Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

 Volume 1, numéro 4, août 1989

Satellite Famille et environnement II

Un portrait du Mouvement vert

Monsieur Jean-Guy Vaillancourt
Professeur de sociologie et directeur du Groupe de recherches en écologie sociale (GRES)
Université de Montréal

Monsieur Jean-Guy Vaillancourt brosse un portrait du mouvement vert au Québec, qui comprend d'une part les groupes qui prônent des solutions sociales et politiques aux problèmes environnementaux (conservationnistes voués à la protection de la “ nature ”, environnementalistes occupés à prévenir ou à réparer les dégâts de la société industrielle, et les écologistes “ radicaux ”) et d'autre part ceux qui misent davantage sur des pratiques alternatives liées au mode de vie (contre-culture individualiste et communautariste; les alternatifs). Il nous fait aussi part de quelques réflexions sur les perspectives qui s'offrent à ce mouvement social pour l'avenir.

Les groupes écologiques

Jean-Guy Vaillancourt fait son entrée en matière en soulignant “ l'échec des groupes écologiques ” sujet sur lequel porte la thèse doctorale de l'écologiste bien connu Luc Gagnon. Pourtant “ il y a 875 groupes dans le répertoire québécois des groupes environnementaux; la conscience environnementale fait des progrès extraordinaires; les politiciens sont tous plus environnementalistes les uns que les autres, etc... Mais les problèmes sont tels, les choses changent si lentement qu'on n'en sort pas ”.

S'il y a échec au plan environnemental, le mouvement vert a néanmoins conquis une place importante dans l'arène sociale; il est très dynamique, et il évolue rapidement. Pour Jean-Guy Vaillancourt, il faut le suivre de très près pour que la connaissance qu'on en a ne perde son actualité. Historiquement, il y a eu une profonde mutation du mouvement et de ses visées. Dés le début du siècle, ont existe des groupes conservationnistes voués à la gestion du patrimoine naturel et où siégeaient et siègent toujours des hommes d'affaires. Des groupes “ modérés ” de conservation de la faune ou de la flore, telle la Fondation québécoise en Environnement, sont identifiables à cette tendance.

Fin des années `60 et début `70, les environnementalistes prennent le relais des conservationnistes. Le concept d'environnement apparaît qui déclasse celui de “ nature ”; la pollution dont on est responsable, la société industrielle et son pillage des ressources en sont les grands thèmes; exemple: Société pour vaincre la pollution. Mais entre `72 et `75 au Québec, il y a montée d'une nouvelle tendance, plus radicale qui se baptise “ écologie politique ”. Là-dessus une distinction utile fut établie par le leader écologiste Michel Jurdant, aujourd'hui disparu : un écologue est le praticien de l'écologie comme science. Les écologistes sont ceux qui s'approprient cette science pour promouvoir des changements sociaux et politiques en profondeur. II y a des scientifiques qui sont aussi écologistes, ce qui est très utile au mouvement. Si ce dernier est fractionné et traversé de conflits idéologiques, c'est qu'il s'est diversifie historiquement en se développant. Mais la parenté entre tous ces groupes est certaine. Jean-Guy Vaillancourt cite le cas du “ Sierra Club ”, un groupe “ vétéran ” aux États-Unis dont une faction plus environnementaliste s'est séparée pour former “ the friends of earth ”; lorsque celui-ci a essaimé en Europe francophone et au Québec même, il en est ressorti la tendance écologiste, encore plus radicale. Malgré les tiraillements entre les différentes tendances, il s'agit donc du même mouvement d'ensemble, ce qui devient évident dans les coalitions qui se forment périodiquement : sans parvenir à unifier le mouvement, elles réunissent des groupes de toutes tendances qui adoptent de façon ponctuelle une position stratégique commune.

Mais la typologie de notre invité ne s'arrête pas là : il y a des groupes qui se situent non pas au niveau des options socio-politique ou économiques, mais au plan des pratiques culturelles fondamentales, du mode de vie. Ce sont :

- les “ contre-culturels individualistes ”, héritiers du bouillon de 1968. Entre la recherche de l'équilibre intérieur et les pratiques “ douces ” pour l'organisme y compris une “ conscience alimentaire ” plus ou moins développée, chacun suit la voie qui lui convient;

- les “ contre-culturels communautaristes ”: idem pour la préoccupation sur la qualité de vie, mais on tente de s'organiser à petite ou moyenne échelle (exemple : le Mouvement d'agriculture biologique, la coalition pour la reconnaissance de la “ médecine douce ”);

- les alternatifs

Entre ces groupes aussi, les idées et les gens circulent beaucoup. Par exemple, le Guide des Ressources, revue qui jusqu'à récemment était clairement d'inspiration “ contre-culturelle individualiste ”, fait maintenant paraître des articles plus communautaires ou écolos suite au renouvellement de l'équipe.

Jean-Guy Vaillancourt termine avec un dilemme qu'il juge fondamental pour le mouvement vert: face à l'attitude peu réceptive des grands partis politiques, qu'elle peut être l'option qui permettra de faire avancer les choses ? Le système électoral québécois étant “ mortel pour les nouveaux partis ”, l'idée d'un parti vert serait à exclure en premier lieu. On pourrait créer des mouvements forts qui, unifiant les différentes tendances, permettraient de “ pousser ” davantage sur les gouvernements; mais cela peut-il suffire quand on connaît “ la façon dont l'environnement est récupéré par les politiciens actuellement ” ? Monsieur Vaillancourt semble croire qu'une coalition des différentes forces progressistes au Québec pourrait avoir plus de force et éventuellement agir sur la scène politique. Mais dans l'immédiat, la tolérance et la collaboration, la circulation des gens et des idées entre les groupes des différentes tendances (tel que cela se fait actuellement) demeurent capitales pour le mouvement.

 

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