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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 4, août 1989 |
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Satellite Famille et environnement II
La dimension planétaire des problèmes environnementaux
Monsieur Jean-François Lefebvre
Animateur communautaire
Nature-Action, Saint-Bruno
Jean-François Lefebvre nous a donné un aperçu de la conférence qu'il présentera au cours de l'automne aux groupes de la Montérégie qui en feront la demande. Elle a pour but de mieux faire connaître la dimension planétaire ( globale ) des problèmes environnementaux, leur gravité et l'insuffisance des mesures prises actuellement. Elle s'adresse donc par définition aux non- spécialistes de l'environnement et vise à leur sensibilisation. Monsieur Lefebvre nous a aussi donné quelques indications sur la situation : actuelle de la récupération et du recyclage.
Des fausses solutions
Si la conscience environnementale a fait un bond prodigieux ces dernières années, la connaissance qu'on en a reste très sommaire et la cohérence de nos actes en souffre. Ainsi, il est devenu courant de revendiquer la protection d'une rive ou d'un boisé. Et pour la plupart des gens, il serait normal que cette protection soit accordée parce que c'est notre environnement immédiat, donc notre qualité de vie qui est en jeu. Mais si on persiste à ne rien faire contre les pluies acides, dans 30 ans, ce boisé et ce lac seront morts; c'est un phénomène beaucoup plus vaste et un problème autrement plus vital, mais on ne le voit pas, on le sent pas. Monsieur Lefebvre rapporte avoir lu récemment un livre (qui pourtant ne date que de 1975) où des biologistes conseillaient pour réduire la pollution dans les villes, de construire des cheminées plus haute pour les usines... C'est ce que l'on a fait assez longtemps en Occident, avec pour résultat que la pollution en haute altitude (dont un des effets est les pluies acides) s'en est trouvée fortement accrue. De telles pratiques sont courantes : on masque un problème et les répercussions environnementales en sont énormes.
Autre exemple : en Amérique du Nord particulièrement, les familles des classes moyennes vivent en banlieue par souci de leur qualité de vie. Or, comme ces banlieues sont éloignées, dispersées et peu denses, le transport en commun y est inexistant ou inadéquat, de sorte que chaque famille se retrouve avec deux ou trois véhicules et contribue d'autant à l'effet de serre. Cette dernière étant une menace très sérieuse pour l'agriculture, il apparaît que ces familles compromettent l'avenir de leurs enfants, alors même que ces pratiques sont en bonne partie déterminées par ces valeurs fondamentales que sont le bonheur et l'avenir des enfants. On estime que de façon directe ou indirecte, l'automobile serait responsable de 50 à 60% de l'effet de serre. Tout récemment, la Norvège a lancé un programme national sur l'automobile (faites le rapprochement avec les campagnes anti-tabagisme et vous aurez une idée de ce dont il s'agit et des conséquences que cela pourrait avoir !). La critique de l'automobile a commencé même aux États-Unis : Le Sierra Club, Time et Newsweek s'y sont attaqués dernièrement, chose impensable il y a quelques années seulement.
Pensée globale
Nous avons donc commencé à penser global , à tenir compte de l'inter-influence des grands systèmes et de la nécessité de leur équilibre pour notre survie. À la suite de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement et des interventions répétées de chercheurs, la plupart des revues à grand tirage ont adopté cette perspective planétaire dans des numéros spéciaux ou des reportages de fond sur l'environnement. C'est signe que la perspective progresse, mais concrètement. les réalisations se font attendre. Le dossier le plus avancé à date est celui des CFC (chloro-fluoro-carbones, responsables en grande partie de la destruction de la couche d'ozone et de 15% de l'effet de serre). La psychose médiatique à ce sujet, poussant nos dirigeants à plus d'ouverture, a permis de dégager le seul moyen possible d'éliminer la production des CFC dans des délais raisonnables : un transfert des technologies adéquates qui ne coûterait pour ainsi dire rien aux pays en voie de développement. Ces pays n'ont pas les moyens d'un développement industriel propre ; ils ne peuvent qu'acheter une technologie de seconds main , laquelle est moins chère parce que totalement périmée ici et rentabilisée depuis longtemps. Les frigos que l'on fabrique là-bas sont donc ceux des années 50, c'est-à-dire bourrés de CFC. Par le biais de l'activité économique, développement et environnement sont donc liés.
Incidences du mal développement
La plupart des pays du tiers monde sont acculés au pied du mur : on achète leurs matières à bas prix et on leur vend des technologies chères; croulant sous leurs dettes, ils surexploitent leurs ressources et contribuent au déséquilibre des macro-climats (déforestation et agriculture intensives, technologies vétustes, c'est-à-dire polluantes). Les conséquences pourraient en être graves : selon René Dumont, spécialiste reconnu mondialement, les agronomes ne sont plus à même de garantir la production alimentaire dans le monde : de 1950 à 1980, elle s'est accrue de 30%, donc plus vite que la population. Mais au cours des quatre dernières années, elle a chuté de 14%. La pression démographique est telle dans les pays du tiers monde qu'il y a sur-utilisation des terres arables, épuisement de celles-ci puis érosion. Les sols des pays tropicaux ne sont généralement pas assez fertiles pour supporter longtemps une exploitation intensive. C'est dans les différentes couches du couvert végétal que se trouve concentrés la plus grande part de la matière organique; celle-ci n'a pas le temps de se déposer dans le sol, étant constamment recyclée par une végétation surabondante. La déforestation fait s'envoler en fumée cette richesse; le sol bientôt se désertifie, et on rase la forêt plus avant... Le couvert végétal disparaît au rythme de 11 000 000 d'hectares par an, ce qui augmente de 20 % l'effet de serre; la désertification avance de 6 000 000 d'hectares l'an.
Que peut-on dire parlant de politique familiale et d'environnement lorsque l'on sait qu'au rythme actuel de déforestation, les plus grandes forêts du monde auront disparues dans 15 ans ? Lorsque l'enfant qui naît aujourd'hui aura 15 ans, il n'y aura plus de forêt tropicale en Amazonie..." À moins que la situation actuelle ne soit corrigée ! II serait peut-être bon de rappeler qu'au début du siècle, l'Éthiopie était un grand exportateur de bois dans le monde; 40% de la surface du pays était une immense forêt; il en reste aujourd'hui 3 à 4 %... Pour Jean François Lefebvre, nos actions positives ont un impact multiplicateur sur l'environnement au même titre que nos actions négatives. Par exemple, un programme bien pense de reboisement (contribue à ) réduire les inondations, l'effet de serre et l'érosion, ce qui permet de meilleures récoltes, réduit la sous alimentation, etc... Mais il devient de plus en plus indéniable que le tiers monde ne s'en sortira pas seul. Nous avons certes intérêt à ce que les choses restent dans l'état où elles sont; par exemple, les pays développés donnent moins en aide internationale qu'il ne reçoivent en paiement des dettes nationales... L'ennui, c'est que les grands systèmes naturels ignorent les frontières humaines !
Le recyclage à court de débouchés
Jean-François Lefebvre est aussi impliqué au groupe Récupération Montérégie qui est très dynamique puisque, pendant 4 ans, la quantité de matières recyclables récupérées a doublé à chaque année, atteignant 1400 tonnes en 1988 et devant dépasser les 2 000 tonnes cette année. Pourtant l'entreprise n'a pas encore réussi à se rentabiliser : la chute récente des prix du papier recyclé a fait un trou imprévu dans son budget. Cette chute importante (environ 35 %) serait due à l'essor de la récupération dans plusieurs municipalités récemment. Ce qui ne fait que révéler l'insuffisance de la demande actuelle : les consommateurs, sensibilisés au sort de nos ressources, se sont vu offrir la récupération, mais nos habitudes collectives de consommation ne changent pas et nous continuons à acheter du papier de première main ! Notre invité estime que les pouvoirs publics doivent montrer l'exemple par une politique d'achat préférentiel du papier recyclé. De tout l'appareil d'État québécois, seul le ministère de l'Environnement a adopté une telle politique. La chose ne doit pourtant pas être impossible puisque le gouvernement fédéral américain, ses agences et plusieurs États le font déjà... Le papier recyclé et non blanchi est actuellement un peu plus cher, il ne peut, selon Jean-François Lefebvre, qu'avoir un très bon effet sur l'image de l'organisme ou de l'entreprise qui l'utilise. Dans la région de Montréal ou peut s'informer auprès de Récupération Taïga qui disposerait du plus large choix de formats et qualités (514) 748-2118.