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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 1, numéro 4, août 1989 |
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Satellite Famille et environnement II
" Quartiers en santé "
Monsieur Pierre Laurence
Organisateur communautaire
CLSC Mercier-Est / Anjou
« Quartiers en santé » est une initiative communautaire qui, à l'échelle d'un quartier de Montréal (Mercier-Est) s'inspire du programme « Villes et villages en santé » de l'OMS pour recréer une dynamique dans le quartier. Monsieur Pierre Laurence nous présente le concept et trois des sept dossiers assumés par le comité promoteur de « Quartiers en santé » depuis sa mise sur pied il y a deux ans. À l'instar de plusieurs autres municipalités du Québec, la ville de Montréal étudie actuellement la possibilité d'adopter officiellement le concept.
Un concept de l'OMS
« Villes et villages en santé » est un concept lancé par
l'Organisation mondiale de la santé dans le cadre de son
objectif « Santé pour tous en l'an 2000 ». Globalement il
s'agit de favoriser l'amélioration du cadre urbain et de la
qualité de vie de ceux et celles qui y vivent; le programme est
mis en forme « sur place » en fonction des priorités et
besoins locaux.
Selon Pierre Laurence l'Est de Montréal est malade
économiquement - et sous plusieurs aspects environnementalement,
- ce qui se répercute directement sur le budget des gens sur
leur santé mentale et physique, etc. De ce constat est née
lidée dappliquer le concept de « Villes en santé
» à un quartier en loccurrence Mercier-Est (car la ville
de Montréal n'a pas encore adopté le programme).
Le quartier, cest le cadre de vie quotidien de ceux qui
l'habitent. Cest donc aussi le lieu dintervention le
plus efficace; celui qui crée selon Pierre Laurence « les
impacts les plus visibles sur la qualité de vie des gens ».
Cest enfin un monde à petite échelle qui autorise
l'action des groupes restreints. Il y a des groupes qui se
forment « spontanément » dans la population : de simples
citoyens se réunissent parce qu'impliqués directement dans un
problème commun. Cest de cette façon que s'est formé le
Comité de la promenade Bellerive qui a pour vocation de
défendre les derniers espaces verts donnant sur le fleuve à
Montréal. Mais généralement, il faut compter sur les groupes
communautaires déjà constitués ainsi que sur les travailleurs
engagés du réseau public (Santé et services sociaux éducation
services municipaux...).
Au début du projet il y a deux ans l'enjeu central était de
réussir à mobiliser un assez grand nombre de ces intervenants
pour créer une dynamique. Il semble que l'objectif ait été
atteint : à ce jour sept projets ont été réalisés qui ont
pour trait commun la volonté de « rendre sa santé au quartier
». Pierre Laurence est à l'origine de cette expérience. Il
choisit de nous présenter trois de ces projets qui touchent plus
directement le thème de la rencontre.
Animation dans les écoles
Le premier projet consistait en une activité danimation
denvergure auprès des étudiants du primaire et du
secondaire : en huit mois 4 800 jeunes furent rejoints,
nécessitant l'implication et la collaboration des gens du CLSC,
de la CECM, des groupes communautaires et de la Ville. Le seul
fait de mettre ces gens à la même table, de les faire se
questionner et négocier ensemble le contenu et la forme de
l'activité donnait, selon Pierre Laurence, un intérêt certain
au projet. Lexercice devait fournir aux étudiants
l'occasion de s'arrêter sur la situation de leur quartier d'en
identifier les points forts et faibles, de chercher ce qui
pourrait être fait pour l'améliorer. Tout ceci a permis de
faire le point sur ce que vivent les jeunes, leurs
préoccupations et leurs attentes. Il est apparu que ces jeunes
étaient dans l'ensemble très préoccupés de la qualité de
leur environnement. Parmi les problèmes les plus fréquemment
soulevés on retrouve celui de l'aménagement des parcs. Selon
Pierre Laurence les parcs sont nombreux dans Mercier, mais ils ne
sont pas « intégrateurs ». Il cite l'exemple « classique »
des terrains de basaball « qui ne sont faits que pour une
clientèle » et n'accueillent que celle-là. Il semble que les
jeunes désirent des équipements qui conviennent aux différents
groupes d'âge et où les gens pourraient se retrouver. Lorsqu'à
la question « quel est l'endroit où tu préfères aller avec
tes parents ? » un important ratio d'enfants répond « au
centre d'achat Versailles », il y a certes des questions à se
poser...
On ne peut comptabiliser les impacts d'une action de cette sorte.
On peut dire par exemple que certaines familles sensibilisées à
la question des aérosols en auraient cessé l'usage lorsque des
produits équivalents étaient disponibles. Mais l'essentiel
c'est que en faisant s'arrêter et s'interroger les jeunes, on a
contribué à l'émergence de leur conscience environnementale et
de la possibilité d'agir sur son milieu. Dès l'automne, les
jeunes disposeront de leur propre comité promoteur de «
Quartier en santé ».
Un no man's land
Le deuxième projet visait les ménages habitant l'Édifice
Thomas-Chapais un HLM de 180 unités ouvert il y a trois ans dans
le cadre de « l'Opération 20 000 logements ». L'édifice est
mal conçu et détonne avec le milieu environnant; les familles
à bas revenu qui y résident sont en marge de la communauté,
formée surtout de familles de classe moyenne établies là
depuis 15 ans.
L'activité fut tenue dans un garage désaffecté au sous-sol
d'un bâtiment voisin. Les résidants furent invités, non pas à
parler de leurs conditions de vie - « on les connait assez » -
mais d'exprimer ce que serait-ce « HLM de rêve » qui
correspondrait à leurs besoins. Avec l'idée en tête que ce
garage pouvait ne pas servir qu'une fois. Au bout d'un an,
l'Office municipal d'habitation y a aménagé un petit centre
communautaire. Dans ce cas également, le CLSC, la municipalité,
l'Office et les résidants ont été amenés à travailler de
concert pour développer une stratégie d'intervention sur
l'habitat. Cette initiative a eu un autre impact intéressant :
des contacts s'y sont faits entre les résidants, de sorte qu'un
groupe de retraités compte organiser dans ce centre des
activités pour les enfants de femmes cheffes de famille.
La carrière Francon
Ce volet touche directement à l'environnement : la carrière
Francon, l'équivalent de Miron pour l'Est de l'Île, est
réouverte depuis deux ans et est exploitée. Peut-on imaginer
l'impact qu'une carrière située à 300 mètres d'un secteur
résidentiel peut avoir sur lui ? Le bruit des camions qui vous
empêche de dormir l'été, la poussière omniprésente.... Et
qui voudrait d'une telle source de stress à la maison, là où
on est justement censé pouvoir les contrôler ? Ces gens sont
coincés avec leur problème car ils ne peuvent même pas vendre
sans perte importante. Dans ce cas, le comité promoteur a
d'abord joué un rôle de « conscientiseur » auprès des
parties impliquées en les mettant devant des questions de fond.
Actuellement, il s'agit de soutenir le mieux possible le comité
de citoyens qui réclame la fermeture de la carrière.
Pour terminer, Pierre Laurence croit qu'en milieu urbain ce genre
de choses qui affectent la qualité de la vie sont nombreuses, et
que, de plus en plus, les gens vont y être sensibles et lutter
pour leur mieux-être. Il y a toutefois très souvent une force
d'inertie à briser : selon lui, le seul fait d'amener les gens
à penser leur situation (et non plus seulement à la subir) et
à réaliser qu'ils peuvent faire quelque chose est une victoire
plus décisive que les gains réels qui peuvent être envisagés
par la suite.
À l'heure actuelle, déjà une quinzaine de municipalités du
Québec sont devenues des villes et des villages « en santé »
(car en général, c'est la municipalité qui lance et orchestre
le projet). À Montréal même, les résultats obtenus dans
Mercier-Est et le dynamisme de son comité promoteur ont poussé
la Ville à envisager la possibilité de le parrainer
officiellement et de l'étendre aux autres quartiers. Slogan
prévisible : « La santé a une ville »... Les municipalités
et organismes intéressés peuvent s'informer auprès du «
Centre promotion - information » de « Villes et villages en
santé ». Contacter messieurs Réal Lacombe ou Louis Poirier au
(418) 682-7999.