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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 6, numéro 40, octobre 1994 |
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Lauré Lussier
Agent de développement
Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au
Québec
Parents mal armés - Enfants de la guerre
Sur 4410 cas actifs, 2131 enfants sont placés dont 235 sont abandonnés. Dans un contexte social idéal, ces différents chiffres seraient sans doute moins gros mais ce n'est évidemment pas le cas. Les enfants abandonnés, placés, le désinté-ressement des parents face à leurs obligations parentales et toutes autres incidences de cette pro-blématique sont issues de situations de crises familiales qui sous-tendent des causes. Il est hors de notre propos d'identifier les causes. Nous nous sommes penchés sur le domaine du retrait et du placement de l'enfant en foyer d'accueil, rencontre qui a eu lieu le 22 septembre dernier au Regroupement.
235 enfants abandonnés - abandons dus à l'absence des parents (décès, divorce, etc.)ou au non exercice des responsabilités parentales par un incapacité quelconque. Madame Lise Touchette, psycho-éducatrice et agente de relations humaines au Centre de protection de l'Enfance et de la Jeunesse (C.P.E.J.), nous a exposé qu'il y existe des indicateurs de risques d'abandon. "Facteurs identifiés comme des signaux d'alarme destinés à permettre de repérer le plus rapidement possible les cas potentiellement à risque d'abandon". De même, le Rapport Harvey intitulé "La protection sur mesure - annexe 3 - un projet collectif", réalisé en 1991, nous dénote 12 signes prédictifs de l'abandon.
Si plusieurs de ces facteurs sont présents, il y a lieu de donner l'alerte et de clarifier le projet de vie de l'enfant.
On entend par projet de vie de l'enfant " une projection des conditions de vie sociale et familiale jugées les plus aptes à répondre aux besoins de l'enfant".
La décision d'un projet de vie, selon madame Touchette, peut prendre les deux tangentes suivantes:
Conforme au Rapport Harvey, madame Touchette appuie les interventions auprès des parents:
"On vise à responsabiliser le parent face au devenir de son enfant: les rendre conscients des besoins de leur enfant, du processus d'abandon en cours, de leurs propres limites et ressources comme parents vis-à-vis de l'enfant".
"L'intervenant doit statuer sur la capacité des parents de répondre aux besoins de l'enfant et sur la volonté des parents d'assumer leurs obligations parentales".
"On vise à préparer l'enfant abandonné à recevoir un nouveau projet de vie. Au niveau de nos interventions et orientations on doit tenir compte des éléments suivants:
"Pour aider socialement la famille, pour modifier les comportements problématiques de l'enfant et de ses parents et pour répondre à des besoins spécifiques de cette famille" nous explique madame Louise Paquet, psychologue, également agente de relations humaines au C.P.E.J..
Ce qui est souhaitable, c'est le placement temporaire. Pour atteindre ce but, il faut maintenir un contact parents / enfants. Madame Paquet nous dit que ce maintient des contacts veut:
Quel est ce processus? Comment se prend la décision de placer un enfant? "Le placement, nous dit madame Paquet, se fait suite à une décision qui s'appuie sur plusieurs principes cliniques et organi-sationnels".
En accord avec l'annexe 2 du Rapport Harvey, on trouve:
* toute décision de retrait de l'enfant de son milieu doit être prise dans l'intérêt de l'enfant. La loi sur la Protection de la jeunesse spécifie que c'est le droit de l'enfant qui prime et que les droits d'aucunes autres parties ne doivent jamais s'exercer au détriment de ceux de l'enfant;
* la responsabilisation du parent doit être omniprésente dans toutes les activités entourant cette décision;
* il faut viser à impliquer le parent et l'enfant dans toutes les décisions qui les concernent;
* nous devons justifier l'absence du parent ou de l'enfant au comité de placement;
* tous les placements d'enfants doivent être cautionnés par le comité de placement;
* un comité de placement doit exister pour chacune des régions desservies;
* tout placement en situation d'urgence doit faire l'objet d'une discussion avec une personne désignée par l'établissement (chef de service, réviseur, etc....)
A. Sa composition:
toutes personnes qui gravitent autour de l'enfant pour l'aider, son parent et l'enfant peuvent être présents à la discussion du comité de placement.
B. Son rôle
"Un amendement à la loi sur la Protection de la jeunesse obligera le praticien à avoir recours au Tribunal après 18 mois de placement sur mesure volontaire".
Assure-t-on un suivi au niveau psychologique auprès de l'enfant et des parents suite à une réunification du noyau familial? Est-ce que le nouvel équilibre est bien ancré? Aurions-nous pu éviter le retrait de l'enfant et toutes les procédures subséquentes en adoptant des moyens préventifs pour conserver les liens familiaux en situation de crise?
"L'individu n'est jamais dans la merde", nous dit monsieur Marco Purcell, éducateur spécialisé oeuvrant dans le réseau Jeunesse 2000. On a des réactions merdiques à des situation merdiques. Quelqu'un qui vit une situation de crise est quelqu'un qui a des besoins non comblés ou non répondus. Le débalancement s'effectue dans la manière dont l'individu va chercher à combler ses besoins. La défaillance peut venir par une facilité a succomber aux tentations, à un manque de contrôle sur ce qu'il peut faire ou ne pas faire. Une défaillance dans l'apprentissage des interdits ou par tous autres éléments perturbateurs et ou extérieurs".
"Il ne faut pas paniquer et surtout ne pas faire porter tous les mots à l'individu qui est victime de son état de crise. L'étape la plus importante est d'admettre que dans la cellule familiale on vit une ou des situations tendues. Par contre essayer de trouver un coupable n'aide en rien. La seconde étape (c'est souvent la plus difficile) est d'admettre que l'on a besoin d'aide et la rechercher, une fois que l'on s'est fait à l'idée de rechercher de l'aide, à quel niveau cette aide doit-elle intervenir?"
Monsieur Purcell classe trois niveaux d'aide susceptibles de favoriser une meilleure entente à l'intérieur d'une famille:
" Par rapport à la personne qui vit la situation de crise, explique monsieur Purcell, un principe très important surgit à ce moment. Il est important que les membres d'une famille s'impliquent dans toute forme de thérapie. Le fait que l'entourage immédiat manifeste un intérêt envers la personne qui vit une situation de crise devrait faciliter le resserrement des liens familiaux".
"La personne qui est à la base d'une situation de crise ne doit pas servir de source de défoulement dans le cas d'un départ chez les parents (divorce, séparation, suicide, décès, etc.) entre autre. En agissant ainsi on fait montre d'intolérance. Il est évident que l'absence soudain d'un parent va engendrer des insatisfactions chez le ou les enfants. Blâmer celui ou celle qui est parti ne réglera rien."
"Un idéal important à maintenir, pour monsieur Purcell, est de garder la personne en situation de crise le plus longtemps possible dans son milieu naturel. Ne pas oublier que retirer quelqu'un de son milieu naturel, peut aggraver davantage une situation de crise.
Nous viserons à impliquer l'aidé et son milieu dans toute forme de thérapie; s'il y a un travail a effectuer avec une personne qui vit une situation de crise, il y a de fortes chances qu'il y ait un travail à faire auprès de sa famille aussi.
Nous travaillons autant sur le milieu environnemental que sur l'individu. Il ne sert à rien de travailler sur l'individu si le milieu présente les mêmes carences. Travailler uniquement avec la personne en situation de crise ne fera que retarder une aggravation des problèmes auxquels elle est confrontée.
Il faut également éviter de considérer la personne en état de crise comme la seule qui a besoin d'aide ou comme unique préoccupation. Une concertation avec les représentants de la même famille devrait donner de meilleurs résultats."
Cette problématique, dont nous sommes loin d'avoir épuisé tout le contenu, est une préoccupation qui doit prendre le premier plan. C'est ce que fait l'Association des centres Jeunesse du Québec en mettant sur pied un congrès les 21 et 22 octobre prochain, au Centre des congrès de l'Hôtel Sheraton, à Laval; 42 ateliers seront présentés et aborderont cette problématique sous autant d'angles qu'imaginables.
Je me permets de citer une phrase tirée de l'introduction du programme officiel de ce congrès,
" c'est bien cette volonté de tenter ensemble [...] de donner à ces enfants et à ces adolescents ce qui leurs revient: toute une jeunesse!"