Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 4, août 1989

Satellite Famille et environnement II

Logement et aménagement

Madame Josée Fournier
Comité de logement de Rosemont

Le Comité de logement de Rosemont est volué à I'amélioration de la vie dans ce quartier de l'Est de la Métropole. Comme nous le verrons, cela passe par la promotion des choix considérés comme les plus favorables aux résidants, tant au niveau du logement que de l'aménagement.

Logement

Josée Fournier affirme que “ la qualité de la vie est en fonction du revenu ”. C'est une réalité quotidiennement vérifiée par ceux qui travaillent auprès des populations défavorisées. Ainsi, en procédant à l'inventaire des espaces verts du quartier, le comité a remarqué que l'une des zones les plus déficitaires en parcs était aussi celle qui comportait le plus fort taux de familles avec jeune(s) enfant(s) et à faible revenu.

Les conditions de logement elles-mêmes sont très pénibles, et ceci est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit généralement. Exemple : des femmes cheffes de famille vivent dans l'insalubrité (vermine, moisissure, ensoleillement réduit ou nul, exiguïté...) et doivent en plus aller jusqu'à couper sur l'alimentation parce que le loyer est trop élevé. Mais il n'est pas besoin de chercher des situations aussi catastrophiques. Il y a des problèmes relativement mineurs qui, à cause de leur persistance et parce qu'ils semblent insolubles, deviennent une tragédie pour ceux qui les vivent : “ Chaque fois qu'il pleure (I'enfant), la voisine vient cogner, puis là je pense que je vais l'assommer ! ” Dans cet appel reçu au Comité, une insonorisation déficiente, liée à l'intolérance des voisins suffit à former un cercle vicieux. De telles situations sont désastreuses au plan du développement humain.

Les problèmes de ce genre ne sont pas nouveaux : dans les grandes agglomérations, il est “ difficile de trouver à prix abordable un logement de qualité et qui réponde bien aux besoins de la famille ”. Mais il y a un phénomène récent qui est une menace pour l'ancien équilibre des quartiers proches du centre-ville et pour ceux qui traditionnellement les ont habités : la gentrification. On construit des tours, on coupe sur les parcs, la circulation se densifie... Les loyers grimpent, et c'est l'exode : en 10 ans, 20,000 personnes ont quitté le Centre-Sud; sur le Plateau, 22,000; dans Saint-Henri et Rosemont, le phénomène est déjà assez avancé. Non seulement il devient plus difficile de se loger, mais la vie du quartier en est affectée.

Des mesures correctives seraient donc nécessaires, mais dans les faits, les autorités n'ont pas souvent l'initiative. Et il y a d'excellentes raisons à cela. Par exemple, la spéculation crée un apport substantiel dans la fiscalité municipale...

Pour le Comité, les coopératives d'habitations sont une solution très efficace et pertinente. Dans le cadre d'une “Êcoop ”, ce sont les résidants eux-mêmes qui travaillent dans le sens de leurs intérêts : on y paie peu pour un logement de qualité; on s'y réunit pour favoriser des rapports positifs entre les résidants et pour gérer l'immeuble. Le pouvoir collectif ainsi créé rend même possible une prise sur l'environnement immédiat. Sur Angus, par exemple, les gens des coops ont obtenu que les “ aires de repos ”, demandées par les propriétaires de condominiums, soient remplacées par des espaces de jeu pour les enfants.

Mais, il y a des questions qui, concernant l'aménagement à l'échelle d'un secteur ou du quartier, ne sont pas dans le champ d'action immédiat des résidants; c'est d'ailleurs pourquoi des groupes tels que le Comité se forment.

Aménagement

Les choix d'aménagement sont aussi des enjeux sociaux importants; la représentante du Comité considère qu'en réunissant des groupes à intérêts divergeants sur une question, on accroît les chances d'en arriver à une solution satisfaisante pour tous. Concernant, par exemple, la vocation future de l'ancienne zone industrielle le long de la voie ferrée, il y avait conflit entre les projets du réseau vert et de la revitalisation de la zone. Le résultat est qu'il y aura une piste cyclable qui fera tampon entre les résidences et les industries. Le Comité s'est, de plus, impliqué sur le comité de développement économique afin de s'assurer au nom des résidants que ces industries ne soient pas polluantes (air, bruit, visuelle...).

Autre exemple: il y avait un projet d'édifice à bureaux aux “ ateliers municipaux ” qui a été rejeté parce que la circulation qu'il aurait engendré était en complète contradiction avec le milieu environnant (parc pour les enfants, traverse pour l'école, dangers d'accident, bruit, monoxide...).

Josée Fournier conclut en disant que si le Comité n'est pas un groupe écologique, sa préoccupation pour la qualité de vie l'a amené à étendre son champ d'action jusqu'aux questions d'aménagement. L'environnement prend ici ce sens particulier qu'au niveau des résidants, I'habitat, c'est le quartier.

 

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