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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 5, numéro 37, avril 1994 |
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Madame Louise Geoffrion
Coordonatrice
Centre d'aide aux victimesd'actes criminels CAVAC
La victimisation des aînés
Les aînés se comportent différemment des gens des autres groupes d'âge :
Ces particularités appellent des modes d'intervention adaptés.
La victimisation des aînés s'aborde sous trois angles :
Il s'agit de trois facettes d'une même réalité, c'est-à-dire, les comportements réels ou imaginés qui atteignent et détruisent la qualité de vie des aînés.
La peur est un phénomène naturel qui affecte tout un chacun à différents moments de sa vie. Les géron-tologues admettent que l'avancement en âge peut s'accompagner de diverses formes de peur et d'anxiété croissantes. Ces phénomènes s'expliquent par la perception individuelle qu'ont les aînés de leur propre autonomie physique et psychique ainsi que l'image que les membres de leur entourage et la société leur renvoient d'eux-mêmes. La peur du crime serait une des manifestations de la peur qui vient après celle de voir leur état de santé ou leur situation financière se détériorer.
La peur du crime n'est en rien reliée à leurs possibilités réelles d'être victimes d'un crime. Ce sentiment est plutôt lié à leur vision du monde et à leur satisfaction face à la vie. Ce qui veut dire que plus les aînés sont positifs face aux changements sociaux et plus ils sont satisfaits de leur propre vie, moins ils ont peur du crime. Ils appréhendent tout type de crime, mais celui qui leur fait le plus peur est l'agression physique. Cela s'explique par leur difficulté à se défendre.
Les aînés sont ceux qui souffrent le plus du phénomène de la peur du crime bien qu'ils soient statisti-quement moins susceptibles d'être victimes d'un acte criminel que les gens d'autres groupes d'âge.
Il est démontré, que moins les gens sont impliqués dans des activités de leur communauté, plus leur sentiment d'anxiété est accru. Le fait d'habiter une résidence à multiples logements sécurise les aînés. En fait, ce serait la proximité et la rapidité du contact avec les voisins qui affecte leur sentiment de sécurité.
Les aînés dévoilent assez facilement leurs peurs à travers leurs désirs de sécurité : ils demandent des protections physiques (barreaux aux fenêtres, serrures de qualité, etc.) et des protections psychologiques (contacts réguliers avec des proches, systèmes d'évacuation d'urgence, etc.) . Certaines critiques d'aînés face à la rareté de leurs contacts avec leurs enfants peuvent être des demandes de sécurité déguisées.
La victimisation criminelle est le fait d'être victime d'un acte inscrit au Code criminel canadien. Ce sont tous types d'agressions physiques avec ou sans blessure apparente, les vols de biens personnels, les fraudes, les menaces, les propos injurieux, les agressions sexuelles, les tentatives de meurtre, les meurtres, etc.
La victimisation criminelle peut se produire au sein de la communauté, dans la résidence familiale et dans les ressources d'hébergement privées, publiques ou non accréditées. Elle peut être le fruit d'étrangers, de pairs, de membres de la famille, de dispensateurs de soins, etc.
Les aînés ont beaucoup de mal à dénoncer les victimisations criminelles infligées par des proches. À un sentiment de honte se greffe une peur des représailles. Ils vont dévoiler ce qu'ils vivent à des intimes qui partageront leur secret. Quand ils s'ouvrent à des intervenants, c'est souvent parce que la situation est devenue insupportable.
Les aînés dénoncent plus facilement les victimisations subies par des étrangers.
Les conclusions des statistiques officielles et des sondages de victi-misation auto-révélée concordent : les personnes âgées sont moins victimes de crime que les gens d'autres groupes d'âge. Les seuls crimes, dont leur victimisation se compare à celle d'autres groupes d'âges, sont les délits de nature acquisitive (les petits vols). En matière de victimisation criminelle, il importe beaucoup plus de se pencher sur le phénomène de la peur du crime que sur celui de la victimisation réelle et de ses conséquences.
L'abus comporte deux dimensions : la violence et la négligence.
La violence est une action directe ou indirecte destinée à porter atteinte à une personne ou la détruire, soit dans son intégrité physique ou psychique, soit dans ses possessions, soit dans ses participations symboliques.
La négligence comprend la privation volontaire ou non de la part de toute personne qui ne répond pas aux besoins de la personne âgée.
L'abus prend cinq formes :
1. Physique :
des douleurs physiques ou des blessures infligées délibérément.
2. Psychologique ou émotif :
l'assaut verbal, les menaces, l'infantilisation et l'humiliation, l'isolement et la privation de chaleur humaine et de rela- tions sociales.
3. Matériel ou financier :
le vol, le détournements de fonds ou de propriété, l'abus de confiance, l'exploitation et la fraude.
4. Violation du droit à la liberté :
empêcher une personne d'exercer un contrôle normal de sa vie, l'imposition d'un traitement médical et l'imposi- tion de contentions physiques ou chimiques.
5. Social ou collectif :
âgisme, indifférence sociale.
Les aînés peuvent être victimes d'une ou plusieurs formes d'abus et ce, de la part de différents agresseurs.
Bien qu'il ne faille pas considérer l'ensemble des aînés comme des victimes potentielles de mauvais traitement, force est de constater qu'ils partagent des vulnérabilités :
Le profil des personnes les plus susceptibles d'être abusées se compare à celui des gens les plus vulnérables à la victimisation criminelle : des femmes très âgées, isolées et dépendantes physiquement ou psychologiquement de leur entourage, institutionnalisées, dépen-dantes financièrement, violentées dans le passé.
Les victimes d'abus matériel et de négligence possèdent des caractéristiques similaires : elles sont veuves ou habitent seules et n'ont personne pour les assister en cas de maladie ou de handicap.
Les victimes d'agressions verbales chroniques et les victimes d'abus physiques sont souvent mariées et habitent avec leur agresseur.
Parmi les abuseurs matériels, on retrouve 40% d'amis, voisins ou connaissances, 29% de fils et de filles, 24% de parenté éloignée, 4% d'inconnus et 2% de conjoint.
La victimisation des aînés se caractérise, non pas par une spécificité de conséquences mais bien par l'ampleur de ces conséquences dans la vie privée et sociale de chaque personne âgée.
Les conséquences de la victimisation criminelle :
Les conséquences de la peur du crime :
Le sentiment de la peur du crime se dépiste par l'écoute active des aînés. Les aînés font part de leur insécurité: ils contactent plus souvent les membres de leur entourage, ils limitent leurs sorties à certaines heures, ils évitent de fréquenter les lieux particuliers, etc.
Les mauvais traitements envers les aînés se produisent rarement au vu et au su d'observateurs ou de témoins. Les personnes âgées dénonçant peu ce qu'elles vivent, les intervenants se doivent d'être vigilants dans leur dépistage. Le dépistage se fait par observation. C'est l'accumulation de différents symptômes qui mènera à un diagnostic de victimisation criminelle ou de mauvais traitements.
Tous les intervenants peuvent dépister et identifier certains indicateurs de mauvais traitements. Plus les aînés sont évasifs sur la nature de leur blessures, plus il y a de possibilités qu'ils aient été victimisés.
Mauvaise hygiène bucale, vêtements sales, brûlures, marques de doigts, blessures à la tête, lésions internes, malnutrition, dés-dratation, absence de prothèse dentaire, visuelle ou auditive qui serait nécessaire, mauvaise hygiène physique, coupures, ecchymoses, plaies cachées, fractures, saignements, séquestration, etc.
Les aînés maltraités ou victimisés peuvent présenter certains signes de traumatismes psychologiques.
Confusion, manque de confiance en soi, maux de têtes fréquents, insomnie, apathie, problèmes d'élocution, incapacité à prendre des décisions, nervosité ou dépression, pleurs, etc.
Les mauvais traitements matériels et financiers se laissent repérer à travers les quelques indicateurs suivants
Quelques indicateurs de mauvais traitements matériels ou financiers:
Comptes impayés, besoins de base inassouvis (lunettes, prothèses dentaires, etc.), nouveau testament en faveur d'une seule personne, absence de gestion de ses avoirs financiers et matériels, procurations non officielles, dépossession matérielle (dons de biens de valeur, de propriété, etc.)
La peur du crime, la victimisation criminelle et les mauvais traitements à l'endroit des personnes âgées ne sont pas des phénomènes nouveaux. Ils sont portés sur la place publique depuis une dizaine d'années, mais leur existence remonte à la nuit des temps. Peu d'intervenants sont formés pour y faire face. Il faut donc les inciter à agir rapidement et concrètement.
En tant que société, une des premières étapes à franchir pour contrer la victimisation des aînés est d'établir un dialogue franc et ouvert entre les diverses générations. De plus, c'est en plaçant les aînés au coeur des décisions, et non pas en décidant pour eux que les interventions auprès d'eux prendront tout leur sens.