Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 4, août 1989

Satellite Famille et environnement II

Une ferme écologique qui est aussi une maison d'hébergement

Madame Rachel Jetté
Coordonnatrice

Monsieur Éric Schattauer
Animateur

Madame Johanne Laforest
Animatrice

Ferme écologique D-Trois Pierres

La ferme écologique du Cap-Saint-Jacques exploite un jardin écologique, un poulailler, une érablière, 81 des ruches. Des jeunes en difficulté y résident de 6 mois à un an, le temps de se “ dépolluer ” et de reprendre goût au travail et à des habitudes de vie plus saines. D-Trois Pierres est à la fois une expérience écologique et communautaire (“ un climat familial ”, dit Rachel Jetté). La ferme est située dans le parc régional du Cap Saint-Jacques à l'extrême Ouest de l'île de Montréal et les visiteurs du parc y sont les bienvenus.

Les besoins fondamentaux des personnes

L'approche de D-Trois Pierres consiste à travailler sur les “ besoins fondamentaux ” des personnes, et ceci dans le cadre d'une utilisation respectueuse des ressources disponibles sur place, faire plus avec moins, en quelque sorte. Par exemple, le “ besoin de se nourrir ” a induit l'utilisation d'une partie du terrain pour en faire un jardin “ écologique ”, tandis qu'un vieux bâtiment était recyclé en poulailler et qu'on mettait sur pied un atelier de cuisine.

Autre aspect de la valorisation des besoins essentiels : par son séjour à D-Trois Pierres, on veut permettre au jeune de “ se dépolluer ”, de retrouver des habitudes et des rythmes plus sains que favorise la nature omniprésente. Le rythme de la vie y est “ plus naturel, anti-stress ” : les 15 à18 jeunes (18-30 ans) qui y résident avec le couple d'intervenants (et leur enfant !) travaillent de 4 à 5 heures par jour et, Rachel Jetté insiste, ils ont le choix des tâches. Au delà de la responsabilisation devant des gestes constructifs librement consentis, le jeune peut identifier ses aptitudes et préférences, améliorer sa confiance et ultimement s'orienter à plus long terme dans l'existence.

Un dernier volet concerne l'accueil des familles qui visitent le parc et s'arrêtent à la ferme. Le fait d'aller chercher les produits “ à la source ”, comme de cueillir les oeufs ou d'explorer le jardin, a une valeur éducative certaine chez les plus jeunes. Par ailleurs, D-Trois Pierres appuie sans réserve les objectifs de la CUM (Communauté urbaine de Montréal) concernant l'animation des parcs régionaux. Car, dit Rachel Jetté, “ leur but ultime est de préserver la valeur écologique des sites pour des fins éducatives, de conservation et de récréation ”.

Le respect de la terre et le recyclage

“ Le respect de la terre, des animaux et des humains : c'est ce que ça nous apprend que de vivre là ”, conclut Rachel Jetté. Éric Schattauer, animateur à D-Trois Pierres, abonde dans le même sens: “ avec le travail sur la ferme, on devient beaucoup plus conscient; en le vivant comme ça au quotidien, on l'approfondit ”. Mais “ avoir des opinions claires et nettes, ça a [aussi] ses inconvénients ”, d'avancer la coordonnatrice. Ainsi, des skieurs qui s'étaient arrêtés au casse-croûte tenu pendant l'hiver leur ont fait valoir que les verres de styrofoam, “ ce n'est pas très écologique ”.. Or, la vraie vaisselle, il faut bien que quelqu'un la lave, et ce ne seront pas les clients qui vont le faire... Autre exemple : ils aimeraient bien trouver à vendre plus facilement leurs produits, mais les visiteurs les encouragent à conserver le climat actuel, “ un climat familial, un climat très humain... mais pas très productif ! ”

En effet, à D-Trois Pierres, on a réussi à recycler en tuteurs pour le jardin des clôtures à volailles qui avaient été jetées, on y fait du compostage, et ainsi de suite. Mais pourront-ils aller jusqu'à se passer d'un tracteur tel que monsieur Schattauer en exprime le voeu ? Ne dit-il pas lui-même : “ on est membre d'une société qui met une pression à la consommation. On est submerges par la quantité de gadgets, par les emballages; on a beau essayer de recycler, on ne peut réutiliser tout ça ”. Et d'ajouter : “ la famille en tant que consommateur contribue au problème, mais elle est aussi victime ”. Nous serions tentés de préciser : victime dans la mesure ou les choix qui orientent la production marchande lui échappent presque totalement; de là vient la nécessité pour plusieurs, de s'organiser pour créer un pouvoir compensateur.

Le parc régional est situé au 21 262, boulevard Gouin Ouest (extrême-ouest de l'Île) et on trouve la ferme au 205, chemin du Cap Saint-Jacques. Attention : l'endroit a beau être agréable (jusqu'à 2000 visiteurs par jour l'été passé), il n'est ouvert aux familles que la fin de semaine.

 

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