Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 5, numéro 37, avril 1994

Monsieur C. Morrissette
Directeur général
Mouvement québécois des camps familiaux du Québec

La société des loisirs

Il y en a sûrement qui se souviennent qu'il y a quelques années, on parlait de la société des loisirs.

La société des loisirs par-ci, par-là

La vie allait être une suite de merveilleux jours de vacances ou les gens allaient découvrir de nouvelles réalités fantastiques, le tout seulement entrecoupé de quelques brefs jours de travail. Le grand bonheur, avec un grand "G" et un grand "B". On nous a mis en tête que très bientôt nous allions passer le plus clair de notre temps a nous occuper de nous et a profiter pleinement de la vie (avec un grand "V").

Vingt ans plus tard, le portrait est un peu différent, il y a une crise économique grave (la deuxième depuis une quinzaine d'années). De plus en plus de gens sont soit sur le chômage, soit sur l'assistance sociale. Un trop fort pourcentage des familles et particulièrement des familles mono-parentales vit sous le seuil de la pauvreté.

Dans ce contexte, les loisirs sont passés d'un espoir réaliste à un rêve souvent inaccessible du moins pour plusieurs familles.

Ce contexte économique difficile a toutes sortes d'impacts sur les gens et les familles. Les statistiques démontrent qu'aujourd'hui, ceux qui travaillent sont appelés à faire de nombreuses heures supplémentaires et/ou à être de plus en plus longtemps au bureau pour arriver. S'ils ont de l'argent, ils n'ont pas nécessairement le temps de profiter de leur famille et des vacances.

Ceux qui ne travaillent pas sont en recherche d'emploi et doivent y consacrer presque tout leur temps.

Ce phénomène de l'emploi est beaucoup moins stable que dans le passé, ce qui enlève une partie non négligeable de la qualité de vie. On sait, maintenant que la sécurité d'emploi est un concept vide de sens.

Combien de personnes ont-elles perdue un job qu'on disait "à vie"...

Il reste que la société des loisirs avait des avantages importants. On se rend compte en côtoyant ceux qui ne peuvent plus se permettre de prendre des vacances comment cette période de l'année est fondamentale pour le développement personnel.

Les camps familiaux

Dans le réseau des camps familiaux, nous prônons que les vacances sont un droit, quelque soit votre statut social ou économique. Voilà pourquoi, au fil des ans nous avons développé un concept axé sur la prise en charge. Bien sûr, au départ, notre mission vise prioritairement les familles à revenu modeste, des groupes familiaux se sont donc formés pour prendre en main cette période de l'année.

Dans les groupes familiaux, les familles se regroupent pour établir comme priorité de prendre des vacances qui autrement seraient impossibles. Tout au long de l'année, les groupes tiennent des activités soit d'autofinancement, soit sociales. Ceci permet d'un côté d'amasser des sous pour réduire encore les coûts des vacances et de l'autre, ces activités permettent aux familles de sortir de l'isolement qui les menace. Quand on a moins de ressources financières, ainsi, les groupes assument généralement les coûts de transport.

Dans les camps des membres, on a pris position pour faciliter l'accès aux vacances pour les familles démunies. Le forfait général inclus donc l'hébergement, la nourriture, les équipements et l'animation et ce au coût le plus bas possible. On va encore plus loin en accordant des rabais aux groupes familiaux qui réservent pour leurs vacances. Plusieurs camps ont aussi établi une grille dite proportionnelle qui permet de réduire encore les coûts selon le revenu et la charge familiale. Cette grille est financée soit par les opérations régulières, soit par des fondations, soit encore par Centraide de Montréal.

Il est donc possible, dans la très grande majorité des cas de réussir malgré tout à prendre des vacances, même pour ceux qui n'ont pas beaucoup d'argent. (Je vous invite d'ailleurs à consulter le répertoire 1994-1995 des camps familiaux pour découvrir ce réseau unique).

Essentiellement, donc, la véritable question n'est pas de savoir si on a le temps ou les capacités financières de prendre des loisirs, c'est une question de savoir quelle attitude nous avons face aux loisirs et aux vacances.

Les vacances

Il existe un choix énorme en termes de loisirs et de vacances. Au Québec, plusieurs de ces activités sont gratuites ou accessibles, même pour les vacances, ainsi, le modèle préconisé par le mouvement permet d'y arriver par une prise en charge des vacances par les familles elles-mêmes.

Il faut cependant être convaincu de la nécessité de prendre des vacances ou des loisirs.

Les loisirs représentent du temps que l'on se consacre. C'est du temps que l'on prend pour se ressourcer et retrouver l'énergie indispensable pour continuer à être bien avec nous et avec les autres.

Les vacances deviennent aussi une période privilégiée pour la famille. Ca permet de renouer des liens familiaux et souvent de les renforcer. Ca permet de redécouvrir ceux avec lesquels on vit le quotidien mais cette fois dans un environnement différent qui laisse plus de place pour exprimer notre personnalité.

Nous avons souvent des témoignages éloquents de ce que rapporte un séjour de vacances. Les vacances deviennent alors un objectif que l'on attend avec joie et que l'on prépare avec entrain.

En terme de prévention sociale, les loisirs ont un apport inestimable, mais difficilement qualifiable malheureusement. Je me permettrai simplement de mentionner deux cas qu'on m'a rapportés. Il s'agit bien cette fois de familles qui n'avaient pas pu prendre de vacances à l'extérieur de Montréal depuis quelques années.

Quelques exemples

Dans un de nos camps, il y a une petite ferme, minuscule en fait, on y retrouve quelques animaux comme des poules, quelques canards, des lapins. Rien de très élaboré. L'été dernier, un groupe familial arrive pour passer quelques jours de vacances.

Le directeur se promène donc et voit une petite fille qui est devant les animaux et qui les regarde, une heure plus tard, elle est encore là. Il s'approche et lui dit :"Alors tu aimes ça les animaux?" La petite, (elle a 5 ou 6 ans) le regarde sérieusement et lui répond : "Comment tu enlèves les batteries le soir?"

C'est folklorique, mais c'est vrai. La nature apporte une autre dimension à notre vision des choses. Non seulement, on y fait des découvertes surprenantes, comme la petite fille, mais on y vit à un autre rythme : celui qui nous convient.

Il y a un autre cas, celui d'une mère (seule) et de son grand garçon d'une quinzaine d'années. Le jeune prend un certain temps à s'acclimater au camp. Quand on est ado, on en a vu des choses et on ne se laisse pas impressionner facilement, c'est normal, on est tous passés par là. Il s'intègre malgré tout aux groupes et aux activités. Il participe même aux grands jeux, aux soirées d'amateurs, part avec les animateurs en excursion. Enfin bref, il profite finalement de ce qui se présente avec passablement de plaisir.

À l'automne, le groupe de familles se réunit pour faire un bilan des vacances. Chacun fait son commentaire: :plusieurs viennent dire quelques mots, ou une chanson ou un poème de leur cru et se remémorent leurs vacances.

Un moment donné, le jeune s'approche et dit : "c'est que moi aussi j'ai aimé mes vacances, mais moi j'ai pas de chanson, ni de poème pour vous, il y a une chose que je veux dire à ma mère, et maman, je te l'ai pas dit assez souvent, mais je t'aime...Grand silence, et il descend embrasser sa mère.

Ce que je veux illustrer finalement, c'est l'importance de prendre des vacances et d'avoir des loisirs en famille.

Les loisirs et les vacances apportent forcément une meilleure qualité de vie. Le seul fait de se retrouver dans un autre environnement, on redé-couvre ses proches et on réapprend à les aimer.

On devrait voir les vacances comme un moment privilégié que l'on s'accorde, un moment essentiel pour parvenir à passer à travers le reste de l'année. C'est une occasion unique de savoir ce que veut dire qualité de vie.

Conclusion

La seule question qu'il faut encore se poser, c'est de savoir si nous pensons que nous et notre famille, méritons des vacances et des moments de loisirs.

Les vacances sont un droit et on les mérite.

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