Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 5, numéro 37, avril 1994

Monsieur Marcel Rouleau
Agent de police
Poste 34, CUM

Ce texte est le résumé de l'exposé de monsieur Rouleau lors de cette rencontre, écrit par Claudel Harrison, agent de développement du RIOPFQ.

Dans le cadre du Café-rencontre du 23 mars sur la violence faite aux aînés, l'agent Marcel Rouleau des services de police de la Communauté urbaine de Montréal parle de la sécurité des personnes âgées, à la maison et surtout à l'extérieur. Sans se montrer alarmiste, monsieur Rouleau précise que des risques existent bel et bien, mais qu'il existe aussi des moyens de s'en prémunir.

La violence chez les aînés. Parlons-en!

La violence

Monsieur Rouleau est policier à la CUM depuis bientôt 29 ans et travaille principalement sur le Plateau Mont-Royal où il dit se sentir chez lui. Depuis 8 ans, il donne aux aînés des conférences sur la sécurité et ne se gêne pas pour affirmer que ce qui est connu des violences physiques et autres faites aux aînés ne constitue que la pointe de l'iceberg. Monsieur Rouleau précise que judiciariser ces cas n'est pas toujours la meilleure solution car on ne doit pas oublier que même si le "fiston" qui violente ses parents est le dernier des malfrats, il demeure le "fiston" et les gens répugnent à dénoncer des membres de leur famille.

Dans de tels cas, affirme monsieur Rouleau, un enquêteur spécialisé accompagne un intervenant d'un CLSC pour rencontrer la personne violentée et faire le point sur sa situation. Suite à cela, si la personne désire porter l'affaire devant les tribunaux, des dispositions seront prises, mais monsieur Rouleau dit que dans la vaste majorité des cas, aucune poursuite n'est intentée par la victime. Toutefois, poursuit monsieur Rouleau, les policiers peuvent parler à l'agresseur et le raisonner en l'avertissant de changer son comportement.

Il cite le cas d'un aveugle vivant avec sa mère surprotectrice qu'il battait, exaspéré par ses attentions. Les policiers ont rencontré l'homme et lui ont fait comprendre que malgré sa frustration, il n'a aucunement le droit de se livrer à des violences physiques sur sa mère. Selon monsieur Rouleau, le suivi du dossier démontre que le fils avait compris la leçon.

L'agent Rouleau précise que parmi les personnes âgées, certaines sont tellement méfiantes qu'elles ne sortent pas tandis que d'autres font confiance à tout le monde. Sans effrayer inutilement, il est donc important pour les policiers de faire développer aux aînés, des habitudes sécuritaires chez eux et dans leurs déplacements. Toujours selon monsieur Rouleau, il est très important de comprendre que sur la rue, certains types de comportements attirent les voleurs. Par exemple, une personne qui serre à deux mains son sac indique par le fait même qu'elle transporte de l'argent. Certains sont si prudents qu'ils attirent l'attention tandis que d'autres sont si insouciants qu'ils invitent à l'agression. À ce sujet, monsieur Rouleau donne l'exemple des aînés qui traversent un parc seuls le soir en se disant qu'ils font cela depuis 50 ans et qu'il ne leur est jamais rien arrivé. Il faut leur faire comprendre que le climat social n'est plus le même et que la vie de quartier est moins développée aujour-d'hui, aussi les risques sont plus grands. Comme le dit l'agent Rouleau, plus les gens se parlent dans un quartier, moins il y a de vols et autres méfaits car on se connaît entre voisins et il s'établit un climat de confiance et de sécurité.

La sécurité des aînés

Le service de police tente, en rencontrant des groupes d'aînés comme "l'Âge d'Or ", non seulement de les prévenir contre les dangers potentiels, mais aussi de leur faire trouver des solutions aux problèmes de sécurité. Un exemple de cela est de faire appeler tous les jours au poste du quartier par un aîné qui signale que tout va bien ou, le cas échéant, qu'il y a un problème. Et ce type d'intervention fonctionne car jusqu'à maintenant, affirme monsieur Rouleau, le service compte une soixantaine d'adhérents, lesquels se sentent responsabilisés et plus à l'aise dans leur milieu.

Monsieur Rouleau dit ne jamais manquer une occasion d'insister, auprès des aînés, sur la force qu'ils représentent, vu le nombre et que s'ils s'affirment auprès des gouvernements, ceux-ci ne peuvent faire autrement que de donner satisfaction à leurs requêtes.

D'après monsieur Rouleau, les personnes âgées ont peur de la police, surtout en uniforme. Aussi, quand il rencontre les aînés, il y va en civil et parvient à établir un vrai dialogue. Cette mise en confiance est essentielle auprès de gens qui, bien souvent, craignent de "déranger la police pour leurs petites niaiseries". Une fois la relation établie, ils se révèlent capables de faire état de leurs problèmes et d'en discuter, au lieu d'écouter bouche bée un policier monologuer des conseils.

Toujours selon monsieur Rouleau, il est vital pour les aînés de prendre conscience de leur potentiel, même pour le travail passé l'âge de la retraite. Il cite à ce sujet l'exemple d'un homme de 80 ans qui travaille un jour par mois chez British Airways pour entraîner de futurs agents de bord. Ayant occupé cette fonction pendant 60 ans, l'homme continue de faire profiter la compagnie de son trésor d'expérience.

Avec les aînés, ce que la police cherche c'est de faire sortir ceux qui ne veulent pas car plus les gens sortent, moins ils ont peur car ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas si en péril que cela, surtout quand ils développent des habitudes de sécurité. Parmi les exemples donnés par monsieur Rouleau, on peut relever le fait d'attendre l'autobus au métro plutôt que sur la rue, dans un coin mal éclairé; l'idée de ne pas tout mettre dans un sac à main, de placer ses clés et le plus gros de son argent dans les poches de manteau, en laissant quelques dollars dans le sac pour éviter qu'un voleur éventuel, n'y trouvant rien, ne moleste la personne pour lui faire avouer où elle a mis ses sous.

Monsieur Rouleau dit éviter de suggérer des gadgets genre avertisseur, car ceux-ci rendent les gens téméraires en créant une fausse sécurité: la nuit personne n'entend un avertisseur. On encourage aussi les gens à se déplacer en groupes de deux et plus, à suivre toujours le même trajet, à informer les proches de leurs déplacements, même si certains enfants ont tendance à surprotéger leurs parents et à paniquer pour quelques minutes de retard. Aussi, dans le métro, on recommande aux aînés d'éviter d'emprunter seuls de longs couloirs : suivre un groupe de gens est plus sécuritaire. Dans l'autobus, il est préférable de s'asseoir près du conducteur, enlevant ainsi au voleur possible l'opportunité de se pousser par la porte arrière avec un sac ou autre objet dérobé.

Aussi, précise monsieur Rouleau, il ne faut pas se sentir trop en sécurité dans un quartier sous prétexte qu'on y habite depuis longtemps puisque dans bien des quartiers, la situation d'habitation a changé depuis des années. Une autre voie à explorer, dans le domaine de la sécurité, est de développer des réseaux d'information pour prévenir les aînés des dangers potentiels. Par exemple, la police prévient une personne âgée que des vols ou des agressions ont eu lieu dans son coin et cette personne, à son tour, avertit ses connaissances de prendre garde. Aussi, il est important, toujours d'après l'agent Rouleau, de bien verrouiller ses portes car cela fait hésiter le voleur qui tentera sa chance ailleurs; de faire marquer et répertorier ses objets de valeur; de marcher dos à la circulation pour avoir moins de chance d'être remarqué; de parler avec ses voisins pour établir une relation de confiance et éventuellement, de faire surveiller son logis en cas d'absence.

Tous ces petits trucs et conseils ne constituent pas une panacée au problème de la sécurité des aînés mais peuvent aider à prévenir des situations fâcheuses et faire que les personnes âgées se sentent capables de sortir de chez elles et de profiter de ce que la ville a à leur offrir.

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