Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 5, numéro 37, avril 1994

La pauvreté des enfants du Canada

D'ici l'An 2000

La situation actuelle de la pauvreté au Canada est intolérable. En 1989, année de résolution tripartite à la Chambre des communes, le taux de pauvreté de l'enfance était de 14,5%. Il s'élevait à 16,9% en 1990 et à 18,3% en 1991. Étant donné que 1992 était une année de récession et qu'on veut dans le meilleur des cas constater en 1993 une faible remontée, on est en droit de penser que le taux de pauvreté est encore plus élevé maintenant, peut-être au-dessus de 20%. Bien que le Canada soit l'un des plus riches pays industrialisé, s'il a l'un des pires taux de pauvreté des enfants et des familles.Les Nations Unies se sont plaint cette année que le Canada ne remplissait pas ses engagements envers "Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels" et a déclaré "apparemmen t il n'y a eu aucun progrès quantifiable pour la diminution de la pauvreté au cours de la dernière décennie, ni dans le soulagement des conditions extrêmes de pauvreté auprès d'un certain nombre de groupes particulièrement vulnérables".

Les enfants canadiens qui sont élevés dans la pauvreté sont désavantagés face à la vie. Ils ont plus de probabilités de vivre dans des conditions de logement insatisfaisantes, de ressentir les effets du chômage dans leur famille, et en raison des coûts élevés, ont moins facilement accès aux services de garde de qualité. Les enfants pauvres ont une espérance de vie plus courte, plus de maladies, de plus en plus souvent recours aux banques alimentaires et plus de risques de décrochage scolaire. Et rien ne laisse entrevoir que ces conditions vont s'améliorer dans un avenir proche.

Quelles mesures prennent les divers paliers de gouvernements pour remédier à cette situation inaceptable ? Même si un léger relèvement du taux de l'aide sociale dans certaines provinces a aidé les enfants pauvres ces dernières années, ces revenus sont situés bien au-dessous du seuil de la pauvreté. C'est d'autant plus inquiétant que le nombre d'enfants élevés dans des familles tributaires de l'aide sociale augmente rapidement. Les modifications de 1993 aux prestations pour enfants n'ont apporté aucune amélioration appréciable et en raison de l'indexation seulement partielle des prestations sur le taux d'inflation, le nouveau régime appauvrira encore plus les enfants et les familles démunis d'ici l'an 2000. Le Gouvernement fédéral a renié son engagement envers une stratégie nationale de services de garde, ce qui est une claire indication que les conditions des enfants et des familles pauvres au Canada ne vont pas s'améliorer de si tôt.

Les politiques gouvernementales d'impôts et de transfert de revenus essayent de combler les inégalités des revenus familiaux au Canada, mais leur effet n'a fait que diminuer depuis 1981, et cela s'est poursuivi entre 1990 et 1991. Tandis que 60% des familles canadiennes au bas de l'échelle des revenus ont subi une baisse de leur part du revenu total au cours de la dernière décennie, les familles les plus riches ont vu la leur augmenter.

L'année dernière, le sous-comité sur la pauvreté de la Chambre des communes a publié un rapport minimisant l'ampleur et la gravité de la pauvreté des enfants au Canada. Ceci, ajouté au manque de mesures de redressement ne porte pas à l'optimisme. Vu la situation médiocre du marché du travail et le manque d'initiatives efficaces pour lutter contre la pauvreté, dans les domaines de services de garder à l'enfance et des programmes d'emplois, des prestations d'aide sociale, il semble improbable que la pauvreté des enfants sera éliminée d'ici l'an 2000. En fait elle risque encore d'augmenter.

C'est au gouvernment fédéral d'assumer son rôle de chef de file pour établir et faire appliquer des stratégies visant à lutter contre la pauvreté. La première étape fait nettement partie du domaine de la réforme des politiques, surtout en ce qui a trait aux services de garde, aux stratégies du marché du travail, à la sécurité du revenu, à l'éducation et au logement. En élaborant des stratégies pour éliminer la pauvreté de l'enfance, les législateurs ne doivent pas perdre de vue les avantages économiques, sociaux et humains à long terme, au lieu de se concentrer uniquement sur les coûts des programmes à brève échéance. Au fur et à mesure que les familles sortent de la pauvreté, les revenus d'impôts vont augmenter, et donc les besoins de prestations de sécurité du revenu, de services de garde et de logements subventionnés vont diminuer.

Étant donné que les salaires stables et adéquats sont une condition efficace de tout programme anti-pauvreté, les politiques gouvernementales devraient s'atteler à réduire la répartition de plus en plus inégale des revenus familiaux et à améliorer la création d'emplois au Canada. Il faut aussi reconnaître que les services de garde à l'enfance subventionnés constituent un ingrédient nécessaire pour aider bon nombre de tributaires de l'aide sociale à effectuer une transition permanente vers un revenu d'emploi adéquat.

 

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