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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 5, numéro 37, avril 1994 |
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Madame Yvette Boire
Infirmière
Les Cercles de fermières du Québec
Pour une meilleure qualité de vie familiale
En ce lendemain de la journée de la femme, j'ai le plaisir de venir partager quelques réflexions avec vous. Je dis bien réflexions car je n'ai aucune solution à vous suggérer, aucune réponse à vous donner. Ma réflexion portera sur le loisir pour les jeunes d'aujourd'hui, la qualité de vie familiale qu'ils désirent.
La famille, c'est une structure stable constituée d'un père, d'une mère et de plusieurs enfants (autrefois l'union des conjoints durait toute la vie). Depuis vingt ans, au Québec, 50% des familles vivent de cette structure nucléaire, qui peut éclater à tout moment - 20% sont des familles monoparentales et 30% sont des familles dites reconstituées (il existe 48 modèles différents de familles selon Pierre Gauthier "Les nouvelles familles".)
Fernand Fournier et Michel Lafortune nous en parlent ainsi:" Le monde culturel des jeunes est certes un monde d'identification, de contestation, de choix et d'expériences. Ils passent là où nous sommes passés. Pourtant ce monde de jeunes est aussi très différent du nôtre. Il y a des choses qui restent, mais un bon nombre de réalités ont contribué à changer les perceptions que les jeunes se font du monde dans lequel ils vivent. Par exemple :
Il existe donc une période (de 10, 15 parfois 20 ans) où les jeunes forment une "entité identifiable" sans pour autant posséder ou acquérir un "statut réel" dans notre société. En effet, si le point de départ de l'adolescence est marqué par un phénomène biologique (la puberté vers 10 ou 11 ans), le point d'arrivée à l'âge adulte, quant à lui, est marqué par un phénomène culturel; le moment ou le jeune peut accéder à ce que les autres adultes de son milieu ont (un "char", une vraie "job", un appartement, etc.)
Ces constatations m'amènent à regarder les difficultés rencontrées par les parents :
Aujourd'hui, l'évolution de la société fait que plusieurs femmes se retrouvent sur le marché du travail par nécessité, pour permettre de garder un niveau de vie au-dessus du seuil de la pauvreté (pour la majorité des familles), pour d'autres c'est pour permettre aux enfants de poursuivre leurs études. Pour quelques-unes un choix de carrière. Il est très difficile aujourd'hui pour une femme professionnelle de se garder à la fine pointe de sa profession tout en demeurant à la maison pour se consacrer entièrement à sa famille. Lorsqu'elle devra retourner sur le marché du travail, moment ou les enfants auront des besoins plus dispendieux, elle n'aura pas sa place et sera considérée comme dépassée.
Dans le passé, la mère de famille était la gardienne du foyer, elle en assumait la totale responsabilité, le fonctionnement, la coordination de la famille, le père lui , était le pourvoyeur.
Que faisons-nous, aujourd'hui des rôles qui étaient du ressort de la femme ?
C'est le partage de ces tâches qui permet de donner du temps à nos enfants, qui facilite le temps des loisirs familiaux. Pour certains conjoints c'est une chose très facile. C'est une entente qui dure, tandis que pour d'autres c'est une entente toujours à renouveler et pour plusieurs ces rôles n'appartiennent qu'aux femmes.
Voyons-nous les tâches familiales comme une occasion de prendre du temps en famille, chacun des conjoints y mettant du sien, et entraînant les enfants à les imiter.
Le temps que nous pouvons donner à nos enfants peut varier d'une semaine à l'autre, d'une saison à l'autre, selon le genre de travail que font les parents. Il faut que la structure des tâches et responsabilités soit clairement connue des enfants pour éviter que ces derniers se sentent de trop. Il faut lorsque la mère travaille que ce soit en accord avec le père. Parfois c'est l'inverse, nous retrouvons le père au foyer, la mère au travail à l'extérieur.
Je considère que s'il y a harmonie entre les parents il est moins stressant de tout concilier pour pouvoir trouver du temps pour les activités familiales, qui seront certes moindres en quantité, mais compenser par la qualité.
Pour sauvegarder la qualité de la vie familiale, il faut faire beaucoup de prouesses de rentabilité dans le fonctionnement du foyer. L'épouse et mère pour se permettre d'être la collaboratrice de son conjoint, sur le marché du travail, doit pouvoir compter sur son entière collaboration pour mener à bien sa tâche tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du foyer.
Je ne peux terminer sans vous parler du dilemme que vivent régulièrement les mères. Elles font beaucoup de sacrifices, vivent des remords et de la culpabilité :
Pour conclure, j'ai le goût de vous dire, en tant que mère au travail depuis toujours, qu'il faut accepter de vivre avec cette culpabilité, faire son maximum en tout, être bien avec sa conscience pour passer à travers cette responsabilité sans déprimer. Un deuxième facteur de réussite et pas le moindre est d'avoir le bonheur de posséder un conjoint exceptionnel.
C'est ma chance!