![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 5, numéro 37, avril 1994 |
|
Monsieur Michel Therrien
Coordonateur général
Fédération des associations universitaires québécoise en
éducation permanente
Les études de plus en plus difficiles ...
Le retour aux études est de nos jours un phénomène qui n'appartient plus à une minorité mais, de plus en plus, devient une obligation que nous impose la société. En effet, tous s'entendent pour dire que nous n'entrons plus sur le marché du travail pour épouser un emploi que nous garderons jusqu'à notre retraite. Nous aurons, selon toute éventualité, à vivre trois voire quatre carrières différentes dans notre vie. Même si nous réussissons à conserver une ombre de stabilité, nous avons déjà la certitude que la moitié de nos connaissances seront périmées au cours des cinq années suivant notre entrée sur le marché du travail. 1
Si, par contre, nous n'avons pas la chance de pouvoir conserver notre emploi et que nous sommes de ceux qui viennent gonfler les rangs de l'assurance chômage, nous serons vite forcés de réaliser que les programmes sociaux ne sont plus suffisants. Le gouvernement, peu importe les force politiques qui le dirigent, suit inexorablement la voie du désengagement social. Force nous est faite de réaliser que "l'état providence" n'existe plus et que nous ne pouvons nous fier qu'à nous-mêmes pour nous assurer d'un avenir !!!
Même pour la population étudiante qui poursuit une formation ininterrompue, l'obligation de continuer des études supérieures est omniprésente fin de l'ère où nous pouvions trouver un emploi avec un secondaire V, même que le DEC ne suffit plus et de plus en plus, le BAC nous assure un chômage instruit.
Dans un contexte comme celui-ci la problématique des adultes ayant des projets familiaux et des projets académiques est en voie de devenir, dans un avenir rapproché, le cas de la majorité de la population étudiante.
La problématique peut être envisagée sous deux aspects. Premièrement l'étudiant qui poursuit ses études même sans interruption et atteint les cycles supérieurs, peut envisager d'être encore aux études à l'âge de 30 ans. À cet âge les projets de vie affective sont déjà bien engagés et il est inévitable que la perspective d'avoir des enfants, si non encore réalisée, est très proche. Dans la situation actuelle il est simplement irréaliste de croire que l'aide financière que le gouvernement accorde soit suffisante. Tout d'abord, il faut comprendre qu'il s'agit d'allocations de subsistance. Qui veut avoir des enfants pour leur permettre de subsister ? Imaginez-vous que vous vivez au seuil de la pauvreté et que l'on vous accorde 2500$ par année pour votre enfant (nourriture et tous les autres besoins inclus). Nous n'oserions ici parler de la disponibilité des places en garderie et de l'accessibilité à l'aide financière pour ceux-ci ou de la charge des responsabilités relatives au statut parental.
Deuxièmement, si par désir de sortir de sa situation actuelle, une personne décide de retourner aux études pour se réorienter ou pour parfaire sa formation et si, par malheur, il est déjà dans des responsabilités familiales, alors là! ça se complique. Allez-vous vous engager dans des études à temps partiel où à plein temps? Si vous décidez de vous engager à temps partiel, ça frôle le masochisme. Tout d'abord, si vous ne prenez qu'un seul cours par session vous en aurez pour dix ans avant de graduer, on parle de patience ici. Si, par contre, vous désirez accélérer un peu le processus, vous vous inscrivez à deux cours par session. Vous obtiendrez alors votre diplôme en un temps record de six ans mais à quel prix? En effet, deux cours par session signifie dix-huit heures de travail par semaine soit environ cinq soirs de travail supplémentaire que vous devez vous payer à vous-même, car aucune aide monétaire n'est disponible pour un si petit effort. Et on ne parle pas de l'aide pour la garde des enfants qui est financièrement aussi inexistante que matériellement.
Si, après de longues réflexions, vous décidez de faire le grand saut et d'entreprendre des études à plein temps alors là, c'est de la folie! Vous pourrez peut-être avoir accès à l'aide financière, mais accepteriez-vous de retourner à un salaire de 9000.$ incluant les frais de scolarité? Nul doute que vous aurez besoin de l'aide de votre conjoint. Cependant, si votre conjoint à le malheur de gagner plus de 17000 $ par année (la richesse quoi!) vous serez pénalisé. Vous aurez alors à rencontrer les mêmes obstacles que les étudiants dont je parlais plus tôt, en plus de faire face à la résistance du milieu. Effectivement ne vous imaginez pas parce que vous vous trouvez dans un milieu voué à la connaissance que l'esprit d'ouverture y est nécessairement présent. Bien au contraire, il peut vous prendre jusqu'à deux ans , si vous êtes très sociable, avant de briser l'isolement que vous imposeront vos collègues d'études. Ceci en plus de l'isolement que vous vivrez par la spécificité de vos problèmes, sans la possibilité d'en parler à qui que ce soit.
Ici nous pourrions examiner l'aspect problématique des familles mono-parentales qui voient les allocations familiales être considérées comme des revenus donc pénalisant les bourses si elles y ont accès. Nous sommes tous d'accord que se sont certainement les gens qui méritent de l'aide s'ils veulent éventuellement se sortir du marasme qui les guette.
Il est certain que cet état providence d'antan a disparu définitivement. Loin de nous l'intention de demander à l'état d'assumer nos responsabilités pour nous. Mais il ne s'agit ici que d'offrir des mécanismes d'aide aux familles qui veulent se sortir d'une situation qui les rend dépendantes de l'état et qui à court ou à long terme coûte très cher à chacun d'entre nous, en plus que d'hypothéquer l'avenir de toute une société. Des solutions simples pourraient être apportées : accorder les prêts, voir les bourses, au prorata des crédits obtenus ce qui ouvrirait les portes de l'aide financière aux étudiants à temps partiel; permettre aux gens sur l'aide sociale de suivre plus de cours par session sans pénalité; au moins laisser les étudiants à temps partiel demander de l'aide financière pour les frais de garderie.
Nous demanderons à quand une politique familiale respectant la réalité, à quand une politique familiale qui ne mettra pas des obstacles à la volonté d'améliorer sa situation, à quand une politique familiale qui aura une vision à long terme et surtout à quand une politique familiale intégrée qui permettra aux familles de se doter des moyens pour que leurs enfants ne soient pas dépendants de la société, car de cette façon l'état n'aura plus à se désengager des programmes sociaux mais l'individu lui-même se détachera de ses chaînes qui l'avilissent.
Références
1. Données de PenState University sur le "half life knowledge expectency"