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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 4, août 1989 |
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Satellite Famille et environnement II
Pas de solutions toutes faites
Monsieur Louis Ménard
Agro-économiste
Union des producteurs agricoles
Nous avions invité monsieur Louis Ménard dans le but de connaître la place qui est faite aujourd'hui à l'environnement, chez les producteurs et à l'UPA. II nous dit, que la préoccupation est grande, mais les problèmes sont complexes et qu'il n'y a pas de solutions toutes faites ; la volonté des pouvoirs publics serait défaillante sur la question, particulièrement au niveau du financement de la recherche et du développement de pratiques alternatives. Pour l'agronome, toute solution du problème environnemental en agriculture passe par l'éducation et la sensibilisation du public, tant au niveau des normes sociétales de consommation que de la pression auprès de décideurs.
Des questions très complexes
Les agriculteurs ont souvent été désignés comme de grands pollueurs, particulièrement en ce qui concerne le déversement des fumiers dans les cours d'eau et l'utilisation des pesticides. Mais, selon Louis Ménard, les producteurs ont commencé depuis quelques années à se préoccuper beaucoup d'environnement. Ils réalisent, dit-il, que la manière actuelle d'exploiter la terre ne peut pas durer éternellement . Louis Ménard connaît bien les dossiers des pesticides, de la réglementation de la pollution des cours d'eau par les exploitations animales et de conservation des sols; ces questions sont très complexes et il n'y a pas de solutions toutes faites . Conclusion : la généralisation d'une agriculture biologique n'est pas pour demain matin .
Une volonté de changement
Pourtant la volonté de changement existe chez les agriculteurs mais ils n'ont pas les moyens techniques et financiers d'assumer seuls des pratiques moins nocives pour la santé et pour l'environnement. Louis Ménard cite les Réseaux de dépistage des producteurs de légumes, dont le plus ancien est en opération depuis 1981. Les résultats sont pour le moins encourageants : il y aurait des années par exemple où certains champs de carottes n'ont eu besoin d'aucun épandage d'insecticides, alors qu'auparavant on les arrosait massivement de cinq à huit fois l'an. L'efficacité des réseaux est due au fait que les champs sont inspectés deux fois par semaine, ce qui permet de déceler un problème à la source et de l'éliminer avant qu'il n'ait trop progressé. Antérieurement, le producteur ne disposait pas des informations nécessaires à une telle souplesse (il existe bien un réseau gouvernemental de dépistage phytosanitaire , mais fonctionnant au niveau des régions administratives, il est moins précis et plus lent à identifier les zones touchées) et devait donc traiter systématiquement ses champs. II est par conséquent tout-à-fait possible de rationaliser l'utilisation des pesticides, à condition que l'on accepte d'y mettre le prix. Ce sont les producteurs qui sont à l'origine de ces réseaux et qui en portent le fardeau. Aux yeux de Louis Ménard, cette expérience n'aurait jamais vu le jour ou survécu sans la préoccupation environnementale des producteurs... et sans le souci de leur propre santé !
Support de l'État et éducateur du public
Sans succès jusqu'à ce jour, l'UPA a demandé au gouvernement d'établir un programme qui sorte ces réseaux de leur précarité et permette leur expansion. Pourtant, selon Louis Ménard, le développement et l'application à grande échelle de pratiques plus écologiques en agriculture ne peuvent aller sans le support actif de l'État. Là-dessus, l'éducation du public en matière de nutrition et d'environnement pourrait devenir un incitatif puissant à l'action pour nos gouvernants. II dit toutefois douter qu'il y ait généralisation de l'agriculture biologique sans augmentation du budget alloué à l'alimentation (seulement 17% en Amérique du Nord, ce qui est justement dû à une agriculture de rendement ). II accuse également nos normes de consommation d'être en partie responsables de la situation actuelle parce que trop sévères sur le prix et l'apparence du produit et pas assez sensibles à son contenu (pesticides, irradiation...). En conclusion, les producteurs ne sont qu'un maillon de la chaîne qui lie entre eux la puissante industrie de transformation et de distribution, les pouvoirs publics et les consommateurs, qui auraient peut-être intérêt à y être plus actifs.