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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 5, numéro 36, mars 1994 |
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Monsieur Pierre Simard
Travailleur social
CLSC Centre-ville
Comment prévenir la toxicomanie
Résumé de l'allocution de monsieur Simard par Claudel Harrison
Intervenant social de 1974 à 1977 à Domrémy-Montréal, puis, de 1978 à aujourd'hui au CLSC Centre-Ville, Monsieur Pierre Simard connaît bien le problème de la toxicomanie et ses influences néfastes, tant sur l'individu que sur la famille. Qu'il suffise de dire que monsieur Simard a déjà effectué une recherche sur les itinérants à Montréal, un milieu où le taux de toxicomanie serait de 75%. Selon monsieur Simard, cette recherche démontrait que l'une des données fondamentales du problème de l'itinérance est l'éclatement de la cellule familiale et surtout, la séparation d'avec les enfants. Monsieur Simard précisa qu'à son avis, cette problématique était la même pour les toxicomanes.
Poursuivant sur sa lancée, monsieur Simard se demande pourquoi la drogue a une si grande emprise sur des consommateurs issus de toutes les classes sociales. Au-delà de la notion de "paradis artificiels", de la fuite devant les responsabilités et autres clichés, qu'y a-t-il dans la drogue de si violemment "accrocheur"? Monsieur Simard n'hésite pas à comparer les drogues à des armes de guerre contre lesquelles il n'existerait aucune défense efficace. Et comme les armes, la drogue est une industrie fort payante. Les profits rapides donnent aux organisations criminelles qui en font le trafic, les moyens de se structurer toujours plus efficacement et de contrer les forces qui tentent de s'opposer à elles. Tout ceci crée une chaîne dont certains maillons sont, bien malgré eux, les gens et groupes oeuvrant à la réhabilitation des victimes, lesquels réclament plus de fonds, de nouveaux centres de traitement, etc... Et cela, toujours d'après monsieur Simard, ne contribue pas à régler le problème.
Monsieur Simard n'hésite pas à naviguer à contre-courant des idées sociales en cours et affirme que l'accent doit être mis sur la répression à la source, dans un contexte international. Il va même jusqu'à affirmer que cette répression devrait disposer d'autant sinon plus de fonds publics que la prévention. Il insiste sur le fait que la drogue est une "industrie" créée par la pègre, laquelle peut, grâce aux revenus qu'elle génère, corrompre à peu près n'importe qui: policiers, avocats, politiciens et même pays. A ce sujet, monsieur Simard citait l'exemple du Panama et de Noriega. Il prétend donc que si la demande existe, c'est en grande partie parce qu'une offre structurée la crée et l'entretient.
Toujours de l'avis de monsieur Simard, toute cette mécanique fonctionne principalement parce que le système de valeurs sociales s'est effondré. Ce système, sans être parfait, fournissait des points de repère pour intégrer les individus à la société, famille et religion principalement. Aujourd'hui, la famille est éclatée et la religion est tombée dans la corruption avec les "preachers". Aussi, le système politique est plus fragile et accepte des compromis absurdes. Là-dessus, monsieur Simard soulignait la récente aventure de la contrebande du tabac. La crédibilité des financiers est sérieusement ébranlée par divers scandales (pots de vin, conflits d'intérêt...) et les gens perdent de plus en plus confiance en les "élites" qui leur servaient autrefois de modèles. C'est l'argent et l'individualisme qui règnent en maîtres, de nos jours.
On semble même aller vers la légalisation et le contrôle gouvernemental des drogues, dans le but d'en enrayer la violence et les crimes qui s'y attachent. Monsieur Simard n'est pas d'accord avec cette idée. Il est mal à l'aise avec certains programmes comme celui du groupe "Cactus", qui distribue des seringues neuves et des condoms aux toxicomanes, dans le but, bien louable, d'empêcher la progression du SIDA. L'utilisation de la méthadone pour le traitement des héroinomanes lui apparaît aussi comme une sorte de démission. Monsieur Simard précise toutefois que si les pratiques sont suspectes, les buts sont louables et que faute d'idées, on est bien incapable de les remplacer.
Monsieur Simard affirme que plus d'argent doit être affecté à la consolidation des familles, mais qu'au niveau public, les gouvernements semblent hésitants à s'engager. Devant l'ampleur des problèmes, terminait monsieur Simard, il faudrait peut-être recréer une institution abolie dans les années 60: le Ministère de la Famille.