, ce qui est mieux que les ordres car il est plus important de comprendre que d'obéir. On comprendra que les jeunes réclament plus de dialogue, lequel manque dans les familles. Aussi, on manque de modèles, les valeurs non évidentes sont cueillies un peu partout et comme toujours, l'interdit attire, aussi problèmes de toxicomanie, de décrochage et de criminalité.
Bien sûr, il n'est pas vraiment question de revenir aux familles traditionnelles nombreuses car les gens, avec les conditions de vie actuelle, continueront d'avoir moins d'enfants qu'autrefois. D'autres priorités (succès, argent, performance, bien-être, etc) continueront de mobiliser les efforts de parents potentiels. Il n'empêche que même si les familles rétrécissent, elles peuvent se remettre à vivre intensément, se rapprocher et partager au lieu de prétexter la fatigue (travail des deux parents, soucis de tous genres) pour se replier chacun de son côté.
Les familles devront se réserver des moments de réunion et partager des activités qui en rapprochent les membres. Les nouveaux parents devront inculquer aux enfants non pas ce que la société impose mais ce qu'eux, avec leur expérience de la vie, considèrent comme valable. Pour la religion par exemple, un jeune proposait que les parents permettent aux enfants d'en développer une vision qui leur est propre, en les renseignant sans imposer.
Aussi, les adultes devront apprendre à moins juger les jeunes, surtout sur leur apparence (mal habillé donc drogué et voleur) ou leur quartier (vient de l'est, donc "dûr à cuire"). Ce catalogage transforme le fossé des générations en un véritable mur, alors que les adultes perçoivent les jeunes comme des délinquants et à l'inverse, les jeunes ne voient en les adultes que des juges sévères et intransigeants. A la longue, le jeune finit par croire à cette étiquette et se comporte en conséquence.
"Les jeunes ne pensent pas tout savoir mais parfois, les adultes devraient leur laisser dire ce qu'ils pensent, surtout à leur sujet: ils en apprendraient peut-être...".