Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 5, numéro 37, avril 1994

Monsieur Serge Charlebois
Président sortant
Fédération étudiante universitaire du Québec

Aide financière aux étudiants :
clef de l'accessibilité de l'enseignement supérieur

En 1989, contrairement à l'esprit du rapport Parent, le gouvernement dégelait les frais de scolarité des universités et les faisait presque tripler en trois ans. Loin de respecter les promesses faites en 1989, le gouvernement n'a pas augmenté le régime d'aide financière en conséquence et a retiré de façon importante son financement aux universités. À ce sujet, en 1992-1993, le Conseil des universités écrivait qu'un étudiant bénéficiait du même financement qu'en 1989-1990 alors que sa contribution avait presque triplée. Résultat : tout en diminuant l'acces-sibilité, le dégel des frais de scolarité n'a pas contribué à augmenter les ressources des universités ou à améliorer la formation offerte.

Il s'agit donc bien du transfert de la facture de l'enseignement supérieur du gouvernement vers les étudiants, les jeunes.

Comment justifier une telle politique ? Est-ce leur vulnérabilité ?

Depuis le dégel, bien que le nombre d'étudiants à temps partiel a pour sa part amorcé un décroissement marqué, considérant qu'une partie importante de perfectionnement de la main-d'oeuvre et de la démocra-tisation de l'enseignement supérieur, surtout dans les régions, est assumée par les programmes à temps partiel, nous devons questionner les orientations gouvernementales en cette matière.

L'enjeu pour la société et tous les intervenants concernés par les universités est donc de concilier le financement des universités et l'accessibilité à l'enseignement supérieur.

Le financement des études

Abordons dans cette perspective le financement des études. En moyenne, les frais de scolarité représentent 20% du budget de l'étudiant. Considérant les dernières hausses de frais de scolarité, le coût de la vie des étudiants a donc augmenté de 40% de plus que le coût de la vie du reste de la population.

Bien que le revenu annuel moyen des étudiants se situe à 9600.$, le quart des étudiants universitaires vivent avec moins de 6400.$ par année. Par conséquent, 80% des étudiants vivent sous ce qu'il convient d'appeler le seuil de pauvreté. Ces ressources proviennent à 51% de revenus d'emploi personnel, à 17% des parents et à 19% du régime d'aide financière et de Bourses de toutes sortes. On note ainsi une grande dépendance de seulement trois sources de revenus dont ceux qui, dans les conditions économiques actuelles, sont fort instables.

D'ailleurs, on estime que la proportion de parents qui contribuent comme prévu dans le calcul l'aide financière gouvernementale se situe entre 40% et 25%. C'est donc dire que parmi les bénéficiaires du régime, la grande majorité ne reçoit pas l'une des trois sources de revenus calculés ce qui crée un manque à gagner important.

La situation de l'emploi chez les jeunes

Une récente étude de Statistique Canada dressait le portrait de la situation de l'emploi des jeunes. En quelques mots, on constate que la dernière récession économique à eu chez les jeunes des effets plus importants que pour le reste de la population et même plus importants que la récession de 1980. Le rattrapage n'est pas achevé et devrait se poursuivre pour au moins quatre ans. Le taux d'activité des étudiants a diminué : il y a donc en proportion moins d'étudiants au travail que par les années passées. Les revenus d'emploi représentant la moitié des revenus des étudiants, ceux-ci doivent trouver d'autres ressources et se tourner vers le régime gouvernemental d'aide financière.

Le régime d'aide financière, en plus d'importantes lacunes dans le calcul de la contribution parentale, n'est pas pleinement augmenté en fonction des besoins. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral, par les paiements de transfert aux provinces, diminue sa part du finan-cement de l'aide financière aux étudiants. Cumulé à une augmentation des clientèles, des frais de scolarité et du coût de la vie, le régime québécois de prêts et Bourses ne peut répondre aux attentes des étudiants.

Le problème de l'endettement

Et le problème de l'endettement se fait de plus en plus sentir. Depuis trois ans, le nombre de diplômés n'ayant pas suffisamment de ressources financières pour repayer dans les délais leur dette d'études a quadruplé. Ces dettes doivent ainsi être prises en charge par le gouvernement pour une période n'excédant pas 18 mois. Le principal problème du mode actuel de remboursement est que les paiements ne tiennent pas compte de la situation économique dans laquelle évolue le diplômé et dont il est plus souvent la victime que la cause.

Les recommandations

Il faut donc un virage important du côté de l'aide financière. Un virage qui doit se faire par un choix de société éclairé sur les enjeux que représentent pour le Québec l'investissement dans l'enseignement supérieur, dans sa jeunesse. Je vous proposerai maintenant plusieurs changements à apporter.

Au chapitre de l'accessibilité, il faut miser sur un régime d'aide financière flexible et généreux. Pour couvrir les frais de scolarité, le gouvernement devrait autoriser un prêt équivalent à toute personne qui en fait la demande, sans estimation des besoins et ressources personnelles. Quant à l'aide financière de subsistance, elle devrait tenir compte du coût réel de la vie pour l'étudiant et par conséquent être pleinement indexée annuellement. On devrait également retirer la contribution parentale du calcul de l'aide financière.

Quant au problème de l'endettement, une formule de prêt à remboursement proportionnel au revenu serait plus adéquate que le régime classique actuel. De plus, pour limiter l'endettement, il faudra maintenir l'aide financière sous forme de Bourses et limiter l'augmentation des frais de scolarité.

Nous devons également nous attarder à l'accès au diplôme. En effet, avec le taux effarent de décrochage et d'abandon que subit l'enseignement universitaire, il y a lieu d'augmenter considérablement l'encadrement, même à ce niveau, de manière à favoriser la diplomation. Car l'accessibilité financière des universités est bien futile si, une fois admis, l'étudiant ne peur bénéficier des ressources d'aide nécessaire à son cheminement académique.

Conclusion

Conclure sur ces changements à apporter à la situation actuelle serait faire bien peu d'égard à toute la dimension sociale et culturelle de l'accessibilité de l'enseignement supérieur. Alors que déjà au niveau secondaire, les jeunes questionnent la pertinence de leurs études, la famille joue un rôle primordial dans la démocratisation de l'enseignement supérieur : celui d'encourager les jeunes à poursuivre leur éducation au plus haut niveau possible.

Note concernant la FEUQ

La Fédération étudiante universitaire du Québec en est rendue à sa sixième année d'existence. Elle regroupe plus de 100 000 étudiantes et étudiants des quatre coins du Québec et oeuvre au développement et à la promotion des intérêts étudiants au sein des universités, dans la société et face au gouvernement. Elle abordera cette année une dimension longtemps mise de côté par le mouvement étudiant : celle de la qualité de l'enseignement.

Monsieur Serge Charlebois termine une deuxième année de mandat à la présidence de la FEUQ. Il entreprend une maîtrise en physique à l'Université de Sherbrooke.

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